LIVRE QUATORZIÈME
confrc les ennemis du dedans; elle avait ordonné, contre les ennemis du dehors, la levée en masse, le 23 août. On n.e s'arrêta pas là. On abolit l'ère chrétienne pour feire dater Fère républicaine, du 22 septembre 1792. La suppression de l'ère chrétienne ameiia celle du culte catholique. A la demande de la Comnmne, la Convention en décréta rabolilion et la remplaça parle culte de la raison. Voilà pourquoi mademoiselle Sophie Arnould intervint dans le pays de Royaumont à la fm de 1795. 11 fallait personnifier ce que dans ce temps-là un groupe d'aliénés appelaient la rmfoit. Il fallait une comédienne dans une contrée remplie de saint Louis.
Bfademoiselle Sophie Arnould, l'une des artistes chantantes de ropèra, célèbre par son esprit libre et ses paroles licencieuses, et habitante des nouveaux boulevardS| représente sous Louis XV et Louis XVI tout ce monde de» théâtres qui régnait sur les grands seigneurs et sur les financiers. Or, quand la dernière heure de Royaumont eut sonné, mademoiselle Arnould vint se loger presque aux portes de l'abbaye; elle avait acquis un domicile a Luzarches. La cantatrice venait-elle rire sur les débris du monastère querabbédeBamviéi*es avait quitté à la liâte? L'auteur du livre : la Sodété française, pendant le directoire, racontant le résultat de ses explorations aux environs de Paris, ajoute après avoir visité le château de Berci, Sâiiit-Denis, le château d'Écouen , le château de Chantilly, et en touchant au pays de Royaumont : « A Luzarches, dit-il, vous lisez sur la porte do l'ancien couvent de Saint-François: Ile^ missa est! Poussez la porte, vous êtes chez Sophie Arnould. »
Il n'était pub rare, dans celte époque de bouleversement et de commotion universels, de voir des comédiennes aller loger dans les couvents abandonnés, et des oratoires d'abbayes se transformer en boudoirs de courtisane. Sophie Arnould devenue à Luzarches propriétaire du couvent de
' 566 HISTOIRE DK ROYADMONT.
Roquemont, n'aurait-cllc pas* dérogé si ollo n'eût point mis sur la porte le mol cité plus haut, emprunté de la litnrgiede la messe? Les traits spirituels et piquants ne suffisaient pas à cette génération tourmentée; l'appel h la profanation et au sacrilège était indispensable pour intéresser les âmes d'alors,' blasées par tant d'événements et de crimes. Le mot irrévérencieux que Sophie Araouîd mit sur sa porte, à Luzarches (Ite^ missa est) était dans la circonstance , pour les moins clairvoyants l'équivalent des formules grossières par lesquelles on donnç brutalement congé aux gens. La comédienne disait aux institutions religieuses du passé : PasseTt-moi îa porte» On ignore si Sophie Arnould venait donner, dans la contrée, quelques représentations du drame de madame de Gouges, le Couvent^ ou les Vœux forcés^ joué à Paris en 1792. Elle joua du moins son rôle dans la triste comédie des sans-culottes, comme nous l'apprend un docte historien moderne de Luzarches. a L'effervescence était grande, dit-il; à Luzarches même, il y avait des clnbs et même des tricoteuses; des motions furent adressées et des dépulalions lurent envoyées à la Convention : des membres du comité de salut public vinrent à Luzarches; des arrestations eurent lieu; un détachement de l'armée révolution* naire fut en permanence ; il y eut aussi des fêtes patriotiques , des processions auxquelles la célèbre Sophie Arnould assistait en déesse de la liberté »
Étrange destinée que celle de cette femme, née en 1 744, dans la chambre historique où fut tué l'amiral Coligny, rue des Fossés-Saint-Germain-rAuxerrois, et dans* laquelle .avait été latelier de Yanloo, qui passionna longtemps le . public parisien par sa noblesse et sa grdce dansla scène lyri-
* Sophie Arnould voulait, à celle époque, la messe epurt'e, comme parhiit un écrivain de celle époque, dans un ca'it du l*"^ brumaire an YI (1707)^ signé Solnr.
* Enai mr VMiioire de jMserehei, par M. Alexandre Hahn, p. 68.
Digitizeci uy v^oogle