‹ Histoire de RoyaumontChapitre 79 sur 263 · LIVRE DOUZIÈME. S · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME. S

de peupliers, présente un sol spongieux et toujours sec pour le promeneur ; on y jouit d*un airhumiecté, et cependant pas humide, le pays ayant quelque chose de découvei l, d'aéré ; on y est en présence d'un ciel clément, d'un front de collines toujours vertes, et, à part les vents qui viennent aux équinoxes gémir et pleurer aux portes' de Royaumont, on y est gratifié durant toute Pannée d'un climat agréable et tempéré. Quoi qu'il en soit, on n'eut cependant aucun malheur à déplorer à Royaumont, en 1668, par suite de la peste; mais il semble que la généreuse piété filiale de l'abbesse de Soissons avait stimulé celle de ses frères. Les Lorrains \ou1urent doter l'église de Royaumont d'un ombellissement, dont c'est le lieu de parler. Le prince Alphonse Louis de Lorraine, ainsi que son frère aîné, le grand écuyer de France, désirèrent que les dépouilles mortelles de leur noble père, ensevelies provisoirement à Royaumont, reposassent d'une manière définitive dans l'église de la célèbre abbaye; riiiitialive de cette pensée appartenait au comte d'Armagnac, et il n'est pas irrégulier de supposer que Pamour-propre de famille, ainsi qu'une idée de politique, ne furent pas étrangers au choix de ce lieu de sépulture, sans exclure tous les autres mobiles.

Antoine Coysevox commençait à jouir d'une renommée méritée, comme sculpteur. La réputation de son talent lui avait fait confier récemment, étant âgé seulement de vingt-sept ans, le soin de décorer le palais de Savérne du cardinal de t urstemhei g en Alsace. Le comte d'Annagnac appréciait cet artiste ; il avait vu plusieurs bustes de Louis XIV, qui étaient sortis de son cise9u distingué, et d'autres ouvrages qu'il avait faits pour les maisons royales. C'est lui que d'Armagnac chargea d'exécuter un mausolée, pour être placé dans la grande église de Royaumont, à la mémoire du comte dliarcourt. M. d'Armagnac «

s'adressa bien ; Coysevox était un homme modeste et un

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artiste éininent ; on aimait, sinon dans ce Rubens, du iiioiiib dans ce Murillo de la sculpture, ses qualités solides (iMionorabilité, ses dehors simples et sa scrupuleuse probité ; on devait à Goysevox le mausolée du cardinal Mazarin . En faisant appel au talent supérieur de Goysevox, qui sans avoir fait palpiter le marbre autant que Puget, a cependant conquis une noble place entre Pucfet et Girardon, le comte d Ai magnac se proposa de gratilicr la basilique de Royaumont d^un chef-d'œuvre de sculpture, et d'un monument en rapport avec la célébrité de Tabbaye; mais voici comment la politique pouvait s'alliar 6 la piété filiale: Charles IV, duc de Lorraine, beau-frère de Gaston d'Orléans*, le plus étrange et le plus versatile des personnages, tantôt nous faisant la guerre en s'alliant avec l'Ëspagne, tantôt se déclarant soumis, continuait avec les années sa vie de tergiversation et de perfidies. Mais Louis XIV avait entrepris de raisonner cet « illustre condottiere » avec des soldats et du canon, ce qui amena le traité de Montmartre, signé le 6 février 1662. Ge traité de 1662 ayant de la connexion avec le mausolée érigé dans l'église de Notre-Dame de Royaumont, il est nécessaire d'eu rappeler l'article principal. Le duc Ghai les IV, à qui les années n'avaient pas apporté la sagesse, eut la fantaisie d'échanger son duché contre une pension annuelle d'un million de livres, et le rang de prince du sang français garanti à lui et à tous ceux de sa maison. Ce traité par lequel Charles IV donnait la Lorraine à Louis XIV, et substituait la couronne à la maison de Lorraine après les princes du sang, fut signé à la grille de l'abbaye de Montmartre, dont Françoise Renée de Lorraine, fille du duc de Guise, était abbesse*, en présence du duc de Guise et de l'abbesse.

• La princesse Marguerite de Vaudemout, sœur de Charles lY, fut naoxiec, en 1033, au duc d'OitéanSi frère de Louisr XIII.

