LIVRE DOOZliMB. ' m
Outre les délits, il fallait couipler avec les devoirs qu'entraînait le système féodal pour les vassaux, devoirs nombreux et dont la fréquence périodique était Tunades fatigues inhérentes à l'ancienne société. Il est ym que la vie était moins^remplie de nécessités et de relations qu'elle ne Test dans nos sociclés nouvelles. C'était une grosse affaire, pour l'abbaye de Rpyaumont, que de recevoir, de part et d'autre> les aveux et dénombrements do. ceux qui relevaient de ses diverses seigneuries. Messire Nicolas de la Ruelle, secrétaire de Son Altesse rovale madame la duchesse douairière d'Orlrans, rend loi et hommage à MM. de Royaumont, à cause de leur terre et seigneurie de Montataire, et à raison du fief de Goumay, qui était sur ce territoire. Dom François Mandosse, religieux, sous-prieur de Royaumont, reçoit, le 6 février 1675, la foi et hommage de Louis d'Eaubonne, écuyer du fief de Thoury, situé à Beaumont. Il y avait, sur le territoire de Beaumont, différents fiefs relevant, comme celui de Thoury, de l'abbaye de Royaumont, et obligés de payer, vis à vis d'elle, différentes sommes de rentes féodales, différents di uils, eotnme le droit de ciiQmbeUaije^ selon la coutume de Senîis*. On sait que, dans Taricien temps, la société constituait un vaste système, où l'on était tour k tour seigneur et vassal .des seigneuries plus élevées hiérarchiquement. C'est par suite de cette complication organique que l'abbaye de Royaumont eut, en 1666, nno saisie féodale dirigée contre ses religieux, à la re(juète du procureur général du roi, de la chambre des comptes, au sujet de la terre et de la seigneurie d'Asniéres. Asnières relevant du roi, à cause de son comté de Sentis, on n'avait ' pas rendu la foi et hommage dus en qualité de vassal, on n'avait pas iuurni 1 aveu et le dénombrement en ladite chambre, et les droits n'avaient pas été payés par l'abbé
* Vof. CariiUaire de Bffymmmt, t. II, p. 1130.
su HISTOIRE DE ROYÀUHOUT.
et les rcli'neux de RovaiuMont. Cette saisie était du 4 mars 1666. Une autre saisie féodale ou séquestre fut exercée la même année sur les biens des religieux et abbé de Royaumont, seigneurs de Montataîré; les religieux protestèrent le 10 juin, et, le 16 juillet, ils présentèrent une requête à la chambre des coioples tendant à avoir mainlevée de la saisie téodale faite sur, la seigneurie de Montataire. Le conseil d'État intervint et rendit , le 13 janvier , un . arrêt qui déchargeait les ecclésiastiques du royaume de faire les foi et hommage, aveux et dénombrements ao^ coutil més ^
Cependant le fief de Toutevillle n'était plus dans la possession de la famille de ioigny. Le 25 avril 1 679, messire Binot» chevalier des ordres royaux de Notre-Dame du mont-Carmel et de Saint-Lasare, conseiller, secrétaire du
roi, rendit son devoir de vassal, pour le fief de Toutteville dont il avait hérité, a à très-haut, très-puissant et illustre prince, Mgr Alphonse-Louis de Lorraine, chevalier d'fiarcourt et de l'ordre de Saint-Jean de Jériisalem, grand-croix, prince de Lorraine, et abbé commendataire de l'abbaye royale de Nolrc-Damc de Royauiuunl. » Il demanda à Sou Altesse Alphonse de Lorraine de le recevoir, à Paris, à la foi et hommage, et de le dispenser pour cettQ fois d'aller au lieu seigneurial de Boyaumont ; ce dont Son Altesse le dispensa pour cette fois seulement; il le reçut, pour la cérémonie de vasselage, en son hôtely à Pari?, rue du Jour, paroisse Saint-Eustache, qu'on appelait hôtel de Royaumont.
