‹ Histoire de Russie, d'après les chroniques nationalesChapitre 12 sur 24 · DMITRI V, DIT L'IMPOSTEUR · texte numérisé non relu

DMITRI V, DIT L'IMPOSTEUR

54* RÈGNB.— (De1605 A 1606.) Nul événement n'offre plus A la scène dra-

matiqae que Thistoire de rélëvation et de la chute d*Outrépieff. Il ne manquait plus au bonheur du prétendu Dmitri que d*étre reeonnu par Tancieune tzarine, doDt il se disait le fila. Cette épreuve semblait deroir être déeisiTe : soit intelligence entre la teu?e du tzar et l'beureux Outrépieff, soit Teffct d'une res^ semblance que chacun aTouait frappante, la reconnaissance eut lieu; des larmes de joie furent versées de part et d'autre , et tous tes doutes s'éTanouirent. Reconnu tzar de Russie, Dmitri Toulut tenir la promesse qu'il avait faite aujL Polonais de leur ouvrir les trésors de l'état et d'épouser Marine , la fille d'un de leurs boyards. Cette prédilection de Dmitri pcMir les étrangers indisposa bientôt la nation. A ces premiers griefs ^ s'en joignirent bientôt d'autres : les chroniques contemporaines ou du moins qui furent écrites peu de temps après la ehute de Dmitri» ne lui ménagent pas les reproches. « Les Moscovites, dit un chroniqueur du dix-septième siècle, virent sur eux l'oppressi<m , et ils se parlèrent l'un à l'autre. Et cet enragé en fit arrêter plusieurs et les tortura par différens supplices. Et les uns ne pouvant endurer les tourmens, se chargèrent eux-mêmes : les autres tinrent ferme. D'autres traitèrent hardiment le tyran d'apostat. Il les fit mettre en prison, il fit couper la feéte à Petre Timrguénef, il commit bien des maux, en sorte que la langue

htunaine ne peut raconter sa méchante vie. v Mais à ces flétrissantes accusations portées par un Russe , et sous le règ^e du successeur de Dmitri , c'est-à-dire de celui qui mît à profit les fautes de Dmitri et la haine du peuple pour ce prince , il serait peut-être juste d'opposer le récit et Fopiniou d*uB écrivain contemporain, étranger y mais témmn des actes et du règne de Dmitri. Le capitaine Margeret, offl-^ cier français et employé sous trois règnes au senrice de la Russie t s'exprime ainsi dans ion État de l'empire de Muêsie et grand-^uché de Moscc^ie^ publié à son retour en France, après la mort de Dmitri : « Le défunt empereur Dé« métrius estait âgé d'environ Tingt-cinq ans , n'ayant nulle barbe, d'une stature médiocre , les membres forts et nerveux, brun de complexion çt avoit une verrue près du nez sous l'œil droit : il estoit agile, avoit grand esprit , estoit clément , tost offensé , mais aussitôt appaisé, libéral, enfin, un prince qui aimoit l'honneur et l'avoit en recommandation. II estoit ambitieux, ses desseins estoient de se faire eonnoistre à la postérité et estoit d<9ibëré de partir avec les navires anglais pour venir en France congratuler le roi très - cfarestien ( Benrî IT ), et avoir correspondance avec lui , duquel il m'a parlé plusieurs fois avecf révérence : enfin , la chrestieaté a beaucoup perdu en sa mort. »

Quoi qu'il en soit , le prince Schouiski , son ennemi mortel, celui qui, d'accord avec Boris Godounof, avait fait mourir le tzarévitch dont Ontrépieff prenait le nom» Scfaouiski, dis-je, épiait le moment de se yenger, et faisait habilement ressortir l'odieuse domination polonaise, lie peuple, qui , sans examen, avait reconnu en Dmitri le véritable héritier du trône , crut avec la même facilité qu'il n'était qu'un imposteur. A la voix de Schoniski, et tandis que le tzar célèbre avec la pins ^ande pompe ses noces avec la princesse de Sandomtr , au milieu des fêtes briUantes qui se donnent à la cour , la populace furieuse envahit le palais, qu'elle livre au pillage, se saisit du tzar , le massacre, ainsi qu'un grand nombre de Polonais et de courtisans, et aplanit ainsi le chemin du trêne à l'ambitieux Schoniski.

VASSIU SCHOUISKI. ' 55* RÈGNE. — (De 1606 à ]6f0.)

