LIVRE DOUZIEME
sévère et un isolemeiU strict. Le fait de 1668 étai(>il oon* lagieux ou simplement épidémîque? les bons esprits
n'étaient pas plus décidés sur ce poiiil, au dix-septième siècle, qu'on ne l'est au dix-iu iivièine. On croyait, à Sentis, à i'utiiité des quarantaines, comme on j croyait partout en France, en Espagne, en Italie; et sans se prononcer sur les causes de production, de transmission, de communication mystérieuse de la peste, Senlis décida, en f faveur de la santé publique, une mesure de police sanitaire.
Un arrêt du parlement et une sentence du bailliage d^ Senlis furent signifiés aux religieux de Royaumont, en ce qui eencernait le cas d'épidémie, ordonnant que l'abbesse de Notre-Dame de Soissons et les relif^icubCb qui se trouvaient avec elle à l'abijaye fussent tenues d'y demeurer quarante jours. L'arrêt portait défense expresse d^avnir aucune communication, et d'aucune sorte, avec ces religieuses, et d'en approcher de plus prés que de lângt pas^. On fut positif et prudent. L'iuipurtation du mal avait-elle une cause étrangèi'e, ou bien devait-on admettre une cause toute locale? Fallait-il s'en prendre à cette théorie moderne, plus ou moins séduisante, qui attribue la cause de nos dernières et redoutables épidémies tantét à la trop faible quantité de iluide électrique dans l'individu et dans l'atmosphère % tantôt à l'absence dans l'air de cet oxygène électrisé qui porte le nom d'ozone, et dont on connaît mal la nature? L'administration ne perdit pas le temps à dis-
* 11 pst évident que, de nos jours, on doit rechercher le système de quarantaine le plus propre à concilier les intérêts de la santé publique avec ceux dn oommerce et des relaUons internationsles par terre et par nur. U serait exagéré de soutenir que Tancien système des quarantaines soit on
produit de la peur et ûr l'ifrnorauce.
' On connaît le travail jirésenté par M. Poggioli à l'Institut, tendant à prouver que le choléra consiste dans un défaut d'électricité', les causes prédisposantes au choléra ameuant toutes un défaut d'électricité, et ceux
qui sont le plus facilement frappés par cette maladie ayant en effet une trop
faible (îiinnlité d'électricité, f»^h quo les convalescents de la fièvre typhoïde, de.la dyssenterie, des pneumonies, tels que les individus pusillammes.
m HISTOIRE DE ROYAUMONT.
cuiev des doctrines incertaines et nébuleuses; puisque,
selon d'autres savants', le (léau moderne prouverait au contraire une trop forte proportion d'ozone (hns Fair. Elle alla au plus prudent, à cette mesure de / i^o/^m^n^ des malades que la sagesse recommande ; il y avait assez de faits d'appanlion du fléau meurtrier dans le dii-septième siècle; on en compla onze en France; on ne pouvait OH]i^icr que Marseille, en 1630, avait eu plus de trentemille habitants enlevés par la peste.
C'était de toute manière un vif contre-temps pour la famille d'Ârmagnac-Iorraine ; et tfne réunion où Ton s'était promis de douces et d'innocentes joies, de celles qui s'attachent au rapprochement des membres epars du foyer, se vit troublée inopinément par un redoutable cas d'épidémie, et assombrie par la crainte. Ce fut aussi l'objet des préoccupations générales dans la contrée du Beauvaisis; et In linute position de la jeune coadjutrice de Pabbesse de boissons ajoutait à l'intérêt qu'inspirait ce malencontreux et périlleux accident. C'est que la princesse Henriette d'Harcourt était, à vingt-huit ans, à la tête d une abbaye célèbre. Cette abbaye de Notre-Dame de Soissons datait du septième siècle, et dès le principe, on avait déployé à cet élaldis^einent une magnificence royale. L'abbaye reçut les preuves les plus signalées de la faveur des rois mérovingiens et carlovingiens, les filles des plus grands S( i tueurs et des rois eux-mêmes s'empressaient d'y prendre le voile. Plusieurs princesses de la iauulle de
* Tandis que M. Schœnbein, N. Bœckel, M. Noble, M. Wolf, M. TurcheUi, produisent plusieurs obsenrations i^pielles il semblerait résulter que la diminution de l'oione engeudre ou du moins favorise d^ns son développement le choléra, un savant allemand, M. Joanne, croit poiKoir tirer de ses ODsen'ations une conclusion lm[ opposée. Le choléra serait dû. suivant lui, à une trop forte proportion d ozone dans l'air : aussi ne irouve-t-il Tim de plus dnicace à opposer au fléau asiatique que de répandre dans l'air, par tous les moyens possibles, des vapeurs diode qui décomposent à l'instant le poison miasmatique. Voy. les Thfis Fléaux, par le docteur Foissac, p. 42*
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LIVKE DOUZIÈME.
Charlemagne étaient comptées parmi ses abbesses. On voyait aussi figurer, dans les derniers siècltô, des princesses des plus hautes maisons, et même du sang royal, parmi celles qui la gouvernèrent. Catherine de Bourbon, sœur de Louis V de Condé, celui qui joua un réie dans les guérres de religion et se mit du côté protestant, était abbesse de Notre-Dame de Soissons, au milieu du seizième siècle: elle put protéger les intérêts catholiques, mi milieu du pillage épouvantable que Soissons éprouva, en 1567, de la part de Tarmée calviniste.
L'abbaye de Hoyaumont fut, en conséquence, soumise, en 1668, aux précautions sévères usitées dans les lazarets. La quarantaine de llayauiuont coiiiitieiiça au printemps, (luns les premiers jours de mai. Au nom de la prudence et de l'humanité, deux huissiers furent commis pour surveiller les religieuses, assurer Texécution de la quarantaines et empêcher la formation d^un foyer pestilentiel qui eût projeté dans le pays la contagion et la mort. Armande Henriette de Lorraine n'avait pas eu de bonheur dans son excursion, fui n'était pas un simple but de promenade. Les dépouilles mortelles du comte d'Harcourt reposaient à Royaumont-, et la jeune abbesse qui était en quête d'un souvenir de sou cher et illustre père, faillit payer de sa propre vie la satisfaction que sa pieté filiale était venue chercher. Voici ce qui pouvait se voir dans l'église de Tabbaye de Notre-Dame de Soissons, Tannée qui suivit le voyage d'Armande Henriette de Lorraine, à Royaumont. Près (lu loiubeau de nindame d'Elbouf, la jeune abbesse avait fait placer dans une petite arcade, sur des barres de fer, une boite de plomb d'un pied carré, contenant le cœur de feu M. le comte dliarcourt avec une plaque de cuivre, où l'on avait gravé l'épitaphe suivante :
* Inventa ire de Ut nuuAe eomfintusUe, de 1163, liasse ooi. R. Archives de Seiue-et-Oi&e.