CINQUIEME PERIODE
Depuis l'avènement de la famille Romanof) usquli nos jours.
MUCHAIL PHÉDDOROVltCH ROUTAirOP.
ô6« RÈGKIR. — (De 1615 à 164Â. )
Mifcliatl. Romanof n'âvaif que seize ans, et se trourait à KostrOma près de sa mère dans un coofenty lors^u'it re^nt la nouTelle de son élération. Sa famille était d'origine prussienne, et n^était tenue *en Russie que sou9 le règne ' du grand*prince Itan II, lyanoviteii.
(16150 1^9 Suédois cependant continuaient une' guerre désastreuse pour la Russie. Par la • médiatifon de rAngleterte, un traité de paix fui coneltt le 26 }anner 1616 1 Novgorod resta à la Russie, mais la Suède eut l'Ingrie, la Garélte, la Livonie et rEsthbnie.
(1618.) Après de rudes et longues dissensions , la paix fut également conclue arec la Pologne. Cette puissance- conserra SmolenSk et
quelque ^atre& Tilles, çt. rendit à la liberté de , nombreux prisonniers, qui, d^uis neuf ans, gë/nissaient loin. de leur patrie. Parmi eux se trouvait le métrojMlitain Philarète, pèfre du t^ar. Le peuple, y qui chérissait ce vieillard » le vit avec plaisir élevé à la dignitéde patriarche, et lui attribua la sage administration de son fils.
(1632.) Les tentatives que fit Mikhaïl après la mort de Sigismond pour recouvrer Smolensk furent infructueuses, et cette ville resta sous le joug de la Pologne.
Malgré les guerres qu'41 lui /ff^lut soutenir pendant presque toute la durée de son règne, Mikhaïl aimait la paix , et mérita par sa douceur et s^ autres qualités le haut rang auquel l'appelèrent s^ concilptyens. Marié d'abord à une princesse Dotgofou^i, il épquaa en 8^oon4es . noces Eudoxie Strechenef dont il ejat plusieurs enfans et notamment Alexis , qui lui succéda. Il avait régné trente -deux ans.
,Le règne de ce prince, quoique fort agité par les guerres continuelles qull fallut sou* t^nir avec les ennemis extérieurs de la Russie et les nombreux mécontens que le changement de dynastie fit naître, est remarquable k pins d'un titre. Mikhail mit tous ses soins à réparer les maiVK, à fermer les plaies, à faire oublier les misères dçs derniers temps : il releva la Russie de son abaissement , et la replaça haut
dans l'esprit des autres nations européennes. Il sut faire respecter le nom russe , long-temps méprisé, et la dignité du sceptre qu'il tenait du yœu de la nation (l)*
(i) Dans les recherches qae nous avons faites sur les ancien aes relations de la France arec la Bussie» nous avons e'té asses heureux pour trouver une lettre inédite de Mikall li Louis XIII , . qui sert \ confirmer* ce que nous disons ici. Yoici les points principaux de cette curieuse pi^e :
<( Yoitre royalle puissance a envoyé' vers nostre grande puissance vostre ambassadeur Louis, avec àe% lettres, et nostre grande puissance a trouvé qu'il fut ambassadeur vers nous. Nous avons commandé que sa légation fnst entendue y et avons vonlu recevoir ses lettres signées de vostre main, et contresignéesdeLoménie^dans lesquelles vous aonhaitei que Dieu veuille faire prospérer nostre grande puissance , et témoignei qu'encore que nos estats soient éloignés des vostres, qu'ils soient s^arés par plusieurs provinces , néanmoins la renommée de nostre grande puissance n'a pas laissé de parvenir jnsquli vous; que vos prédécesseurs et les nostres ont cy-devant veKu en bonne amitié et parfaite correspondance , et que de la même sorte vous souhaittes qu'il plaise k Dieu qu'à l'advenir la même amitié et correspondance s'establisse en cette rencontre entre nos royalles personnes » ce que nostre grande puissance désire exti-êmement ; mais nous ne'sçavons k quoi attribuer que nostre nom, nos titres et nos qualité» aient été oubliés en la lettre que nous aves escrite. Tous les potentats de la terre , le sultan des Turcs , le roi des Persans , l'empereur des Tartares.,
ALEXIS MnmAlIiOTlTGH.
