UVRE TREIZIÈME
Quand on se glorifie d^une campagne entreprise, oh se complaît dans la contemplation des résultats attribués
par Topiniori an rôle qu'on a joué, et le témoignage de ceux qui reconnaissent votre ouvrage ne vous est pas iudiiTérent . « La lumière s'est lellement répandue de proche en proche, avait dit Voltaire, le 2 mars 4764, à Chauvelîn, qu'on éclatera à la première occasion; et alors ce sera beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux, ils verront de belles choses. » « Encore vingt ans, écrivait-il àd'Alcmbert, et Dieu aura beau jeu. » Le roi de Prusse mettait le comble, par Fapolhéosc du destructeur. «Les philosophes s'élèvent contre les abus d'un superstition Tè\èrée. Cet édifice va s' écrouler^ et les nations transcriront dans leurs an un les, que Voltaire fut le promoteur de cette révolution. »
Quoi qu'il en soit dç la haine maniaque de Voltaire, il est sûr qu'il imprima un mouvement de séparation et de sécularisation, et que Tabbé de Ballivières n'était ni organisé ni préparé pour contenir cette crise, ("eût été le noble lot d'une de ces intelligences qui, du fond des solitudes, peuvent méditer avec plus de calme les conséquences des tendances du siècle, et en dire la moralité ; c'eût été le noble réle d'un saint abbé d'éclairer son époque. Puisque l'illustre Kant avait paré les doctrines françaises et voltairiennes des déistes du glorieux manteau de ses lliéories et de ses formules métaphysiques, il fallail montrer eu quoi ce penseur se trompait, et répondre à Voltaire dans Kant. Selon Kant et les modernes promoteurs de la rupture avec l'idée religieuse, notre volonté serait automme^ non pas en ce sens qu'elle est libre, mais en ce sens qu'elle se dicterait à elle-même ses lois. Mais ne devrait-on pas
fanatisrae, plus particulièrement depuis! 760 jusqu'en 17G0. L'édition de ses œavres, entreprise par Beaumarchais, en 1785, et livrée aux presses de
Kehl, aux portes de Strasbourjf, parut en 1788-80, en 70 ▼olumes in-8». — Con-lorr'^t (''crivait au duc f!'.\r;inrl;j , ministre c«;pnirno1, gagné aux idées philotH)pUiques : « La philosophie vu régner sur l'Ëurope. »
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demander où serait avec cette autonomie, iemobile moral?
On lai^nil alurs comme on le fait anjonrd'hiii (les partisans delà morale indépendante), unecoiiriision profonde. Oui, la morale est innée, en un sens. Il y a innéité de la loi morale en l'homme, la conscience du bien et du mal est notre organisme, au iftoral, comme nous avons un organisme au physique. Mais, de môme que dans l'ordre de la vie matérielle, il ne suffit pas pour vivre, d'avoir l'organisation humaine, et qu'il est nécessaire d'emprunter tous les jours, au dehors de nous-mêmes, les aliments ou les éléments d'un renouvellement incessant de la vié, de même dans l'ordre de l'existence spirituelle, bien que la morale soit innée et que ses principes fondamentaux sur le juste et l'injuste soient universels, il faut cependant pour que la loi morale atteigne son déploiement et sa réalisation individuelle, il faut à l'homme une. continuelle assimilation de choses diverses, telles que la manifestation de la loi morale dans ses plus délicates nuances, le détail et l'explication inlelligii)le et populaire de ses préceptes; il lui faut des secours pratiques pour venir en aide à sa volonté qu'étonne l'étendue de Tobligation morale : il faut enfin des législateurs indéfectibles, persuasifs, pour rappeler sans cesse à l'homme le droit d'empire des augustes préceptes de la morale iiulividuelle et de la morale sociale.
On n'aurait exigé des abbayes que de poser carrément les questions : puisque le siècle voulait isoler la morale d'avec les doctrines religieuses, il y avait à dehiander, dans cette hypothèse, d'oii venait la loi et le devoir. Kant répondait que notre propre volonté était l'origine de la loi; que la volonté était autonome, législatrice universelle. C'était une réponse vide de sens, attendu que l'homme se sait soumis à des lois qu'il n'a point faites et qu'il ne peut modifier à son gré. On prétend se passer de Dieu et . des conceptions théologiques, parce que les inspirations de la morale, étant universelles ou générales, suitisent par
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elles-mêmes. C'est justement parce qu'elles sont universelles, qu'elles provienneut d'une aulre source que 8c l'homme.
:Avoir l'organisme de la vie physique, et d'autre part prendre tous les jours des aliments àu dehors pour maintenir la vie physique, sont deux faits qui loin de s'exclure
se complcLciii et se supposent Wia Tau Ire. Ainsi en est-il dans un ordre plus (Mevé : être organisé pour la morale, avoir des principes innés de conscience, de justice et d'honnêteté, et cependant avoir besoin d'un excitateur externe, distinct de nous-mêmes, pour réveiller, stimuler, clarifier, formuleret seconder au dedans de nous-mêmes le sentiment moral, sont deux phénomènes qui ne s'excluent pas, mais se complètent; et cette remarque de simple sens commun n'aurait dû échapper ni à Tespritnet de Voltaire, ni à l'esprit ijituitif de Kant. Au contraire, vouloir creuser un abtme de séparation entre la morale et les idées religieuses, c'est poser un non-sens, c'est prétendre que l'état normal de l'homme, pour s'autoriser de comparaisons vulgaires mais expressives, consisterait à marcher, non avec deux jambes, mais avec une seule. On n'eût demandé à Royaumont que de proclamer comme un élémentaire principe, Fimpossibilité do séculariser la morale; tous les coups tle lance de Voltaire et de Roufvseau eussent été non avenus, et on aurait pardonné à l'abbaye son abbé de Ballivières. Mais que devint-il cet abbé de la décadence, ce prophète de malheur
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