‹ Histoire de RoyaumontChapitre 58 sur 263 · LIVRE OiNZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE OiNZIÈME

du douzième siècle; il y avait un adoucissement dans la rigueur des jeûnes, dans la perpétuité du silence, la règle touchant les longs travaux corporels était modifiée ; néanmoins, il estconslant que, dès le règne de Louis XIV, Tabbaye de Royaumont était, sous le rapport spirituel et moral, aussi florissante, à peu de choses près, qu'au temps de son royal fondateur. Le bref d'Alexandre YIl réglait l'heure du lever pour Royaumont, comme pour tous les cisterciens : « Aux jours do lête solennelle, on se lèvera « à deux heures après minuit, et les autres jours un peu « plus tard*, à Theure que le chapitre général aura déter- « minée. » Trois heures du matm, telle fut l'heure fixée par les chapiti'es généraux, telle était l'heure où Ion se levait à Hoyaumonf nu di.v-seplième siècle. Les communau lés, composées de douze moines etau-dessus,f7jan(ate>i( tout Toffice, excepté les psaumes de Matines et de Lmdes aux jours ordinaires. Celles qui étaient moins nombreuses n'étaient astreintes qu'au chant de Tierce^ de la messe et des vêpres, ce qui se pratiquait encore en 1771 ^ Ainsi, la commune observan< e avait pris elle-même, en 11)66, une forme régulière par le bref d'Alexandre VII, qui, tout en roitigeant quelques points de la règle primitive, conserva un fond d*austérité dont s'accommoderaient difficilement ( tîi laines congrégations modernes qui sont loin cependant de passer pour relâchées.

De graves témoignages attestent cette vie nouvelle, cette haute régularité qui gagna, non-seulement Royaumont, mais tous les monastères cisterciens dés le milieu (lu dix-M pliènic siècle. Un voyageur de l'année 1667, D. Meglingcr, a consigné ses impressions à l'occasion des visites qu'il fit à: plusieurs abbayes cisterciennes de la commune observance, Tannée même du bref de la Réforme; il visita Glairvaux, Citeaux, etc., et, d'après le

' Notvr pro redigenda Stakitonm Ord. CàL con^idlttikme, ilH,-^Wttoire U'Aiguebelle, t. II, p. 07.

HISTOIRE DE BOYAUHONT.

témoignage de ce témoin oculaire, on se levait à deux heures les jours de féte; la table ëlait des plus frugales ; on couchait dans un dorfoir commun divisé en cellules, et

les lits étaient de paille, sans drnps, ce qui suppose qu'on couchait tout vêtu*. Le vénérable iM. Olier, supérieur de Saint-Sulpice, qui visita aussi Glairvaux et Giteaux en 1647, ne put s'empêcher d'être frappé de tout ce quil y avait de sagesse, de zèle et de vertu dans Claude Yaus* sin, supérieur général des cisterciens, ainsi que de la vie qu'on menait dans Tordre. Loin d'avoir découvert des asiles de paresse et do mondanité, il trouva' des sanctuaires de sainteté, e( il demanda pour lui-même et pour Saînt-Sttlpice d'être associé aux prières et aux bonnes œuvres des religieux*. Or, l'aulorité du témoignage de M. Olier est d'un grand poids. Cet homme éminent eut Fhonneur d'exécuter, le premier en France, les idées et les désirs du concile de Trente par Tinstitution catholique et nationale des séminaires. Joignons la déposition d'un historien de la fin du dix-septième si(!clo qui a écrit dans les premières années du dix-huitième, et qui rend également bon témoignage des conséquences dernières que produisit Pexécution du bref pontifical dans les maisons cisterciennes : « Les supérieurs en ont fait observer les «r articles jusqu'à présent avec beaucoup d'exactitude, « écrivait cet historien en 1710, ce qui a rétabli cet ordre ' « dans sa splendeur; en sorte que ses religieux sont re- « devenus la bonne odeur de Jésus-Christ, édifiant autant « les peuples par leur vie réglée et exemplaire que leurs . « prédécesseurs avaient causé de scandale par le relâche- « ment où ils élaieuL tombés'^. »

Un point toutefois doit inspirer des doutes et se ratta-

* lier Ctslercieiise, auclore F. Jos, Megliuger, religioso sacerdole mon. B. Mariée de Maris-Siella. 1667.

* Vie de M. Olier, par M. Faillon, t. II» p. 59.

^ Lg P. Hélyot, auteur de l'onvragfe monumeaul» ÏUUtwre des Ordres religieux.

