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LIVRE QUATORZIÈME. m

L'assemblée ayanl applaudi, il était patriotique de pousser jusqu'à^ bout cette découverte, et Claude Ghappe dut s*ent^dre pour les expériences avec le comité de l'instruction publique.

Claude Chappe * arriva, après quinze mois de nouveaux perfectionnements, le 111 juillet 1793, au bourg de Saint- Marlin-dn-Tertre pour une expérience solennelle, en présence de Daunou, Arln^aste, Lakanal, commissaires choi-^ sis dans le comité de l'instruction publique. D'autres personnages éminents appartenant à la politique, aux sciences et aux arts, s'étaient rendus sur le théâtre d'essai, à celle extrémité de la fameuse forêt de Carnelle, célèbre dans les fastes de Royaumont. Ce n'est point sans raison que Claude Chappe se détermina pour Saint-Martin-du* .Tertre. Le terrain, au lieu de rexpérimentation, est un des endroits le plus culminants de la localité, à l'extrémité est, et se dé{,^^ge du rideau des arbres.

Grâce à sa grande élév.ilion on plane et on dépasse le front de beaucoup de monticules voisins. Le château de Mello, les flèches de Senlis et de Pontoisc s'offrent au regard; et du côté de Paris, les clochers de Bellevillciet les hauteurs du Père-la-Ghaise se découvrent parfaitement aussi depuis Saint-Marlîn-du-Tertre. Il n'y avait qu'à placer une station intermédiaire à Ecouen, et Ton pouvait de la sorte expérimenter la correspondance avec Paris. Du reste la population de Saint-Martin-du-Tertre, ainsi que celle de Viarmes^ Asniéres, Seugy, Royaumont, se montrait sympathique au progrès et neOt aucune mine de vouloir briser Fapparcil de Claude Cliappe. Il en avait été différemment à Taris, à une expérience publique faite

* Né dans le département de la Sarthe. *

* Le propriétaire du chfttMU de fWnconrille ou Saint^ffartiihdii-Tertre

a eu la bonne idée de profiter de celte élévation. Le père de madame la baronne V^o^cv fil construire, en 1840, à rentrée de son élégante pro{ii-irtr', une belle tour, pour avoir la vue lointaine et jouir du beau panoratua qui s'y déploie.

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précédemment dans le parc de Lepelletier de Sainl-Fargeau à Ménilmontant. «i L'époque était foi^t troublée; c'était après le 10 août; le peuple de Paris, confiant parfois jusqu'à la sottise, et souvent défiant jusqu'à la

cruauté, était en proie à toutes sortes d'inquiétudes; partout il voyait des traîtres, et ivre de ses premières heures de liberté, il s'abandonnait à la folie contagieuse des soupçons indéterminés. Dans Fappareildes frères Ghappe \ dans celte machine ^inconnue, de forme singulière, qui semblait animée d'un mouvement propre, qui remuait les bras toute seule et se démenait en Tair sans raison apparente, lespalriolos virent un inslruuu;nt élevé pour correspondre avec la iamiilc royale, aloi^ détenue au Temple et compromettre les nouvelles destinées de la nation. Un matin un groupe d'hommes irrités se précipita dans le parc dé Ménilmontant, démolit la station, brisa le télégraphe, le jeta au feu, et faillit en faire autant des frères Chappe, qui n'eurent (jue le lenips de se sauver »

Ce n'est point que les commissaires républicains présents à Saint-Martin-du-Tertre, Arbogasteet Daunou, fmsept très-enthousiastes des idées de Claude Chappe ; ils ne voyaient comme Gambon, dans ces tentatives, que de nouvelles sources de dépenses pour Tf^tat épuisé. Lakanal était moins indifférent ; cet homme, amoureux de ce qui pouvait faire la gloire de la France, avait été prompt à se rendre compte des résultats exceptionnels que l'invention de Claude Chappe pouvait obtenir. C'est lui qui secoua la léthargie de ses collègues, et seconda de sa vigueur comme de sa sympathie, la tentative de Saiut-Martin-du-Tertrc. Ou se mil donc à l'œuvre le 12 juillet 1 705. La li^rne d'opération partant de Ménilmontant, aboutissant à Sainl-Martin-du-Tertre avec station à Écouen, avait 55 kilomètres

* Ignace Chappe, son frère, l'laît drputc à rA^^semblée législative.

