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Histoire de Russie, d'après les chroniques nationales

Les deax prindpan historiens de Russie, parmi les Français, sont Lederc et Léve»qoe. Le premier, médedn phraséologae, n'a fidt qa*mie compOation ampoulée, dont le pins grand mérite est d'être ornée de portraits , de cartes et de plans fort remarquables. Lévescpe, écrivain plos correct et plus naturel , manque souvent de vues et de profondeur : rebuté par les tableaux affligeans dont l'histoire russe est snrdiar* gée, on voit la fatigue q[ui l'accable , Fimpatience qui le dévore, et le désir qu'il a d'en finir avec cette longue anardûe aristocratique : sanglante et déplorable période , ou le lecteur n'échappe k l'horreur que par l'enimi.

La plupart des autres écrivains étrangers qui se sont occupés de l'histoire de

Russie , ont fait preuve d'une préoccupation si grande, que leur ouvrage semble plutôt UH jpamphlet amer qi/xme histoire réelle.

Le résumé que je présente aujourd'hui, écrit pour la jeunesse, est rédigé dans un esprit d'impartialité dégagé même de toute influence et couleur politique. lies listes , d'ailleurs, dans lesquelles j'ai été obligé de me renfermer, me permettaient peu de développemens. Je me suis Àéao*moixks a^dié^ soit par le récit des pnn^ paux faits ^ soit par quelques obserVfttiooA sur les moeursj à faire mieux connaotre l'hiâtoire du moyen^â^ge en R«s»e, tou^ jours n^ligée par les compili^teiu^ fitançais f et qui y bien que Tebutaiite par des cn]iiiesj9aii& éclat et dâsprinceasansigloite, n'en laérite pas moins l'attdnjtion dtt ke^ teor, puisqu'elle est celle d'ua peiai^ fta<> joard!bui.$l poissant ^t si plein d'ai^coÛF.

f our Ëuçiliter lalocturede cat abrégéi, je me suis conformé aux diviâioiif w cûiq périodes, adc^téçs générMemeat partes hi^toçiena*

La première y de 86a à i oi 5 , comprend Fhistoire connue de la Russie , avant l'établissement du christianisme et le partage de l'empire en apanages. Espace de i53 ans : sept souverains.

La seconde, de ioi5 à i238, depuis le règne de Vladimir -le -Grand jusqu'à la soumission de la Russie auxTatars. Espace de 223 ans : vingt-deux souverains.

La troisième , de i ^38 à i SgS y depuis la soumission de la Russie jusqu'à son af&anchissement, et l'extinction de la grande dynastie. Espace de 36o ans : vingt-trois souverains.

La quatrième, de 1698 à 161 3 , depuis l'extinction de la dynastie de Rurik jusqu'à l'élévation des Romanof. Espace de i5 ans, qui contient seulement l'histoire de quelques usurpateurs.

La cinquième , de 161 3 à nos jours , depuis l'avènement au trône de la dynastie Romanof , renferme 219 ans, et contient ^^y""*

l'histoire de seize souverains. --^f^^^^

NOTIONS PRÉLIAIINAIRES.

D£8 PEUPLES QVl ONT ANCIENNEMENT HABITÉ LA BU8SIE.

Les anciens n'ont connu que fort tard et très-imparfaitement le pays aujourd'hui nonuné Russie. Long-temps ils ne parlèrent de ces contrées septentrionales que comme d'un pays inabordable , où le soleil ne pénétrait même . jamais : c'est l'idée qu'en donne Homère 900 ans avant J.-G. Cependant les Grecs fondèrent • une colonie à Tembouchure du Dnieper,- et bâtirent la ville d'Olivia. Ses habitans, sous Trajauy étaient civilisés, lisaient Platon, et chantaient les vers d'Homère en marchant aucombat.

La Russie fut la patrie des Scythes , si célè* bres dans l'histoire. Leurs mœars ont été décrites ailleurs ; nous n'eu parlerojis donc

pas. Vaincus par Sbllf^pr àe, Mcédoine et détruits par Mithridatc, ils firent place aux Sarmates qui , abandonnait l'Asie , y4Déti:èrent en Scythie^où Hb extermi»ècent le feu qui survivait de cette vaillante nation; de telle sorte ' qu'il ne resta plus des Scythes qu'un nom célèbre, que les Romains donnèrent indistinctement à tous les peuples peu connus des pays septentrionaux. Vinrent ensuite des nuées de barbares qui, débordant comme un torrent des pays trop peuplés de l'Asie, traversèrent la Scy thie, et inondèrent llfiurope de leurs terribles et hideuses cohortes. Tels furent les Gètes, les Roxelans, les Yasiges et les Alains. A ceuxci «e jMgnirent les hordes non moins féroees des peuples de la Gothie et de la Scandinavie, parmi lesquels nous distinguons les Vénèdes, connus dans le moyen-âge sous le nom de Vandrcs ou Vandales 9 et auxquels Tfaistorien goth Jomandès donne la même origine qu'aux Slaves, dont nous allons parler tout à rhenre. Ces Vénèdes, dit cet écrivain, faisaient de temps immémorial avec les liiéniciens le commerce d« Fambre jaune, qui se recueillait sur les côtes de la mer Baltique. .