Si quelque chose peut prouver aux peuples Texcelience du principe d'hérédité en matière de gouvernemeni, c'est sans contredit le speetacle hideux des guerres civiles auxquelles la Russie fut en proie depuis la mort du fils d*Ivan-le-Terrible jusqu'à l'avènement de la famille Romanof. De tous les ambitieux intrigaus que l'on voit surgir et s'élancer à cette

époque sur les marches du tr6ne, nul peut-être n^avait plus de droits à s*y asseoir que le yainqaenr de Dmitri. Descendus des anciens f|;randaducs par les femmes, les ancêtres de Schouiski, princes de Souzdal, s'étaient tu dépouiller de leur apanage sous le règne de Vassili 11. Éloignés long-temps de la cour , ib avaient joui d'une grande influence pendant, la minorité d'iTan IV.

Reconnu tzar de Russie, Schouiski , aussitôt après eon arénement , déposa le patriarche de Moscou , dont le peuple était mécontent. La politique lui sembla commander rabaissement des grands. Mais ces actes qui tendaient à ren« dre son règne populaire lui créèrent de puissans et nombreux ennemis. La révolte commença en Ukraine (1607). Un imposteur qui se disait Ois du tzar Phéodor et qui se faisait appeler le tzarévitch Pierre , à la tête de quelques régimens de cosaques et d'un grand nombre de mécontens, commettait impunément toute sorte de brigiindages dans cette partie de la Russie. Un esprit d'aveuglement et de vertige semblait s*être emparé de toute la nation. Vassili marcha contre les lebelles, les défit près de Toula , et fit périr dans les supplice» les principaux d'entre eux. A peine Schouiski avait-il vaincu le faux tsarévitch Pierre , qu'un nouvel imposteur osa se montrer encore. Cet aventurier sortait des frontières de la Pologne

el prëlcndnt être \t prince Dmitrf lui-même, êehifppé une secomle fois aux ^x>up8 du trattre Scliouiski. Fortifié de tous tes mécontess qui lui «rHvMent dedifférens c^és, il battit les troupes du tzar (1708), commandées par le prince Kourakin et s'avança jusqu'aux portes de Moscou. Dûs généraux polonais, l'hetman des cosaques, Bragînski et le célèbre Sapléha Tinrent donner à son parti un éclat, une puissance, qui durent effrayer Schouiski. Cependant la famine désolait la capitale, et le feu de Tinsurrection se propageait dans les protinces. Marine, la femme du faut Dmitri, la fille du boyard de ^n* drnnir, déclarait reconnaître son époux dans le guerrier qui réclamait son tr6ne. Dans cette eitrémité , Scbouiski implora le secours de la Suède. Obartes IX envoya en Russie an corps de cinq mille bommes sous la conduite du comte Jacques llagardie, gentilbomme français. Maté ces troupes, malgré le secours qu'elles appottAient, ne firent qu-aagmenter les troubles delà Russie, par leur amour du pillage et leur insubordination (1).

('i)Ua antre officier Traneais, P. de La Ville, seigneur de Domballe , qui , sous les ordres de Lagardie, commandait trois compagnies françaises, est HUtear d'un récit des dreaemeas qui se passèrent \t cette époque en BuMÎe. Noua publions ce précis historiqme, qui ne ma»* que paa d'intérêt et qui rnaliiw quelques faits, dans notre

(1909.) Gependapt la dûseiiaioii s'était également miae cbes les insurgés. Les Polonnis , au siège de SipoleBAk:»abandoDiieiit la cause du faux Dinitri: cette défection anéantit son parti. Les Eusses insurgés proposent à Sigismond de proclamer son fils Vladislas, tzar de Russie, et de lui livrer Dmitri. C'est ainsi que ces hoo^ mes douMement perfides» après avoir trahi l'état, ne rougissaient pas de trahir encore le re> belle auquel Ils s'étaient vendus.

L'aventurier, instruit du complot, échappe à ses lâches et traîtres amis, rejoint le corps d'armée de Sapiéha, dont il conn«dt les talens ^ et reparaU sous les murs de Moscou (1610)* ▲ son approche, le peuple de la capitale se soulève entièrement ; il attribue au tsar les malheurs qui frappent la patrie. Les boyards, qui, de leur cété, ne lui ont point pardonné son usurpation et ses entreprises contre eux, entrent en négociation avec les assiégeans. Dans les conCéreacts que cette espèce de trêve amène , les membres des deux partis se reconnaissent et se parlent de leurs anciennes liaisons. Les maux de la pa» trie sont pris en considération. On se rappelle que des deux cùtés le sang russe a coulé au profit d'ambitieux et d'intrigans sans nom.

