RURIK
I" RÉGNE. (De 862 à 879.)
L*histoire du peuple dont nous nous occupons commence, comme celle de toutes les sociétés, par une démocratie absolue. Subjugués vers le milieu du neuvième siècle par les Warègues , peuple guerrier, accouru des régions les plus septentrionales de l'Europe (1), les Slaves furent assez heureux pour s'affranchir du Joug et de
(i) Nestor, U premier annaliste de Russie , florissait a h fin du oniiëme siëcle : il fait Tenir les Russes , ou qu'il appelle aussi Jjf^arègues , de la Scandinatie pajs des Normands } il assure que c'est d'eux que Tëtat de Novgorod prit le nom de Russie. Les noms propres des premiers fondateurs de la monarchie russe sont Scandinaves ou normands- Leur langue , ainsi que cela se voit par un passage de l'empereur Constantin PoiTHTEOoiNBTB, de Administrundo imperiOy cap. 9, difT^rait essentiellement de la langue slavonne. L'auteur à^% Annales de saint Sertin, qui le premier fait mention des Russes (RhosJ^ h l'annëe 889 de ses Annales , leur assigne la Suéde pour patrie. Aussi LuiYPRAND , evèque de Crëmone , dans le dixième siècle , envoyé en ambassade à la cour de Gonstantiuople par Othon-le- Grand , atteste , au livre 5, cbap, 6 de son Histoire ,.
riinpât auxquels la conquête les avait soumis. Mais bientôt, c'est-à-dire Ters 862, fatigués euxmêmes des guerres intestines qui les divisaient* les Noygorodiens, les KriTitcbes, les Yesses et les Tchoudes , peuplades slayes , conyinrent de prendre pour juges de leurs différens les che£s yarègues qu'ils avaient précédemment expulsés.
« Notre pays est grand , leur iifandènBâ*il6 , » et tout y est en abondance ; mais Tordre et la » justice y manquent. Venez prendre possession » du sol etnousgouyeFner.» CSette prière ne resta
^ue let Grecs appeUieat Musses le peuple qui en occident portait le nom de Normands. Lej Finoij , Lapou, EstpDÎeaCa somment enrore aujourd'hui les Snëdoia £oots, Hootu, Buçtù, Rotslane. Ce fut irraUcinblablemeut par eux, lee plus proches voisins des Suédois, que cette dénomination passa aux peuples sUtas. Yoyes THQiiAitHay Untersuchungen uUer die Geschickte der adtlichen Europaùch^n f^oilceff , page 374 } Galterer, dans Comment, societ, rçgim scientiarutn GmttÎHg,, fol. JXHt page 126 ( et ScHt.OEZF.B, dans son Nestor* D'après ces oi>servations , c'est dans la Suibde qu'il faut chercher la Hussie dans les temps an.tërienrs V Rorick : tout comme l'ancienne France se trouve dans la Westphalie el la Hess», dans ceux qui pn^vdèffent Glodion et la fondation de la nouvelle nionaveUe dei Francs dans la Gaule.
(Kocn , Tableau des Bholuiions de l'Europe, édition de Schœll , 1. 1, page 60)
point inékaucée. A^iûeê de conquêtes et de pillages les Tarègaes se hâtèrent de se rendre aux Tceax d*an peuple qui ne savait pas s*accommoder de la liberté. Survis d'une armée de Scandjnayes, Rurik, Sinéous et TrouTor, leurs cfiefs, réalisèrent sur ces peuples Tapologuedu cheval qui, s'étant voulu venger du cerf, appelle rHomme à son secours et s'en voit bientôt l'esclave. Vainement les Slaves vouinrent*iIs plus tard reconquérir cette liberté qu'ils avaient perdue parleur faute: leurs tentatives échouèrent de> ▼ant l'habileté de Rurik , qui, survivant à ses deux collègues, réunit à sa domination leur héritage, fixa sa résidence à Novgorod, et devint ainsi, sous le titre de grnnd-prince ou de grand-duc , adopté par ses successeurs , le fondateur de la monarchie russe.
Nestor raconte que deux boyards Varègues Oskold et D/r, mécontens sans doute de leur part dans la conquête, abandonnèrent Rurik , et suivis de quelques-uns de leurs compagnons, pénétrèrent plus avant dans le pays, s'emparèrent de Kiew, dont Torigine se perd dans la nuit des temps, y établirent leur demeure, et de là poussèrent leurs excursions jusqu'à Constantinople. Michel ( surnommé l'Ivrogne) y occupait alors le trône des Césars. « Informé des ravages » que faisaient sur les côtes ces farouches guer- V riers, l'empereur se rend incontinent avec le * patriarche Phothis dans l'église de la Vierge ,
9 à Blacherne ; il y passe la nuit en prières. An » point du jour, au miliea des chants des psai»- » mes et des saints cantiques , le patriarche ï) plonge dans les eaux du fleuTe la robe mira- » culeuse de la sainte-Vierge {l'une des reliques » conseivées à Blachernc)^ et soudain les flots » se soûlèrent et s*irritent , les yagues s*amon- » cèlent et les vaisseaux des idolâtres , fra- » cassés, dispersés, ne laissent qaCk un petit » nomiire des Russes la faculté de regagner » leur patrie. »
Il régna paisiblement quelques années encore et mourut en 879, après un règne de dix-sept ans, laissant à Oleg, son parent, ia régence du gourernement et la tutelle de son lils Igor. Son règne correspond à celui de Charles-le€hauye et de Louis II, dit le Bègue (rois de France).