LIVRE .NEUVIÈME
habitants du monastère s'étaient néanmoins plus ou moins écartés de Pantique discipline. Royaumont dut
intervenir d'office, dans une intention de fraternelle assistance fil de rélurmaûoa. Un vioiix recueil cite «une grosse d'inibrmalion concernant les vie et mœurs de l'abbé et , des religieux de Chaaiis, de la filiation dePontigny, faite en 1424 par les abbés de PruUy et de Royaumont ^ » Peutêtre aussi la vie et la régularité vont-elles reprendre un nouvel essor dans l'abbaye elle-même, créée par saint Louis, et la liste des saints personnages produits par l'ordre cistercien va-t-elle s'augmenter et offrir de nou-. veaux matériaux an pieux annaliste frère Jean d'Assignies*. Â Gilles de Gupè avait succédé Jean II de Mont* tiret. Mais Jean If, sorte de fugitive apparition à Royaumont, ne fut pas abbé pendant de longues années; on dirait comme s'il n'était venu sur la scène que pour méditer une grande page de philosophie de Piiistoire, à Toccasion de l'expulsion dos Anglais de France ; texte, il est ^vrai, de saisissantes contemplations sur la logique de la Providence et sur la destinée des empires. La puissance anglaise en France venait de s'écrouler avec autant de facilité qu elle on avoil en à s'établir. L'abbé de Royaumont» Gilles de Cupc, qui avait assisté à son déploiement, fut aussi le témoin de sa chute. Au nord de l'île do Francei on n'avait accepté qu'à contre-cœur la domination d'un prince anglais. Les faits le prouvent pour les villes qui entouraient Royaumont. Il y avait eu l'illusion du début; Henri YI, enfant, avait été reconnu comme souverain de
*V. àla bibliotbéquc Saintc-Goucviève un livre intitulé : Recueils, concernant les cbt«rciens; in-4*, 1. 1*', 1558. D, 2.
^Krcrc Jean d'AssignieSt religieux de Cambron, fit imprimer à Douai, en 1598, le Cabinet (1rs choses plus signalées advenues au sacré ordre de Cfteaux. L'nutC'iu' raconte avec naïveté les vies de phisiotirs saints pvélals, ubbés de i ordre de Citeaux ; il donne des cxtraiis de correspondance de Robert» de Sainl«Beniard; il parte du vénérable Aubry, du vénérable Fastredus, du P. llumbert, premier abbé d'Ignies, du bienbeureux Gérard, abbé de Clairvaux, du vénérable Ârnould, abbé de Villers, etc.
la France, en 1422, par le Parlement, par l'Université, par le premier prince du sang, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, par la reine Isabeau de Bavière. Paris, l'Ile de France, la Picardie, l'Artois, la Flandre, la Champagne, la Normandie, c'est-à-dire presque tous les pays au nord de la Loire, et la Guyenne, au sud de ce fleuve, lui obéissaient. Voîlà pour la piTiode de fascination. Mais en ce monde, il y a toujours action et réaction. Depuis Jeanne d'Ârc et son étonnante intervention au siège d'Orléans, tandis que la monarchie française se relevait, la puissance anglaise déclina rapidement sur tout le continent. La mort du duc de Bedfort, en 1155, la capitulation de Paris en 14^6, ôtèrciiL Umt prestitrc a la doininafion d'outre-Manclie et accélérèrent sa ruine. Crcil, Seulis, Beaumont, Asnières, Yiarmes, Pontoise, Luzarches, retournaient au pouvoir de Charles Yli, et la prophétie de Henri Y se réalisait. Lorsqu'on vint lui annoncer que sa jeune lemmc avait mis au monde un iils au château do Windsor, on rapporte qu'il dit avec trislesse : « Henri de i\loninoutli aura régné peu et conquis beaucoup, Henri de Windsor régnera longtemps et perdra tout. »
L'humanité aime trop à se faire illusion, elle croit trop quelquefois qu'on peut impunément se passer de la morale. Henri do Lancaslre n'était pas arrivé consciencieusement au Irùiic d'Angleterre en 1500, et il 1 Onldiait volontiers; mais l'usurpation de iiolingbroke porta ses fruits et fut la source des guerres sanglantes qui désolèrent TÂngleterre durant le quinzième siècle, sous le nom de guerre des deux roses. Henri V avait compris vers 1421 qiril s'en fallait que la France fui à lui (unie eiiliore, et Henri VI apprit par sa propre expérience que la France ne lui appartenait ni tout ontièro ni pas du tout; c'est que leur conquête momentanée ne tenait qu'à l'esprit de vertige qui avait divisé la nation française. Le mouvement de retraite des Anglais, commencé à Orléans en 1429, se