éditioo de Naitor. {Yojn la dtroni^ 4$ JPhstg^,. tome i*'. Pièces impQHenies et inidiêes toftckant Us anciennes relations de la France avec ia Bnuie,)

Toat«à«ooapane noble détermination est priâe, cdie d'aliandonner de part et d'autre les intérêts de princes sans patriotisme et sans rertos. D'un o6té, rimposteur sera livré au fer des lois, et de l'autre, le tzar détrôné rendra A la nation le droit de se choisir elle-même un sourerain par la Toie d'élection. Aussitôt le peuple court aux armes ; le tzar, son épouse et tous les siens arrêtés , conduits en prison , se voient forcés de chercher un refuge au fond des cloîtres.

Ainsi se termina, après quatre ans de règne, l'existence politique de Schouiski. Ce prince ne manquait pas de qualités; mais elles ne firent point oublier an peuple, et surtout aux grands, les moyens par lesquels il était arrivé au trône.

INTERRÈGNE. ^(De 1610 à IGld.)

La Russie se trouvait sans souverain nichefo, et le faux Dmitri cependant menaçait toujours Moscou. Le gouvernement, confié à quelques boyards, entra bientôt en accommodement avec les troupes polonaises : il fut convenu que VUdislas , fils de Sigismond-, embrasserait le rit grec, et monterait sur le trône de Russie. Dmitri, abandonné des Polonais et des Russes de son parti, se réfugia à Kalouga,, au milieu des Tatars, qui, seuls, lui étaient restés fidèles; mais ayant donné des sujets de mécontentement au khan deKazimoff, celui-ci, de concert

avec son ami, le prince tatar Onrousêolff rëso* lut de se défaire de lai. Dmitri, informé du comploty préfint le coup, et lit lui-même assasainer le k^an. Ourouasoff se chargea de Tenger aonami, etdedélirrerla Russie de Timposteur:

aidé de quelques hommes affidés , il le suivit dans unechaase, le saisit, et lui trancha la tête. Ce qui restait de rebelles prêta serment de fidélité à l'enfant que Marine , la venre des deux imposteurs, portait dans son sein.

Les malheurs de la Russie paraissaient irrémédiables. Sigismond ne cachait plus son intention de démembrer ce pays, et les Polonais , enorgueillis par le succès de leurs entreprises, faisaient gémir Moscou par leur insolente et tyrannique domination. Mais ce qui mit le comble à la haine qu'ils inspiraient, c*est Fhorrible massacre qu'ils exécutèrent sur les habitans de Moscou , le lendemain du dimanche des Rameaux (161 1). Ce jour mit le comble aux malheurs de la Russie, et couvrit de honte la nation polonaise et le prince qui exdt&it tant d*horreurs.

Cependant quelques rilles venaient de se liguer, et appelaient aux armes tous les amis de la patrie. Une armée se formait et allait répondre k rappel, quand la division se mit de nouveau parmi les chefs. Un nouvel imposteur, usurpant le malheureux nom de Dndtri, se formait encore un parti et menaçait Moscou. Rë-

QMiBuàPlesiuyw, et proelaiBé txàr, il s'âvançsit andaeieittaBieBt, qaand il fut sarpris, arrêté, conduit à rarmée rosse detaat Kosoou, et peadu à un arbre.

La Ruane, attaquée de toutes parts et par les Polonais et par les Suédois qui venaient da s'emparer de Norgorod , semblait devoir succomber sous le poids de ses rerers» lorsqu'un de ses citoyens les pins obscurs, Kosma Minin , boucher de P(ijni-NoTgorod, sort tout-à-coup de son échoppe, assemble ses concitoyens; il leur fait un tableau touchant des maux de la patrie, il les exhorte à sacrifier leur fortune, à vendre leurs maisons, leurs meubles, pour U cause commune, à mettre leurs enfans, leurs serviteurs À la disposition d'un chef valeureux , habile et patriote , en un mot, à concourir de tout leur pouvoir au salut, à l'affranchissement de la Russie. Son énergie se com<^ muttique, Tenthonsiasme se propage et fait des prodiges. Le brave Pojarski est choisi pour oom*> mander ; de tous côtés la Russie se lève et s*ar-^ :^e contre ses oppresseurs. Bientôt la fortune se déclare pour la bonne cause : les Polonais, battus en plusieurs rencontres , sont obligés d'abandonner Moscou, et, Tune après Tantre, toutes les villes soumises à leur domination.

Après la délivrance de leur patrie , Minin et Pojarski TOuJant consommer leur ouvrage, convoquèrent les états et assemblées générales.

qai 8'obCttpèreiit du soin d'élire un souTerain' {\^t^. -Après ée longues contestations , les' sUffi'a^ se portèrent sur Mikliail Romanof , fils du boyard Phéodor NiUtich , que nous aTons TU» lui et toute sa famille, en butte aut persécutions, sous le règne de Boris Godouhof.

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