LIVRE DOUZIÈME
court, l'aîné de ses deux grands rivaux, le grand Condé èt Torenne, perdit un peu de son prestige, en marchant
entre ces deux iiiconipaiables capitaines. ,Et cependant le comte d'Harcourt avait occupé la scène pendant quarante ans, il avait inscrit dans nos fastes militaires plus d uné page immortelle. C^est un point curieux de l'histoire de i'abbaye de Royaumont, d'avoir été appelée, dés la fin du dix-septième siècle, à prévenir les lacunes de la mémoire de la nation ^ L'abbaye lit un acte de justice historique en donnant hospitalité à la cendre du comte dilar<»* court, et en se chargeant de rappeler à la postérité les titres de Henri de Lorraine. Ces proportions royales données à son mausolée, ce grand espace qu'il remplissait depuis le sol jusqu'à la naissance des voûtes, cette grande chapelle du transsept méridional qui lui servait d'enca^ drement et l'identifiait au système général de Tarchiteclure de la royale basilique, tout cela devenait du patriotisme^ Quaud on visitait Koyauiiiont, on sentait que la France
* On ne veut pas dire que la France du dix-septième siècle oubliât les* services militaires du cnnite d'Harcourt. Mais, pour obtenir les manîfeslations pid)li(iiics dans fout leur déploiement, il est nécessaire ordinairement lie ne pas laisser se refroidir le premier feu de la reconnaissance et de 1 élan populaire. Quand rbomme n'est plus sot» Ut fêuXt il passe bien vite de l'esprit, dit excellemment le livre si pbUosopliique de Vlmitaiion. Pour le cgmte d'Harcourt. vin^t ans après sa mort, scn nom retentissait encore dans la chaire sacrée Pour n'en citer qu'un exemple, un membre distingué de l'Oratoire, le P. Duguol, prononçant, en 1G84, l'oraisou funèbre de madame Armande'IIenriette de Lorrainenf Harcourt, fille du grand capitaine etabbesse de Notre-Dame décroissons, s'écriait dans son discours, au stijet de son lidroïne : ( Elle cl ait de la maison de Lorraine, Ja plus ancienne et « la plus auguste, si I on excepte la seule maison de Bourbon. Mais par quel € endroit descendait-elle de la maison de Lorraine? Elle était liUe de ce « fomeui comte d'Harcourt qui, par ses actions héroïques, a mérité le ntm. « deGmaii; de cecomte d'Harcourt, dont les eiploits, comparés même à « ceuxjqup le dernier siècle a le plus admirez dans ses ancestres. pour- •< raient passer pour des prodiges; de ce comte d'Harcourt que rAllemagne, « la Flandre, l'Italie, l'Espagne et la France, qui ont été pour luy autant de « tli|£ltres difTérents, ont toujours veucombattreavec la même fidélité à sen'ir ' son l ov. avec la uiûme facilite à vaincre ses ennemis. )» Orais. funèbre^ par le P. Du Guet. ln-4«, Paris, 1684, cbei Petit. ^ ▲ la Bibliothèque impériale, in 9535.