‹ Histoire de RoyaumontChapitre 32 sur 263 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

en décadence, et que l'nbbaye eut plus de vingt ans pour abbé commendataire. Toutefois^ si la t(>orménte qui venait de bouleverser la France, pendant le seizième

siècle, avait été une cause inévitable de relâchement pour Tabbaye de Royaumoiit, le temps était venu de rentrer dans la régularité, alors que la paix était rendue au pays ; de beaux jours se levaient, on disait à Royaumont : « De « quoi nous sert de conserver la mémoire de la vie de saint Louis, si nous n'avons la mémoire de ses vertus « et de ses austérités*? » Royauriioal adopta de buiine heure la réforme ou l'étroite observance ; l'abbaye voulait vivre d'une vie nouvelle, d'une vie pure.

Le travail de réforme ne devait pas cependant marcher et se développer sans obstacle; Royaumont était, ainsi que Tordre tout entier, au commencement d'une de ces grandes querelles qui font époque et dont le retentissement occupa tous les esprits en Europe; la discus> sion qui s^ouvrait, au sujet de la rénovation intérieure des couvents cisterciens, allait ilurer plus de cinquante ans. Il y eut des controverses animées; le débat fut acharné par son prolonj^^cment ; d'un cùlc étaient ceux ([ui voulaient entrera pleines voiles dans le niouvemenl réibrmateur; on les appela les réformés^ ïélroite obser^ vanee, les abstinent ^; de l'autre c6(é se rangeaient ceux des bernardins qui, ne voulant pas sans motif accélérer 'leurs pas, demandaient à bien comprendre avant d'accepter la nouveauté qu'on voulait introduire ; ils invoquaient, pour le slaluquo^ la prescription ainsi que d'authentiques approbations des papes ; on les nommait les mitigés ou la commune observance, .

Il n'est pas sans importance de suivre, dans ses longues

* C'est ainsi que dora Denis de Largentier priait tous les joui-s devant le tombeatt de «ihit Bernard : « De quoi noua sert de conserver ici votre ctirpSr disait-il au saint, si nous n'avons yotre esprit ? »

* Parée qu'ils demandaient l'abstinence perpétuellejd» viande toutel'année.

phases, ce mouvement de rénovation au dix-septième siècle S comqiencé pendant la régence de Marie de Médicis, et continué sous le ministère de Richelieu el sous la régence d'Anne d'Autriche, pour ne finir qu'au premier tiers du règne de Louis XIV. Autant la politique générale eut d'efforts laborieux à produire pendant cinquante ans pour soumettre le parti huguenot, abaisser l'orgueil de la noblesse et des grands seigneurs, et relever le nom de la France dans les nations étrangères*, autant, dans une sphère plus intime, il y eut d'orages à traverser pour calmer les divisioii^î naissantes au sein des ordres cisterciens et pour arriver à 1 unité des monastères, en coiisa* crant, dans une conciliation fraternelle , les aspirations des hommes nouveaux et la sagesse expérimentale des anciens de Tordre. Dès Tan 1622, le souverain pontife Grégoire XV, sur les instances de Louis XIII, aMiit déli i^uc le cardinal d(» la Rochefoucauld, son légat apostulique en France, pour travailler à la réforme des anciens ordres religieux du royaume ; la commission était donnée pour six ans; ces six ans furent consacrés à la réforme des prémontrés et des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Le temps manqua au légat pour iravaillcr à celle des or^ dres de Saint-Bcnolt et de Cîteaux*. A Fégard de ce dernier seulement, une mesure provisoire avait été prise, de conce];t avec les abbés de Giteaux et de Glairvaux, pour

* n a été nécessaire de lire toutes les publication» qui parurent au dit* septième siècle sur la question, les bi'OchuK s 111-4°, les attaques, les réponsc? , les pnmphlcts , les factunis, que la bibliothèque Richelieu et celle de Suiule-tieneviève conservent. On ne saurait croire la fécoudilé des écrits ; ils plcuvaicnt comme nos brochures aujourd'hui sur les questions' politiques. La Vie de Baneéj par Le Nain, celle par de MarlolUer, V Histoire des Ordres religieux, par li P. llélyot, VEspril de C.îteatix, le Véritable youveriit ment de Citeaux. etc , etc , V Histoire d'Aigueùelle, qui résume la poléiUK^uo avec une haute et iatelligeute impartialité, et qu'il était utile pour nous de suivre en' beaucoup d'endroits, peuvoit initier à cette quereilo.

^ Ce fut le programme de Ridielteu.

^ Bref d'Urbain VUl. .

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