11 ne parait pas qu'il fût aisé, dans une administration compliquée comme celle d'une puissante abbaye, de soumettre les débiteurs à une loi de consciencieuse exactitude. Les trésoriers de France, généraux des finances, rendirent, eu 1678, une ordonnance pour que les mes-
* * Intrenl. de la wmse eonimu
LfYRE BOUZltME. m
sieurs de Royaumont fussent payés de 14 muids de blé qui leur étaient dus sur les greniers de Gonesse, d'après une fondation de saint Louis. Louis XiY confirma, le 18 juillet 1698, un arrêt du conseil d'État de Tannée
1694. Royaumont rcclamait le payeirieiit d une redevance de 10 muids, 2 sctiers et 1 mine dé blé, mesure de Paris; cette redevance, qui leur venait par fondation du roi saint Louis, de l'année 12^, avait été confirmée, en 1517, par le roi Philippe le Long ^ Ce ne fut que cinq ans plus tard, en 1703, qu'un arrêt du parlement, pour concilier les parties, régla la nature et la qualité des muids de blé, entre l'abbaye de Boyaumonl, d'une part, et, d'autre part, messire Louis-Ârmand d'Estrées, duc d'Estrées, en sa qualité d'engagiste du domaine de Gonesse-. Mais l'abbaye de Royaumont vit, à cette époque, entrer dans Je nombre de ses clients un iiomme illustre, le grand Condé lui-môme.
Condé, rentré en France en 1660, après la paix des Pyrénées, et relégué quelques années dans son gouvernement deBourgogne, avait reparu en 10G8,à la tète des troupes; il avait commandé l'une des armées qui envahirent les l'rovinces-Unies en 1672. £n 1675, il secourut l'Alsace, força les Autrichiens à repasser le Rhin, et finit, par ce dernier triomphe, sa vie extérieure. Le héros de Rocroy s'é- . tait retiré depuis pour le reste de ses jours à Chantilly, où il s'occupait de faire de sa résidence un des ornements de la France et une des magniticcnces de TEurope. 11 s'entoura des plus habiles ingénieurs pour tirer un puissant parti des eaux de la Nonette et de la Thève ; il fit creoser des canaux, exécuter des jardins sur les dessins vantés de Le Nôtre; il fit percer les routes de la forôt. Ces préoccupations d^embellissemenl el d'agrandissement le mirent en rapport d'affaires avec Tabbaye de Royaumont.* Mgr Louis-
* Cartulaire de Hoyautnont et Invent, de la mause content. ^ p. 872. s m» p. m; lanét est de l'année 1705.
m UiSXÛIRË D£ ROYAUMOfiT.
Alphonse de Lorraine, abbé de Royaumont, représenté par
son intendant Jean-Baptiste du Bignon, qu'il avait muni de sa procuialioii, cPune part, e(, d'autre pari, dom Gérard, prieur claustral de Royaumont, et dom Charles Pillon, procureur de Fabbaye, vendirent au grand Gondé, seigneur de Chantilly, par un acte du mois d'octobre '1(kS5, 28 arpents au coin de la forôt de Chantilly, 7 arpents à la côle de la Morlayc, et 5 autres arpents de terre labourable. Le vieux général s'engageait à payer 124 livres de rente à l'abbaye de Royaumont, jusqu'à ce qu'il eût remboursé en principal la somme de %4%0 livres*. On eût dit que le grand 'Condé, après avoir rempli le monde de sa glojre militaire, ne songeait plus qu'à faire parler de lui par les splendeurs de Chantilly; et il fallait que voisins, châtelains, abbayes, contribuassent, par des concessions et des ventes, aux nouveaux goûts de l'illustre i;uerrier. Le château principal de Chantilly fut agrandi sous la direction de Mansart; le vieux manoir féodal d'Aune de MouLmorency, d'un aspect si sombre, si sévère, se métamorphosa en palais, à Pimitation de celui de Versailles. Les noirs bâtiments de la capitainerie firent place à des appartements magnifiques, que décorèrent les peintres les plus célèbres de répoquc. La galerie des .Cerfs, célèbre dans les annales du vieux manoir, trouva son pendant dans une salle nouvelle, toute resplendissante de dorures, et remplie de tableaux qui célébraient lès campagnes du prince.
Royauuiont fut étourdi en quelque sorte du bruit des lèles mondaines et voisines qui attirèrent la société brillante à Chantilly. Le Nôtre s'était surpassé dans la création des jardins, sans oublier le labyrinthe, chef-d'œuvre obligé de l'époque , que le poète Santeul chanta en vers latins. Le iNùlre piaula la mémorable allée de Sylvie % et
* Cartulaire de Hoyatunont et Invent, de la mante cmvenf.
* Marie des Hmns, femme de Heiiri II de Montmorency, qui TqI exécuté