Mais de toutes ces nations barbares, celle qui laissa les traces les plus profondes chez lès Européens épouvantés, fut la nation des Huns, peuple nomade, sorti des frontières septentrionales de la Chine, vers Tan 377. Leur férocité ,

Uut extériew bideuk et leim dévastations^ effraient et s^omettent tons les peuples qni se trouTettt 8«r leur passage.

Sons la^oondaifee du faraoehe Attila, sar- Boauné le Fléau de Déeu-, ils se baignent dnis des flots de sang, détruisent les villes du Daiwbe, étendent lenrs conquêtes des bords du Volga a«x bords du Rbin , ravagent la Germanie, envahissent las Gaules, et vont livrer bataille dans les plaines de Champagne à Mérovée, nn des Francs, qui , de ooaocrt avec Aétius, général nanain, les taille en pîèeesy et les oblige à se réfagier dans les pays sauvages qu'ils avnent quittés. C'est là que vint mourir, en' 454^, tiet Attila, le génie de la barbarie, avec qui disparut cette horde homictdeqni avoittdévastétoute l'Europe, anéanti des peuples anciens , et épouvanté le monde entier.

Comme reste des Huns, on distingue encore les Avam et les ^ores, qui, rélnis> ayant fait la conquête âe la Sibérie méridionale, s'étaient éUblis prèè des monts AltalSy d'où ils faisaient le commerce avec la Chine, la Perse et la Grèce. C'est dans cette partie de la Sibérie, occupée par ces peuples, que Ton a trouvé récemment, dans les tombeaux dont lé sol est couvert, une quantité oonsidérable d'objets eurieon, tds que flèches» poignards, couteaux en or massif^ et autres meubles d'argent et de cuivre , de riches pierreries, etc.; le tout aujourdliui

préoieusement conserré dans le cabinet d'histoire naturelle de Saint-Pétersbourg.

Quant aux Slayes , dont Torigine n'est pas bien connue , d'abord incorporés et confondus avec les Huns, on les Toit pour la première fois s'agiter après la mort d'Attila , et parvenir, au sixième siècle, à s'emparer do iMiys situé entre la mer Baltique, les rives de l'Elbe , la Theiss et la mer Noire. C'est surtout vers 727, qu'établis dans le nord de la Dacie, et réunis aux Ougres, aux Antes et à d'antres peuples barbares de la mer Noire, ils se rendent redoutables à l'empire. Béiisaire seul parvint à éloigner de Gonstantinople le torrent dévastateur qui menaçait cette capitale. Peu à peu, les forces, le nombre et l'indépendance des peuples slaves diminuèrent et s'évanouirent. Il n'en survécut plus qu'une seule tribu, destinée, Jl est vrai, k jouer plus tard un grand rôle dans les annales de l'histoire : c'est celle qui , sous le nom de Russe, étonne aujourd'hui le monde par l'étendue de ses possessions et la force de sa puissance.

GARAGTÈBE ET M0BUA8 DES SLAVES.

Au neuvième siècle, la nation slave, mattresse d'une partie des pays autrefois connus sous le nom de Sarmatie et de grande Scythie, s'y était divisée en plusieurs petites tribus, parmi lesquelles figuraient surtout les Pola-

ntèns, les DreTliens, les Viatitches, lesRadinûtchesy les Donlèbes, les Sévériens, les DrégOTÎtches , les Krivitches , les Vesses et quelques autres encore. Malgré la rudesse et la férocité de caractère de la plupart de ces peuples^ l'hospitalité ches eux était généreusement ekeroée. Ils poussaient même ce devoir si loin, qu'il était permis à Findigent de dérober à son voisin ce dont il avait besoin: pour bien traiter un hôte. « tes Polaoiens » les plus civilisés » d'entre les Slaves» observaient, dit Nestor, » les pratiques et les coutumes de leurs pères. » Ils étaient doux, humbles, et conservaient » du respect pour leurs belles-mères et leurs » belles-sœurs. Les Drevliens , plus barbares , » vivaient entre eux comme des animaux, » s'entr*égorgeaient, se nourrissaient de mets « impurs, abhorraient le mariage, et ravis- » salent les filles quand eHes venaient aux » fontaines puiser de Teau. Les Eadimitches, » les.Viatitche» et les Sévériens habitaient les »' forêts comme des bétes sauvages, se nour- » rissaient de saletés, prononçaient toutes sory tes de mots honteux devant leurs belles-sœurs » et leurs parens , ne reconnaissaient aucun » mariage, prenaient plaisir à chanter des » chansons' diaboliques, à danser des danses » indécentes, pendant lesquelles ils enlevaient » les femmes avec qui ils étaient d'intelligence. » Quand quelqu'un d'entre eux venait à mourir,

» ils ^OASaieiiC de grands gëmiBsèmens , éle- » ▼aient un bûdber oii ils plaçaient et brûlaient » son eadayre ; après ^uoi ils recueillaient ses y» cendres dans un petit vase funéraire qo*ib pla- » çaient sur une colonne, au bord des routes.»

