‹ Histoire de RoyaumontChapitre 138 sur 263 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

foi iiit! d'autres intérêts, d'autres dépendances, d'antres connexions. Les classes moyennes s'(;taienl accrues bien • au delà de leur ancienne proportion. « Semblables à tout ce qui est eifectivemeut très-riche et trëà-grand dans la société, ces classes devinrent le siège de la politique active et le poids prépondérant pour en décider. C'est là qu'était toute l'énergie par où s'ncquiert la forliino, et là se trouvait la conséquence des succès de cette énergie ; là se trouvaient tous les talents qui assurent leurs prétentions, et qui sont impatients de jouir de la place que la société établie leur prescrit. Cette nouvelle classe d'hommes avait pris rang entre les grands et le peuple, et l'influence sur les basses classes était de leur côté^ »

On doit être équitable dans les reproches que Thisloire est en droit d'adresser à Pabbé deRaîlivières, ainsi qu'aux religieux bernardins qui habitaient Ibmonastére de Royaumonl sous le règne de Louis 'XVI. Ni excès dans l'indulgence ni acrimonie dans la flétrissure. Après la retraite de la princesse de Guéménée, la duchesse de Polignac lui succéda dans la charge de gouvernante des enfants de France. Ceux qui connurent et virent madame de. Polignac s'accordaient à dire qu'elle avaitune de ces belles têtes dans lesquelles Raphaël a su peindre une expression distinguée jointe à une douceur infinie. On ne tarit pas sur ses qualités ; toujours égaie, toujours sérieuse de caràe* tére, elle semblait contentede sa situation, ainsi que de ceux avec qui elle se trouvait. Sa conversation, qui ne brillait pas par des saillies, était aimable et enjouée ; on la troir vail calme sans être insipide, aimable sans être piquante. Les visites d'étiquette du dimanche lui causaient un ennui qu'elle ne cachait pas assez ; c'est pourquoi on lui reprochait d'être froide. Tout le reste delà semaine, elle menait' une véritable vie de château, niais avec un caractère in-

* Lettres de Burke.

4C0 IIISTOIRK DE ROYAlMOiNT. ^

time; une douzaine de personnes formaient, arec sa fa* jnille» sa société, dont était Tabbéle Cornut deBallivières, par la raison que la comtesse Biane de Polîgnac vivait avec son frère le duc de PoUgnac et sa belle-sœur Yolande, et que les circonstances avaient mis en rapport la comtesse Diane et Pabbé de Royaumont.

Il régnait une aimable liberté dans cette société, dont quatre-vingt-dix ans nous séparent à peine ; on se rassemblait dans une grande salle de bois constrnito h l'extrémité de cette aile du palais de Versailles qui regarde l'orangerie, dont les traditions de famille * et les écrits d'un témoin oculaire nous ont conservé la physionomie, et qu'on voyait encore aux premières années du premier em* pire. Au fond se trouvait un billard, à droite un piano, à gauche une table de quinze. On y jouait, on ylaisait de la musique, on causait ; jamais il n'était question d'intrigues ou de tracasseries, pas plus que si Ton eût été à 200 lieues de la capitale et de la cour, a Je me rappelle, avec un plaisir mêlé de regrets , dit le duc de Lévis, conteinpoi de la duchesse, les agréables soirées que j'y ai passées pendant les deux hivers qui ont précédé la révolution ^ » il faudrait sans doute discuter l'attitude d'un abbé de Royaumont dans les salons de la duchesse dePolignac; mais ce que l'histoire reproche notamment à Tabbé de Ballivières, c'est de s'être aveuglé dans ce milieu courtisanesque et 4c n'avoir pas compris les périls et la solennité de Theure où se trouvait la société française; c'est d'avoir été un abbé de cour quand il aurait dû être un Savonarole orthodoxe et actif.

Lorsque, en 1775, les moines de France tirent une députalion en l'orme au clergé pour lui observer que leur nombre diminuait de jour en jour depuis le nouveau

L'auteur a entendu les récits de M. le duc de Polignac, fils ainé du ministre de Charles X.

* Souvenirs de 1780-1789, écrits en 1812 par M. de LeTîs.

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