LIVRE DOUZIÈME
Madame Ârmande de Lorraine est peinte en noir; du reste les religieuses de Notre-Dame de Soissons Iciiaienl à se distinguer des autres au dix-septième siècle, en portant, quand elles paraissaient en présence des séculiers de qua* litéf au-dessus de cet habit blanc, le froc ou ^'a»d hàni ' fiotf , dont elles se servaient du temps de notre princesse. La figure de madame lienrielle, qui se défachait sous son voile noir et sur sa guimpe blanche, laissait voir dans ses yettx toute la placidité claustrale, et sa bouche avait un pli aux deux coins des lèvres, coàime un commencement de doux sourire ; une croix brillait sur sa poitrine. Le peintre la représente la main droite retenant un livre debout, pour avoir roccasioii sans doule de crayonner une belle main, dont la princesse ne se préoccupait probablement pas. On dit, chose contestable, que les chagrins donnent de Fembonpoint aux femmes; il est sûr que les souffrances physiques n'ôtèrenl point au visage de la jeune abbessc ni celte plénitude régulière, ni ce moelleux ovale, qui lui donnaient un petit air de ressemblance autrichienne, par l'extrémité inférieure de la figure, avec Marie-Thérèse d'Autriche, sa contemporaine et la femme de Louis XIV.
L'événenient bien imprévu, c'est qu'il y eut un cas de peste à Royaumont, en 1668, au grand étonnenient de celte contrée si salubre, justement au voyage de la princesse Henriette. Dès le printemps de cette année, une maladie pestilentielle s*était déclarée sur plusieurs points
siècles, comme on le constatait à la biljliotlièquc de Saiiil-Cfermain des Prés, dans un manuscrit de Corbie, ancien au dix-septième siècle dâ pius de 600 ans» et contenant les ouvrages de Pasçhase Badbert. L'abbesse et Us religieuses de Notre-Dame de Soissons y étaient toutes représentées avec un habit noir. On conservait aussi dans rabhayc de Notre-Dame de Soissons un auti e manuscrit de Gautier de Coincy, irlit ii ux de Saint- Médard, et remontant au douzième siècle, où Ton voyait i ai)i>esse Matliiide et tes religieuses de Notre-Dame de Soissons revêtues de rbabit noir de Siint-Benoit. Mais il y avait eu un cliangement d'habit, au moment où la plupart des religieuses des Pays-Ras et d'autres provinccs se firent noinesses. Yoy, Dom Michel Germain.
âSG UISTOIRË D£ ROYÀUMÛNT.
liu Beauvaisis, et y avait fait de nombreuses victimes. Ce
fut pour l'évêque de Beaiivais une occasion éclatante de signaler son zèle de pi ( luier pasteur, et l'histoire doit à Mgr Nicolas Ghoart de Buzanval une page de souvenir. Le
' prélat fut à la hauteur des circonstances, il se multiplia, pour venir en aide à la population consternée du diocèse de Beauvais, irdonna des instructions pour les iiiesm cs à prendre ; il se rendit lui-même dans une localité où il jugeait sa présence \itile pour relever le moral abattu des habitants. Qu'arriva-t-ii? Lorsqu'on se croyait délivré de ce tléau, une de ses brusques apparitions alarma la colonie de Royaumoiil, dans la personne des religieuses venues de Soissons,ct fit provocjucr les mesures rigoureuses en usage en pareille circonstance. On élevait des cabanes dans les champs, à quelque distances des villages, et on y transport
' tait les malades dont on n'osait plus s^approcber. On se tenait à distance lorsqu'on leur présentait les aliments ou les rail aîchissemuuts qu'ils réclamaient K Et, pour Royaumont, lorsque le cas de peste qui venait de s'y déclarer fut connu du public, l'autorité crut devoir prendre des mesures; d'où Ion peut juger de la vive émotion de la famille de Lorraine, ainsi que des habitants de Royaumont et d'Asnières. Une partie des appartements 'des hôtels de l'abbaye de Royaumont tut érigée en lazaret, où la coadjutrice de Tabbesse de Notre-Dame et ses compagnes furent consignées. Il fallait se soumettre à une mesure de Fautorité. Ces religieuses étaient-elles atteintes effectivement de la peste, ou bien sortaient-elles seulement d'un lieu déjà infecté de l'épidémie, et craignait-on une importation funeste? le fait n'est pas expliqué dans les archives de Fabbaye. Le parlement et le bailliage de Senlis, dans le sentiment de leur responsabilité, furent d avis d ordonner, comme préservation, une quarantaine
^ SiêMre (Hoeiêe BeamtU, par H. ûelettre, t. lil, p. 490.