AU rapport de Nestor, Fap^re André étant ▼enu prêcher le Christianisme chez les tilsTes, étudia attentivem^it leurs mœurs, et it, à son retour à Home, le récit suivant : « J'ai vu , » dit-il, le surprenant pays des Slaves , et fal » attentivement examiné leurs usages. €e qui » m'a surtout frappé, ce sont leurs étuves qu'ils » chauffent extrêmement, puis leur manière de » se plonger tout nus dans de l'eau savonneuse » et bouillante. J'ai vu les verges dont ils s'ar- » ment contre eux-mêmes , se fouettant avec » une telle violence qu'à peine leur reste-t-il V un souffle, après quoi ils se plongent dans » l'eau froide, répétant cet exercice plusieurs » fois par jour. C'est ainsi qu'exempts de peine » et de tyrannie, Ils s'en créent eux-mêmes en » faisant des bains, non point un plaisir, mais » un véritable supplice » (1).

Chez la plupart des peuples slaves, les femmes

(i) Ou Mit tpx^ cotte imaiiiëjrQ de «e baigner en Hiusie s'y est cootipuée jusqu'k nos jours , et qu'elle est une des gr^indes jouissances du peuplé; on prétend même que, durant les plus grandes rigueurs de l'hiver, le paysan russe sort de l'e'tuve tout en sueur, et va, durant quelques minutes ,. se rouler dans la neige.

étaitwt dMMidéréés eoflame d«s eiidaves, ^uosiie» aox trayaai les plus hnmilians. Il ne leiur reitidt pas métÊt k droit de se plaindre : la yiê ftittare n'était ^nr elles ^\tn changeaient de tf^iir et de maîtres » dcrant y rester «Bfojetties ML Berviee des hommes. Quand lear âunme était trop nMsbreuse , elles aTaient le droit de tueries filles nonydlement nées; qnant anz garçons, ils étaient résertés ponr le noble métier des armes. Les enfans, par rédprocîtéy pouvaient se défaire de leuas parens, quand la ficOlesse et les itdfarmités les rendaient à charge à leur famille.

Toutefois» malgré cette sauvagerie de mœurs, les Slaves n'étident point insensibles k la muakiue : ils se plaisaient aux chantS', aux danses, aux exercices gymnastiques. La danse chez eux onisfstait à tendre fortement les muscles , à remuer les bras, à tourner sur une même place, à s'accroupir et à frapper des pieds. La danse nationale d'aujourd'hui a conservé quelque chose de edle des Slaves.

Le pouvoir était délégué h des guerriers qui, selon le degré de leur autorité, se nommaient boyards, vofévodes, kniaz, pans, Joupans, karols ou krols, etc. Quant à la croyance religieuse des Slaves, il n'est pas permis de penser qu'elle ait été bien éclairée. Ils adoraient le tonnerre, les orages, les élémens , et ayaient une multitude d'idoles, persuadés que plus le nombre de leurs dieux était grand , plus ils

étaient eu sûreté. Tchernobog était l'aatear des maux de Thumanité; Bélibog (1), le dieu blauc, en était le bon génie^ le bienfaiteur. Le dieu S^iatovidy dont le temple était- à Arçon, dans rtle de Rughen, prédisait Tavenir et pro* tégeait les guerriers. Il avait quatre têtes et deux (witrines , de la barbe et des cheveux tressés. La déesse Lado était la Vénus des Slaves. Les jeunes filles, à une certaine époque du printemps, chantent encore en Ruàsie une ronde dont le refrain est : Lada didi Lada.

Les prêtres se nourrissaient des victimes offertes aux idoles, avaient seuls le droit de laisser croître leur barbe, entretenaient des troupes qui allaient au pillage pour enrichir les temples, et immolaient les prisonniers sur les marches de Tautel.

La langue des Slaves n*exprimait d'abord, comme toutes les langues, que les premiers besoins du peuple. Elle n*eut un alphabet qu'eu 865, , époque à laquelle le philosophe Constantin Cyrille et son frère Methodius , envoyés par Tempereur d'Orient aux princes chrétiens de Moravie, traduisirent les livres saints, inventèrent dix lettres nouvelles , et fixèrent cette langue, dans laquelle Nestor, moine du couvent de Petscherski de Kiew, écrivit bientêt après sa célèbre chronique.

(I) Les Roues , «près la chute de Napolëon , ont donne le sarnom de Bëlibog V leur empereur Alexandre.

PRESIIERE PÉRIOBE.

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