• Voy. le savant et brillant article, sur lAdininislradan du TiU^graphet par Maxime du Camp, lievue des Deux Mondea, ïo main 1867.

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d*é(endue. Â quatre heures de Taprès-midi, l'opération commença ; Tappareil de Ménilmontant se mit en mouvement et transmit en onze minutes à Saint-Martiu-du- Tcrlrc une drpôchc de vingt-neuf mots ainsi conçue : « Daunou est arrivé ici; il annonce que la Convention naît tionale vient d'autoriser son comité de sûreté générale a à apposer les scellés sur les papiers des représentants a du peuple. » Le poste de Saint-Martin*du-Tertre, après avoir répété la dépêche et prouvé ainsi qu'il l'avait reçue et comprise, expédia en neuf minutes une phrase de vingt-six mots, a Les habitants de cette belle contrée sont dignes de la liberté par leur amour pour elle et leur respect pour la Convention nationale et les lois. » Missive, il faut le croire, qui n'était pas le compliment obligé et banal , provoqué par la reconnaissance des commissaires républicains envers l'accueil cordial que leur fit la contrée de Saint-Martin-du-Tertre et deRoyaumont. Après cela, les commissaires causèrent entre eux à l'aide du télégraphe. « La commission et toute l'assistance, dit M. Edouard Gerspach \ furent émerveillés de ce résultat; la télégraphie était créée i» De l'expérience faite an pays de Royaumunl avec cette machine de Cliappe, et qui est une œuvre admirable, bien que ce système de mouvement nous paraisse arriéré, aujourd'hui qu'on est accoutumé aux incalculables rapidités de l'électricité, de cette expérience du 12 juillet 1793 doit être datée la série des progrès qui suivront. Le dictionnaire et la langue télégraphiques étaient trouvés. M. Auqjcrc; commencera , dés 1820, à toucher et à résouth e théoriquement le problème d'appliquer réleclricité à la transmission des dépêches, pfobiéme dont Yolta, Œrsted, Ârago eiÂmpère lui-même

• * Uisloire administrative de la télégraphie aérienne en France, p. 21 .

* Vof . VBiiUfire adminutrative de la létégrâphie» par If. B. Gcrqucb, et l'étude déjà citée de M. Maxime du Camp, sur /ev T^tégraphet [Hefiué tkt Deux Monde*), où l'on a puisé des infonuaiioiis.

avaient formulé les conditions préliminaires» en révélant soit le moyen de produire rélectrîcité d*une façon continue, soit l'action dn fil charge d'élec(ricilé pour faire dévier raiguillc aimantée, soi! les lois que suiL la marche des courants électriciues, soil le pouvoir qu'a un fil électrisé, roulé autour tFunfer doux, d'aimanter instantané; ment ce dernier et de permettre la création de l'électroaimant. L'expérience du pays de Royaumont/ en 1793, devait amener, cinquante-deux ans après, une autre nouvelle et solennelle expérience , celle de la télégraphie électrique^ le 18 mai 1845, à la gare du chemin de fer de Paris à Saint-Germain K

Toutefois on se tromperait si l'on pensait queles révolutionnaires d'AsniéreSy de Viarmes, et de Saint-Martin-du- Tertre, se contentèrent d'applaudir platoniquement aux succès de Claude Chappe. En redescendant des hauteurs (lu télégraphe à la plaine de Royaumont, on est contraint d'y assister à des scènes regrettables de désordre. Comme si ce n'eût pas été assez des éléments indigènes, mademoiselle Sophie Arnould vint prêter main-forte pour le scandale. Lorsque la révolution française, sortant de certaines lignes grandioses, entra dans la période de la violence, des saturnales, du sang, et de la stupidité, il semblait que les ricanements d'une masse ivre dussent se mêler au désordre. La fin de l'année 1795 fut marquée par des énormités qui ne peuvent sortir de la mémoire nationale. Gomme la situation intérieure et extérieure de la France n'était pas moins terrible, comme toutes nos frontières étaient menacées et envahies, la Couveiition, s agitant dans une convulsion suprême, avait voté la Terreur qu'elle inaugura le 12 août par la loi des suspectSy

*■ Le lélégraphe de Saint-Martin-du-Tertre a été supprimé Ters répoque

de la création des chemins de fer et de la télégraphie électrique. Les stations irifermé'liaires élaiciit Montmartre et Écouen, qui mettaient en coranmiiication Saint-Martin-du-Terti'e et les tours de Saint-Suipice, à Paris.

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