LIVRE QUATORZÎÈME
mont. — Claude Chappe. — Première expérience officielle âo^ télégraphes qui ait eu lieu en France, faite en 1793, à Saint-Martin-du- Tertre. — Scènes réTOlntionnsires. — La cantatriee Sophie Arnould, .déesse de la Raison, dansant à Luzarches et à Royaumont. — Têtes cou- ' pées à Chantilly. — Pillaj^'o do Chantilly par les Mar?cillais. — Contingent venu de Goye et de la Morlaye. — Deux citoyens d'Asnièn»*?, héros terroristes. — Le tombeau et les restes mortels de Mgr de Fleuri, abbé de Royaumont, profanés. — Le marqnis de Travannet. acquéreur de Tabbaye. — Il démolit TégUse de Royaumont. — Discussion de la oomplicité de M. de Travannet dans r otte démolition. — Qu'on ne peut envisager de snnfî-froid lo renvti iim nt do IVinivre de Pierre de Montreuil, — Le jeune Ciiarles-Joseph-Eugènc de Mazenod, d'une noble famille de ProireiiGe, conduit en Italie par ses parents émigrés. — Pourquoi on parle de ce personnage, lors de la chute de Royaumont. — Odyssée de co jeunp •'miirnV — Nécessitt' 'îf» renrontrer une figure sympathique devant les ruines encore fumantes de Royaumont. — La reine Horten^, en pèlerinage à ces ruines, effaçant les pas de Sophie Âmould. — Liste générale des abbés de Royaumont, depuis i8S8 jusqu'en 1180. — Si, sous l'biYer de 119S, germait un printemps pour Royaumont.
La'physionomie de Tabbé de Ballivières se dessinait, dès 1782, dans le muiiveinent do l'ôpuque; l'abbave de Royaumont avait à sa tète un personnage, sinon digne de ce temps, du moins en harmonie avec ce temps, harmonie qui doit être expliquée : l'abbé Henri le Gornut de Ballivières n'appelait point par ses sympathies la révolution liain-aisc; mais toute sa prédestination semblait être celle des décadences qui arrivent à leur dénoûmenl, des écroulements qui se résolvent dans une dernière catastrophe. L'abbé de Ballivières se tenait assez à la cour; et parmi les faniilles qui étaient dans ses habitudes et dans ses intimités, il faut distinguer la fiimille de Polignac. Oui eût soupçonné, en voyant les pratiques de la monarchie à Versailles, que le vieil échafaudage de Gharlemagne, de saint Louis et de Louis XI allait être jeté à terre ? Rien ne Peût fait pressentir, alors que Marie-Antoinette ne croyait rien de plus urgent que de servir avec docilité les caprice? de la mode et de la frivolité française, dont elle disait à sa mère qu'elle se croyait obligée de tolérer la tyrannie. On sait que impératrice Marie- Thérèse écrivait sans cesse à Marie-Ântoinette « qu'il était
458 HISTOIRE DE ROYAUHONT.
ridicule qu'étant reine de France elle se crût obligée d'être aussi reine de la mode. » Qui eût dit aussi que cet abbé de Ballivières, qui vivait de la vie de la cour, telle que
Louis XIV Favait créée, parce qu'on ne iaisait pas figure si oa ne venait à la cour de France, qui eût dit qu'il serait le dernier des al)hés de Royaumont, et fermerait la liste ouverte en 1228? On se laissait aller à subir cette vie ' d'étemelle étiquette, cette vie d'action et réaction incessante de la vanité aristocratique des uns sur la vanité des autres ; les mémoires du dix-liiiilicuic siècle n'ont laissé rien ignorer de celte société Irançaise si polie» si brillante, si frivole d^avant 1789. On retrouve dans des ouvrages historiques publiés récemment' des tableaux très-détaillés de la vie intime du grand monde et de la vie de la cour pendant les années de 1780 h 1789. L'abbé de Bnllivières, qui vivait dans ce milieu , participait aux conditions d'existence de Versailles, de Paris et de Marly; toute la noblesse, tourbillonnant chez le roi, chez la reine, chez le comte de Provence, chez le comte d'Ârtois, chez les princes de Condé, force était à Tabbé de Ballivièrcs, du moment qu'il acceptait ce milieu, d'en suivre la loi commune.
On a donné quelques descriptions .des fêtes des Condé à Chantilly. L'abbé de Balliviéres, voisin de campagne, abbé de cour, ne perdait-il pas dans ces fêtes le goût de l'austère solitude? Mais c'est qu'en même temps il se passait quelque cbose d'insolite en France. Tandis que les mœurs avaient singulièrement baissé dans la haute noblesse, d'autre .part uiv nouvel élément social prenait une importance décisive ; les grands ne faisaient plus le monopole de la tranquillité publique par la facililé qu'ils avaient eue jusque-là de causer des Iroubb^spar leurs mécontenlements. Ce n'étaient plus les grands cl le peuple qui maintenaient ou rompaient la situation ; il s'était
* l.e?. Mémoire» de ta baronne éPÙberIdrtk