‹ Histoire de RoyaumontChapitre 3 sur 263 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

d'Aragon, de Portugal, de Sicile, de Naples, de Pologne, de Danemark, pour négocier la pacîncation universelle. Le connétable de Richemont avec dix-huit grands seigneurs y avait assisté pour le Roi de France ; et le cardinal

de Winchester, îuec nombre de lords, pour l'Angleterre. Le duc de Bourgogne s'y rendit aussi. C'est le 29 mai 145G qu'on exécuta une des clauses de en traité. Le connétable de Richemont prenait possession de Paris au nom du roi de France; ce qui décida Willugby et les quinze cents Anglais qui gardaient Viwh à s'enfermer dans la Bastille. Richemont brûlait de les y prendre, mais il dut imposer un frein à ses désirs, n'ayant point mission du roi pour cela. Les Anglais oiTrirent de rendre la Bastille, à condition gu'on leur permit de se retirer avec leurs biens et avec ceux qui voudraient les suivre^ La capitulation fut acceptée. Ils sortirent accompagnés par les huées du peuple, et s'embarquèrent sur la Seine pour rentrer à Rouen. La conquête anglaise n'était guère plus que nominale. En 1445, le sire de Willugby mettait sa signature à c6té de ceUe de Henri YI au bas des lettres patentes accordées h rUniversité de Caen*.

Eiiiiii, loute trace des bouleversomenls politiques produits par la guerre de cent ans avait disparu , il n'en res- • tait en 1455 que le souvenir. Tout .Vnglais avait évacué le territoire de la France et repassé le détroit. Le moment devenait favorable pour que Royaumont réparât ses pertes, soit dans le domaine du spirituel, soit sous le rapport du temporel. Les Cisterc iens reprenaient, à la faveur de la paix, le lil)re fonctionnement do leurs règles. Les visites des monastères, ordonnées par les constitutions, étaient remises en honneur, pour purger chaque maison des irrégularités que les temps de troubles avaient favorisées. Tel fut à celte époque le rôle de Royaumont

» V. JobnLingara, Hist. d'oing!., t lî

* Arcilim du Calvados, Y. extr. par Lechaudé d'Ânisy, 1. 11, p. 335.

8 UISiOIRË DE ROYÂUMONT.

par rapport à une abbaye puissante, créée dans les premiers siècles de la monarchie, aux alentours de Sentis,

au milieu de la forêt d'Ermenonville. L'aLbaye de Chaalis S fondée par Louis le (îios, en 1116, avait pris des développements considérables , par les donations successives de plusieurs seigneurs, et aussi par l'excellente discipline qui y avait régné longtemps, si bien que son revenu s*élevait à Irois cent mille livres de rente. Mais cette colonie cistercienne, célèbre par ses richesses et par la science de ses religieux, n'était ni infaillible ni impeccable dans ses membres ou dans ses abbés. Chaalis devait, dans les âgés modernes y substituer aux vieux bâtiments qui tombaient en ruine des bâtiments nouveaux qui défieraient les ravages du tempsV Cependant, au quinzième siècle, il semblei.iil (^u'il cUiit plus urgent de réparer des ruines d'un autre ordre; et quoique la position de Chaalis, séparée de toute habitation par des coteaux- boisés, favorisât la reti*aitey le silence, la méditation, les vertus douces, les

* Chaalis se trouve au levant de Senlis, non loin de la Victoire. Louis le Gros, ayant pprdn un frère qu'il aimait tcniiremrnl. fit élfver, à l'occasion de soç frère, celte abbaye à l'endroit d'un ancien prieuré appelé Calmum^ et changea ce nom en celui de son frère, qui se nommait Charles : de l&le nom de Chaalis, Caroli-locus. Plusieurs clievaliers de la contrée imitèrent la génén^'iitr' oiiis ledits En 1 1 "(7, Guillaume de Senlis remit aux religieux une redevance unimeile que ceux-ci pesaient à cause du lerraia sur lequel leur maison était bfttie.

*Aa dix-httilième siècle, les moines de Chaalis eurent k rebâtir leur monastère, qui tombait en ruines; ces constructions modernes offrent un luxe et une soliditf' remarquables. Dans toute l'étendue du bâiiment règne une galerie iuniicnic, qui devait servir de promenoir aux religieux. Aux deui extrémitéa de ce beau doltre, on trouve deux escaliers qui figureraient, dit-on, convenablement dans le palais du Louvre. Les religieux, pour faire ces constructions, avaient contracté en Hollande des emprunts onéreux, qui les ruinèrent. N ayant plus, pour se soutenir, les dons qui autrefois les avait^nl enrichis, ils se virent forcés d'abandonner cette antique abbaye. L'abbaye de Chaalis, malgré ses ruines et son abandon, présentait encore, il y a quinze ans, un caractère plein de charme et de douce tristesse. La seule chapelle dite du Prieuré, construction solide qui s'est parfaitement conservée, appartient à 1 architecture de transition. Ses lignes simples, ses colonnettes dénuées d'ornements, ses voûtes à ogives et non à plein cintre, lui assignent le style et la date du onzième aiècle. {Senlii et Clmtmy, par H. Vatin; 1847, p. i77.)

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