LIYHE Or^ZIÈMË. 255

che à h [ 1 1 que les Individus et les groupes ont dans la solidarité universelle. N'était-ce point nn spectacle re- "rretfable de voir une grnrule cnmpagnie conime les cistei cîens se débattre dan s la dispute et la stérilité pendant un procès qui dura plus de cinquante ans? Un homme sublime donna, il est vrai , satisfaction aux exigences de l'opinion publique, en rappelant par ses exemples les beaux jours du vieux Citeaux mortifié et agricole*. Mais le parti adopté par Fabbé de Rancé ne prouve rien dans cette contro~ verse fameuse. Il était libre, selon sa nature et la manière dont la grâce l'inspira, de renouveler les austérités des antiques anachorètes; mais n'y a-t-il pas une justice au sein de T humanité, un système de Ijalance en vertu duquel, quand des générations entières dépensent le trésor incomparable du temps à se disputer pour ne rien produire, le plateau du bon sens baissant tristement, le pla« teau des châtiments doit monter proportionnellement sous une forme quelconque? Tandis que les cisterciens discutaient s'il fallait faire maigre trois joui*s ou sept jours de la semaine, on aperçoit le ricanement de ces natures épicuriennes et sceptiques du dix-septième siècle qui concluaient à une éternelle raillerie, parce que des hommes graves senihlaient n'aboutir, dans leurs uégO( i i lions laborieuses, qu au petit, au mesiiuiu ou au conlus. rv'est-ce pas en vertu d'une loi analogue qu'au déclare que tout peuple auquel on interdit de raisonner sur ses

* Kon-seulement Raneé eatune glorieuse ]);u t dans la controverse en soutenant de son élîxiuence. en Franco et à Rome, la cause dr rrtj oit'^ et rigide observance; il lit plus, il pratiqnn. à la Trappe, ci lit i)r;itiquei les anciennes austérités. Dans le monasléi e de l'abbé de iiaiicé, le sttleil levant n'éclairiit |i88 de ses rayons la couche sur laquelle reposait le bernardin assoupi; les veilles nocturnes étaient rétablie ; il y avait une heure fixe pour se lever. I.e moine cistercien était revenu à la Ijêclie. à la charrue ; prolès et corners allaient aux champs tracer un sillon pénible, faucher et im^ssoQner* La psalmodie, la mortiOcation, le recucilleineni, le travail des mainSf le silence, tout était remis en honneur. — K les différentes foires de l'abbé de Ranci* et de la Trappe, notamment la Beile et grande UisUftre de fkmcé, publiée récemment par L'abbé Dubois.

m HISTOIRE DK ROYAUNONT.

institutions et ses libertés politiques a besoin de se dédommager par une diversion, et qu'il ne l'obtient, cette diversion inévitable, que par les investigations les plus tumultueuses dans les questions religieuses et morales? Avant la Fronde, après la Fronde, qn'étail ce que ces écoles de philosophie épicurienne , de penseurs plus qu'indépendants, révoltés d'une révolte totale contre les croyances établies ^ Qu*était-ce que les sociétés du Temple, les ruelles diî Marais, les salons fréquentés par les esprits forts'? Fomijuoi telle boutade de sensualisme et de dispositions réfractaires à l'endroit du catholicisme qui . avaient saisi certaines fractions de la société française? Qui pourra assurer que ce n'était pas la déplorable réaction opérée par la scène des discussions des bernardins roulant, pendant soixante anut es, tlans un cercle stérile d'impossibilités, en appelant du cardinal de la Rocheioucaiild au cardinal de Richelieu, de celui-ci à Louis XIII, de Louis Xlli au pape, puis du pape au roi, qui ordonnait ensuite aux parties de porter leurs différends h Ronie? C'est ainsi qu'on a dit de Tépoque de la fin de la Fronde : « Comme après toutes les furbulences politiques, on avait vu se manifester des dépits d'abord , puis de la lassitude dans les esprits naguère si agités. Pour les uns, cette fatigue s'était transformée en un besoin de solitude; on courait s'abriter au désert de Port-Royal, séjour des mécontents, ou Li(;n au\ maisons de retraite de i'Oraloire. Forcés désormais à ne plus discoui ir sur la liberté politique, les beaux esprits se perdaient dans les disputes sur le libre arbitre, sur la grâce, de saint Augustin. Pour les

* On se rappelle Saint-Évremond, Cyrano de Bergerac, !e spadassin pliilo*oplio qui ?o raillait de toutes les croyances, le baron Blot. connu par la licence et 1 impiété de ses pai'oles, et dont madame de Sévigué disait qu il nvait 1o diable au corps.

* Le duc de Vendôme, le bâtard de Henri IV, flréquentait le château du Temple, dans le vieux Marais, où se rendaient ions les jnécontents, Beaufor», oie. On comptait, comme succursale de 06 cénacle» les hi^tcU d© Marion de Lorme et de Kiuon de Lendos<

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