57* RÈGIIB.— (De 1645 à 1676. )
Alexis , Agé de seize ans , trouva la Russie remise des secousses qui l'aTaieut si longtemps agitée. Toutefois les premiers momens de soD règne furent troublés par des mécon»
tentemens populaires , excités par Fayarice et la cupidité de Morozoff, ancieu précepteur du tzar, et depuis devenu son beau-frère.
YemiV9Hr «les |l<Mnai|i«, le« rot» d'AsfUtenw: fC 4e D«iumpr«1t> etphisieucf «Orw gnm4f aùgsear* 9un* Toat il neutre grande pnifsajtee, n^tttAt notln «omtur lef lettres^ et i»'jQ)ibliiD|i,«wçiiA 4#ft.^tr«i«tdetgiMiUc^ fpêfi II91M poi>4Jftm. JSaoM «A pflttTonsL ^pnwrtr rtuif covAmae 4e «oi^air e»U!B ttostjre amy et de «oiudeaaier et «ster let titcei que le Dieu towt-piÛMliDt moi» a doniufs f «t gi^ft «QiH posf^doM n jastej&eat^ gue si k l'advenir yous df(aire« vivre eo bonne «jniti^ et parlaito correspondance avec noitre grande poÎMa^ce,, e« aorte que nos royales pertQiines et m» empirea ioin|» en-> semble donnent de la terreur )i tout ronivera, il (aodra que TOUS commandlea qu'aux lettres que v^iis 90^ reicrires k l'adv^nir^ toute la dignité de nostre grande puissance y nostre nom» nos titres «t noa qualité soient escrites comme elles sont en cette lettre quç nous tous envoyons de no^i^e part, Jïous voua ferons le semblable en escrivant touA vos tjLtres et tontes vosgcialifis dan« les lettres que nous vous manderqn* , estant le propre des amis d'^^igmenter plustât r^roquei^ent I^um titres et qualité» qne de ks diminner ou retcancber, «le. u
Ce seigneur y enhardi par Taotorité qiie hn aimaient son rang et ses titres, afftit, de son propre ckef, assis des lBDp6ts crians sor les objets de première nécessité pour le peuple.
Les «cactions de MoroEoff et les autres àctt» lyranniques de son ministère aTaient trou^ les Moscovites iudifférens : peu habitués au fardeau des taxes arbitraires , ils ne Tirent pas du même œil les nouvelles tentatives du fa-^ Tori. Sa perte fut résolue. Le peuple en armes envahit le paifâs , massacre les gens de Moro- Mff y incendie sa demeure et se livre aux plu» gran» excès; des scélérats, profitant du désordre général , volent et mettent au pillage une partie de là ville. — Pour apaiser la révolte , Alexis se vit obligé de supprimer les impèts,de s'abaisser jusqu'à la prière pour sauver Morozoff des mains des mécontens et de lui retirer rautorité dont il abusait.
(1652.) Quelque temps après parut un nouvel imposteur, qui se disait fils de Marine et du prétendu Dmitri, tué par Ouroussoff. Les Polonais l'accueillirent, et prétendirent appuyer ses projets. Cependant , arrêté dans le Holstein , il fut livré , par le duc Albert , au tzar, qui lui fit subir une mort ignominieuse.
(1667.) Alexis fit la guerre aux Polonais» et recouvra les places et les provinces qui leur vivaient été cédées par les dernières paix. Ensuite il porta se» armes contre la. Soède , et
s'empara de Dorpat et de Narra , qu'il réanit de nouveau à la Russie. C'est vers cette époque qu'eut lieu la disgrâce du patriarche Nicon , célèbre dans l'histoire de Russie par ses grandes^ qualités, ses infortunes et ses trayauz littéraires (1).
