LIVRE DOUZIÈME
emprisonna les eaux de la Nonetle, pour les faire jaillir
en gerbes d'eau, au milieu des bassins de jniubre, ou pour les étendre en nappes de cristal à travers les pelouses ; il conçut ridée de ce grand canal qui n'a pas une longueur moindre de trois quarts de lieue. Aoyaumont et Asnîères n'avaîent-ils pas entendu, en 4671, tout le fracas delà réception de Louis XIV à Chantilly, et ces fêtes incomparables de pompe, éclipsant presque Versailles,, qui inspirèrent les intarissables surprises de madame de Sévigné, consignées dans la lettre à sa fille, du 26 avril 1671 î
Lefîls du grand Condé entra également en alTaii es avec l'abbaye au sujet de la seigneurie de Coye. Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé, d'un caractère inconstant et d'un séjour si peu fixe que, en quelque endroit qu'il allât, on lui préparait tous les jours quatre dîners (un à Paris, un à Écoucn, un à Chantilly, l'autre où la cour était' ), chercha, après la mort du grand Condé, survenue en 1686, à continuer ses traditions d'agrandissement et d'embellissement. Une propriété, qui était non loin de son parc, et qui appartenait à Rose, secrétaire du roi, créait une dis-, sonance dans l'harmonie et dans l'ensemble de Chantilly; le prince de Condé eut l'idtie de l'acquérir; et Saint-Simon raconte que, ne pouvant déterminer Rose à la lui vendre, il se mit à lui jeter trois ou quatre cents renards ou renardeaux qu*il avait fait venir de tous côtés. On peut se • représenter quels désordres amena celte compagnie, et la surprise extrême de Rose et de ses gens, à la vue d'une fourmilière de renards venus en une nuit. Ces renards,
il Toulouse, aimait, du vivant de son mari, les ombrages de Chantilly. Elle était connue et cliantée par les poêles, sous le nom pastoral de Sylvie, à canso sans (luutc do soa amour des ciiamps. On montre encore le àoù et le fia-
viiton de Sylvie.
* Un conte, il est vrai, que ia dépense n'était pas forte; que c'était la moitié d'une poule rôtie aur une croûte de pain, dont l'autre moitié ser* vait pour le lendemain.
m HISTOIRE DE HOYAUMONT.
qui provoquèrent ]a colère de messire Toussaint Ro8e> furent-ils la cause qui détermina un changement dans
les idées du conseiller d'État, secrétaire du roi? On ne sait; mais, après que Kobc se fut plaint amèrement au roi) qui ne prit pas cette plaisanterie comme M. le Prince, et qui fit retirer à ses frais jusqu'au dernier renard, la propriété de Goye passa effectivement danâ la maison de Condé.
lîo^aumont avait donc, dans Henri-Jules de Bourbon, un voisin passablenrienl original/ Gomme Louis XIY le retint toujours éloigné de tout commandement important, le nouveau prince de Condé se dédommagea, par' la vie rurale, du peu de place qu'on lui accorda dans la politique de son temps. Chantilly, ainsi que le raconte Saint- Simon ^ était les délices de ce prince, qui s'y promenait, toujours suivi de plusieurs secrétaires, avec leur écritoire et du papier, ù tout instant à la disposition de ce penseur ambulant, de cet amateur de fantaisies agrestes, qui dépensa pour l'exéculion de ses idées, « des sommes prodi-
gieuses. »
Déjà, du temps du comte d'Harcourt, les religieux de Royaumont avaient signé pour leur compte, le 2i janvier 1658, un contrat de change, avec le même Toussaint
. Rose, conseiller d'Ktat et sei^ lUMir de Coyi^ : ils cédèrent le bâtiment dit la loge de Viarmes, aux étangs de Conielle, 7)0ô arpents de bois qui y élaient contigus, une carrière et deux étangs. Le comte d'Harcourt, administrateur temporel de Royaumont au nom du prince Alphonse son fils, ainsi qucdom Claude Brisbarl, et dom LeiSani, avaient traité en tant que commissaires de l'abbaye. Le chevalier seigneur de Coye céda, de son côté, différents immeubles qu'il possédait à Âsnières, et s'engagea aussi à payer trois cents livres de rente, sur la seigneurie de Goye*.
* Mémoires^ t. II.
* CttrltUaire de Roymnmt, 1. 1« p. 249.