LIVRE QUINZIÈME
sait à le rapprocher, la nouvelle de la mise en vente * de l'abbaye de Royaumont à 8 lieues de la capitale^ vint aux oreilles des oblais. Ce fut là un éblouissem^ de lumière ce fut une illumination supra-humaine ; e\, poussés par on ne sait quelle soudaine inspiration, par on ne sait quelle mitialive étrangère aux oblats, on résolut dès lors racquisition de l'antique abbaye de saint Louis. Dans qu^ savante et providentielle trame, ce besoin de centralisation ne venait-il pas de pousser les oblats? ceux-ci l'ignoraient d'abord, mais ils subissaient une mystérieuse fascination.
Le contrat d'achat de Royaumont par les oblats fut donc signé le 4 août 1864 : date solennelle qui marque la résurrection d'un passé de six cents ans I Mats ce qui est curieux ' à signaler, c'est qu'au moment môme, pendant et après
cette transaction mémorable, les oblats, qui dans celle conclusion d'une affaire si importante, semblaient obéir à une impulsion mystérieuse, étrangère à leur propre initiative, se débattaient, pour ainsi parler, dans des impressions et des mouvements contradictoires. Sitôt qu'il s*e&t agi d'une abbaye qui était pleine de saint Louis, tout à la fois, ils voulaient et ne voulaient pas. Ils s'étaient trouves subitement enlacés ; on eût dit qu'ils subissaient un prestige. Ils ne voulaient pas^ au nom du bon sens pratique, qui leur interdisait de s'aventurer dans une acquisition douteuse à certains égards, dont la nécessité, d'ailleurs, n'était pas démontrée complètement, et qui, en toute hypothèse, se présentait avec un cortège de frais considérables, de nature à effrayer leurs forces. Us voulaient^ sans
* La famille qui possédait Royaumont depuis 1815, et qui a été amenée In forcp fîps rliososà le vendre, était venue s'instuller à Paris, dans le quartier des liaUgnollCv>, voisin des oblats; on avait clé contraint, par la trisfe santé d'un membre de la famille, de venii- à la capitale, pour y vou" les médecins. H. Joseph Vander Hersch avait cédé l'exploitation de sa fiibrique à MM. lamorinièrc. l'iondin, Jnrasson, qnl établirent des impressions sur ôrotïes Ces industries étant tombées vers lSii3, on se détermina à vendre l'abbaye.
m HISTOIRE DB ROYADMONT.
savoir trop pourquoi : l'idée de saint Louis, d'un monastère habité par saint Louis, était sans doute un irrésistible talisman.
Une force inconnue semblait dominer les mouvements des oblats, qui, dans la plénitude de leur libre arbitre, ont cependant consenti la transaction de 1864. Pourqucuf ne seraient-ils pas venus renforcer le faisceau des forces vives du pays? Désormais la contrée serait viviiiée parla salutaire influence d*un pouvoir triple et unitaire, savoir M. le curé d'Âsnières qui représente à Royaumont le pouvoir spirituel, la sainte magistrature des âmes; le châtelain laïque de Royaumont, qui est investi, en sa qualité de maire, du pouvoir civil; enfin, les oblats qui ont leur ■ action, leur rayonnement spirituel, parallèle et convergent au même but que M. le curé d'Âsnières; deux magistratures nées pour s'entr'aider, absolument comme M. le préfet et M. le maire travaillent sur le même territoire de concert au bien public, l'un ayant son action circonscrite dans le rayon municipal, l'autre participant d'une action plus générale, par sa juridiction lointaine et départementale.
Jamais plus favorables auspices pour ceux qui concluaient la transaction de 1864 ( C'est qu'Asniéres s*est trouvé personnifié dans ces dernières années, dans un ecclésiaslique vi aiment d'élite', dans un pasteur réunissant les plus précieuses qualités d'inlelligence, de caractère, de j)oble et de pieuse activité. Qu'il soit permis d^ajouter surtout qu'il est venu apporter dans la contrée cet esprit de inodération et de conciliation, d'essence éminemment évangélique, qui, plus que jamais, est dans les convenances de notre époque. Asnières-sur-Oise a possédé dans ce siècle, des curés distingués à différents égards, de véritables ministres de Dieu , dont on garde la mé-
* H. rabbé Léonard.
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moire. Mais, dans nos temps de transformation sociale • et de civilisation démocratique, le prêtre doit être' l'homme do toutes les classes, ou plutôt, il ne doit èlvù d'aiirune; il doit être l'homme de tout îe monde, du pauvre et du riche, du lettré et de rilltlti i , parce qu'il doit être l'homme de Dieu, l'hommède Jésus-Christ, c'est-à^ dire le pacificateur, le moralisateur, le consolateur. Heuréux.quand les populations ont à leur tète, comme celle d Asiiières, des chefs religieux, affables et doux, incarnation bénie de la honté et de la charité, jamais s'cmployant à isoler, à diviser, à séparer, mais ne brûlant que du désir d'élever les âmes, de les sauver, de les civiliser, adoucir, bonifier, rapprocher.
Cette triuité de forces morales, M. le curé, MM. les oblats, M. le maire et châtelain de Royaumont, n'était pointa dédaigner pour le pays. Les rapports de bon voisinage, entre les oblats, M. le maire et M. le curé, ne peuvent que servir aux intérêts publics, temporels et spirituels. Le nouveau maîre^ de la commune d'Asnières, homme d'idée, d'activité et de progrès, ne donne-t-il point déjà des gages au développement matériel et à l'amélioration morale du pays ? Une école, pour les habitants de Bâillon, qui en étaient privés, n'a-t-elle pas é(é érigée grâce à son active énergie ? Quand on a des sentiments élevés, des intentions loyahis, l'amour du bien public, comment ne pas s'entendre? On doit sympathiser avec la noblesse du cœur partout où l'on croit la trouver; et ni les oblats, ni M. le curé d'Asnières, ni le châtelain de Royaumont investi de Tautorité municipale, ne s'opposeront à ce que l'on marche vers Fidéal indéfiniment perfectible d'une société rationnelle, et rationnelle parce qu'elle est chrétienne.
« M. Pitat '