(i) Il eUil né près de Nîj ai-Novgorod vers i6i3. II s'était d'abord livre' à IVtat monastique ; puis , docile aux volontés paternelles, il avait quitte le cloître pour le monde y et s'était mari^. Derenn përe de trois enfans, Nicon les perdit tons , et, dans son chagrin, retourna prendre rhabit monastique. Les intÀ-éts de son dottre l'ayant appelé k M oseou , il fut connu de tiar Alexis , auquel il plut, et qui lui donna bientôt la direction d'un monastère de la capitale. Fait successivement archimandrite et métropolite de Novgorod, il devint, en 16S3, patriarche delà Russie. Nicon ëtait éloquent, austère» mais inflexible et dur. Cette sévérité n'éteignait pourtant pas en lui la charité. Dans la disette de Novgorod , il sacrifia ses revenus au soulagement des malheureux , et montra depuis les vertus d'un véritable ministre de l'Evangile. Nicon, nourri dans la lecture des livres sainis, réforma la lilhurgie russe , modifia le chant des églises , donna des textes sacrés une version plus littérale, fit en un mot, pour ramener le culte 2i sa pureté primitive, des efforts qui lui suscitèrent de nombreux ennemis. Les dissidens formèrent schisme, et furent appelés Au' hosnihl. Appelé, par la confiance du souverain, au conseil-d'éut, nulle grande mesure ne se prenait sans qu'il fût consulté. Peu è peu cependant les ennemis de ce grand homme sapèrent son erédit près du prince,
(1669.) Bientôt aussi éclata cette fbrmidable rébellion excitée par Stenka-Razin , chef' des cosaques, qui parvint à réunir sous ses ordres deux cent mille paysans , et à s^emparer d'Astrakan, où il commit toutes sortes de brigandages. Cette sédition , souillée par des actes d'une barbarie atroce, et long-temps soutenue par la fortune, ne fut entièrement apaisée 'qu'en 1671'. Stenka, pris et livré au tzar, fut écartei'é, et sa ti*(rtlpe entièrement externrinée ou' dispersée:
Sbus* ce règne encore eurent lieu diffërens démêlés avec là Porte, qui unirent les intérêt^
elle forcèrent lidemander sa retraite. Retire du monde, . Nicon se. donna tout entier k i'e'tude des chroniques : il riJanittout ce que la Russie possédait en ce genre, et forma, par leur moyen, un corps d'histoire, aujourd'hui connu sous le nom de Chronique de Nicon , et qu'on a long-temps et mal 2i propos confondu avec celle de riestor. Les ennemis de Nicon ne se contentëreot pas de son élôrgnement | ils Kacciisèrent dé conspirer contre le tiar, et d'entrétenit- des relations criminelles avec les ' ennemis de l'Etat: Aldiis, abusé, donna des juges au vieillard, qui instrument son procès, le déclarèrent eonpaBlto et déoLu de la dignité patriareale. Réduit à l'état de moine, il fut relégué dans un monastère près de B«lozér». ▲ la mort d'Alexis , le tsar Féodor lui per. •ipit do revenir k Moscou dans un monastère qu'ii ^^it io^dé. Il mouriil en chemiBy^près de Jaroslaw, «s
du tzar et ceux des cosaques aaporaTiena. Ces derniers achetèrent les secours, de la Russie contre la Porte . par la restitution de JLiew , cette ancienne capitale depuis si lon^-tewps distraite du tri^ne de Moscou.
D'un caractère doux et pacifique» Alexis s'appliqua cependant à rendre à la Russie les anciennes limites» la prépondérance et la prospérité auxquelles elle ayait droit* Il appela les étrangers dans ses états, y introduisit des manufactures, fit défricher des terres incultes .qu'il peupla de prisonniers suédois , polonais et lithuaniens. Il fit Tenir des vaisseaiu^. de Hollande, reçut des ambassadeurs de Perse et de Chine , et entretint une correspondance suivie arec toutes les principales cours de l'Europe. 11 fit traduire en russe divers outrages de sciences, réunit en un seul corps de lois toutes les coutumes des différentes provinces de son empire, et s'appliqua en un mot à améliorer toutes les branches de l'administration. Il faut cependant lui reprocher l'établissement d'un tribunal ^nfame„ appelé chancellerie secrète, véritable inquisition d'état, au nom de laquelle le plus respectable çttoyen pouvait être arrêté sur la déposition du plus misérable des esclaves : institution odieuse qui démoraitsa la société , et Hii fit une néeessité 4e Fhypocrisie et de la fausseté, défaits q«i s'infiltrèrent dans les mœurs de la natiou, et
que les étranger» croient encore retrouter dans qn^ues Russes de nos jours.
