‹ Histoire de RoyaumontChapitre 83 sur 263 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

qui ne reconnût le prince Charles, ou Charles Y,pouri>uccesseur de Charles IV, et qui ne ie traitât de souverain et de frère, Louis XIV n*avait-dl pas fait ostentation d'une disposition contraire? Il ne prit le deuil du duc de Lorraine, qu'en noir, ne le considérant que comme sujet de la couronne^ et non pas comme prince souverain, puisque, d'après la coutume des rois de France, il eût pris le deuil en violets Et lorsquHl s'agit d'envoyer des plénipotentiaires à la ville de Nimègue pour traiter de la paix de l'Europe, et comme il fallait des passe-porls aux ambassadeurs des princes intéressés, on remarqua que Louis XIV, dans le passe-port qu'il accorda aux ambassadeurs du duc de Lorraine, se contentait de traiter le duc de cousin et de prince de Lorraine simplement, au lien de l'appeler IVère et souverain.

Toutefois, en dehors des vaines inspirations de Tostentation, et laissant à part les calculs de la politique, le mausolée de Coysevox fut un grand embellissement de l'église de Boyaumont. Il faut s'en bien représenter l'effet, par les dylails, par renscîiible, ci aussi par le splondide encadrement qu'on avait ménagé à ce morceau de belle sculpture. Ce monument, aujourd'hui, dans la petite église d'Asnières-sur-Oise, manque d'air ; mais à Royaumont, il respirait largement, et il s'abreuvait de lumière. Là à sa place véritable, se dessinant sur lHiiiiiensc niaulcau ducal de Lorraine, qui comprenait une hauteur de quarante pieds', et surmonté par un grand écusson de forme ronde, où se trouvaient les armes du comte d'Uarcourt, ce remarquable mausolée était d'un grandiose et saisissant aspect; deux anges ou génies, deux pelils chefs-d'œuvre, à ce qu il parait, soutenaient l'immense manteau ducal sculpté

* Vie de Charles F, duc de lorraine, p. \hZ. A m si cr dam, UiOi. - L'ensemble du monument, d'après les traces encore cxislnntcs ^ur ic iiiur en ruines de la chapelle des Lorraine, avait euvirou quarante pieds

dans le mur; le géiue qui soutenait rexUéinilc droite du manteau ducal d'une main, embouchait de l'autre la trompette, emblème delà Renommée ; le génie qui était à l'extrémité gauche élevait dans sa main une branche de laui ier^ On ne duil pas oublier les deux aigles retournés à droite et à gauche, qui se tenaient aux deux côtés de récusson, et les armes de Lorraine, dont ils font partie intégrante; on les voyait, planant sur cette perspective, et achevant cette apothéose de marbre ; ils portaient, pendue au col, la croix de Lorraine. On ne peut apprécier aujourd'hui toutes les beautés do ce chef-d'œuvre, parce qu'il est mal éclairé et comme étouffé, où il se t rouve ; mais on le croit supérieur, comme œuvre d'art, au tombeau du cardinal Mazarin, beau travail, que Coysevox avait fait pour le collège des Quatre-Nalions, et qu'oo a transporte au Louvre, au musée des sculptures françaises. iSuus pensons que le mausolée de Henri de Lorraine l'emporte de beaucoup, par Tampleurde la conception^ qui parie ici à ^imagination infiniment plus.

L'histoire constate avec bonheur le bon accueil fait an mausolée du comte d'ilarcourt, par l'abbaye de Royaumont, qui l'admit dans son église conventuelle, terrain conniiun et de labbé commendataire et de la congrégation des religieux. Il y a, dans l'incorrigible humanité, un défaut auquel elle sacrifiera toujours^ Quand deux gloires s'élèvent en même temps, et niarcliefit ]>:irallèlemerit, les peuples ne ' s'attachent qu'à celle qui est plus éblouissante, et ils condamnent ou à roubli ou à un tiède souvenir la gloire voisine qui s*est annoncée avec moins de fracas. Le comte d'fiar^

* On voit encore, sur !o mur de Royaumont, le hv^tf de l'ange ou du géuie de droite, ainsi que sa tête niuttice -à coups de luarleau : il y a &us»i h trace du bn» qui soutenait la trompette de Renommée. Le reste du corps de ce génie, à partir de la ceinture, se trouve derrière les plis ondoyants du manteau ducal, qui était bordé d'une Irauj^e dorée de sept à huit pouces; la jambe tendue, en bas-relief, dépasse la Irange. Lo frénie du côté gauche u été tellement abîmé, qu on ne distingue plus rien de ses formes sur le mur de Royaumont*

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