* Depuis 1657.

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Silôt que ce traité fut connu, .il excita une vive émotion* Naturellement la clause par laquelle le capricieux

Charles IV cédait à la France la propriété des Étals et duchés de Lorraine et de Bar, devait soulever de grandes et inévitables réclamations on Lorraine; le ducMcoias-François et son fils le prince Charles en furent consternés; les populations aussi se plaignirent de cette aliénation et de cet abandon. L'autre clause du traité mécontenta en mémo temps les princes français qui voyaient avec déplaisir les préséances accordées aux princes lorrains; car, en considération de la cession territoriale qui lui était faite, Louis XIV déclarait tous les princes de la maison de Loriaiae désormais lial)iles à succéder à sa couronne; il les agrégeait à la fauiille royale de France; ils y seraient appelés selon leur rang, après la maison de Bourbon; ils marcheraient devant tous les princes issus de maisons souveraines étrangères*. 11 n*y avait que les princes lorrains, sujets du roi, ayant leurs biens en 1 l aiK e, qui se consolaient facilement du traité, dans Tespérance do devenir princes du sang, et d'avoir le rang par-dessus tous les princes étrangers, £t même on est vivement tenté de voir dans l'érection du mausolée du comte d'Harcourt h l abljayf^ de Royaumont, et dans le choix de ce lieu pour sépullui e du grand capitaine, le besoin de saisir toute occasion d'appliquer le traité de Monlmarti*e de 1CG2, et de faire acte de princes du sang de France. En effets lad* mission de la sépulture d'un personnage étranger dans le chœur et dans le sanctuaire des églises cislercieimes avait une signification très-déterminée. Les statuts formels de l'ordre de Gîleaux avaient prévu et réglementé cette question des sépultures ; et on ne pouvait admettre dans le chœur de Royaumont que la sépulture des princes du sang royal. Il n'y avait eu d'ensevelis dans le sanctuaire

* Voyez Mémoires de Beauveau^ Cologne, 1C00, in-t2, et Hiêtoire de Ijof Tttbue, par 4oni Colmet, in-folio, t. (II, p. 594.

m HISTOIRE DE RÛYÂUMÛI4T.

de Royaumont que des abbés ou les enfants de saint

Louis; lesnutres monuments furent toujours placés, soit dans le cloître, soit dans le cimetière au côté septentrional de FËglise. C'est ainsi que la commande faite par le comte d'Armagnac au sculpteur Goysevox pour le mausolée de Boyaumont pouvait sembler, dans la pensée du grand écuyer de France, la prise de possession de la convention de Montmartre.

Ce n'est point un sentiment d'exclusion aristocratique, qui empêcha d'admettre dans le chœur de Royaumont, et dans les églises cisterciennes en général, les tombes et les sépnltnrcs communes; on obéit à une pensée d'ordre.

Les lionneurs rendus aux morts, comme l'observe un docte historiens ont pu quelquefois, sous une apparence religieuse» revêtir un caractère de spéculation dans les êtablîssèments monastiques. Ces honneurs rendus à des étrangers pouvaient être une occasiuii d'aljus en détournant, par dos pensées d'intérêt temporel, les niuines du but véritable de leur institut. L'ordre de Citeaux l'avait compris; aussi, il était défendu de célébrer aucun anniversaire sans l'autorisation du diapitre général*. En conséquence des nièiiics principes, on avait dclcndu d'enterrer dans les églises abbatiales d'autres personnes que les rois, les reines, les drcliovéques et les évêques. Un article du chapitre général de Clteaux, de Tan 1152, porte en effet' cette disposition : m Ntdlus prsstet' regem, »ive reginam^ sive arçhiepiscopos^ in nostris sepelianturecclesiis, » Un moderne biographe de saint Louis* a mal interprété cet article, quand il le nomme « un des fiers décrets des abbés de Giteaux. » Lorsque les abbés de Citeaux décidèrent qu'on n'ensevelirait dans leurs é<,dises que des princes

* M. D'Arhois de Jubainvtlle.

"^Institut, capit. gen. cist. Dist. III, cap. xv, ap. Munu. dut., p. 280, ' Martèiie, Tiiesaur. Anecdot.^ t. IV, p. 1245. — Instù. cap. gen. cist. Dist. X, cap. XXV.

* DeVUleneave-Trans.

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