Alexis mourut en 1676. Il araât eu 4e «a pre* mière femme les turé^itcbs IHiéodor et Ivan et six prificesseSy dont Tune , nommée Soi^e, acquit bientôt «ne grande célébrité; et de Nathalie Narischkin, sa seconde épouse, Natalie et Pierre-le-Grand.
PflÉODOR in , ALEXIÉVITCH.
SB" RÈGNE. ~ (De 1676 à 1682.)
I^éodor, ratné des eafans d'Alexis» arrivé au trône à rage de 19 ans^ se proposait de suivre le» plans de son père pour la prospérité de ses éuts; mais la faiblesse de sa santé lui permit à peine de s'occuper des affaires publiques.
Dès le commencement de son règne, les Cosaques zaporarrens (qui habitent le pays audelà des cataractes du Dnieper), irrités contre les Polonais, auxquels ils étaient soumis, se donnèrent à la Russie. Constantinople ne vit pas sans mécontentement cet agrandissement do la imissanee moscoTite , et fit qndques efforts pour y porter obstacle. Ses tentatives furent infk'uctueuses : rukranie fut incorporée à la Russie.
Frappé des nombreux inconréniens des titres héréditaires, Phéodor trancha par un coup d'état les querelles interminables des nobles» Il Ht brûler publiquement et avec beaucoup dr
sotennité toutes les gënéalo^es et parchemiiis de la noblesse , causes de tant de querelles et de jalousies, à la cour et à Tarmée.
Voulant cependant dédommager les nobles du sacrifice obligé de leurs titres, il les fit tous inscrire, suiyant leur rang, dans des registres particuliers, et y inséra le nom de ceux qui n*é* talent pas compris dans les anciens liTres. Il établit en outre une classe particulière pour la petite noblesse.
Alexis avait fondé une école où Ton enseignait les langues grecque , latine et slaTonne: Phéodor voulut établir une académie sur le modèle de celle de France; mais il mourut le 16 février 1682, avant d*avoir pu effectuer ce projet. 11 n'avait que vingt^cinq ans , et ne laissa qu*un enfant qui vécut peu.
IVAN V ALEXIÉVITGH et PIERRE V SON FRÈEB.
59' lUUlGNE. — (De 1682 k 1689.)
Ivan , Âgé de seize ans , était, comme son prédécesseur, d'un tempérainent faible, et semblait incapable de p(»rtcr le poids d'une couronne. Son jeune frère, Pierre , d'une constitution robuste et d'un caractère ferme, attire les regards et gagne les suffrages de la noblesse et du clergé, qui» s'étant réunis, le proclament à l'exclusion d'Ivan. Cependant la princesse
SojphiCy la sœur commune des deux frères , qin s'était flattée de' régner sous le nomd'Ivau, excite les Streizi à prendre les armes au nom du jeune Ivan.... Vingt' mille hommes de cette milice irritée par ses plaintes, se rendent au Kreml, tambours battaiis, enseignes déployées, et demandent ^ vengeance des oppresseurs du tzar. Ils se précipitent dans le palais , jettent par les fenêtres les Narischkin (oncles maternels de Pierre), que d'autres streltsi, reçoivent sur le fer de leurs lances... de là se répandent dans la ville et massacrent tout ce qui leur est suspect. Enhardis par* leurs succès , ces audacieux soldats rétablissent Ivan et rendent à Sophie les rênes du gouvernement. .
(1682.) Les deux tzars, couronnés ensemble le 15 juin, n'avaient cependant du souverain que le titre; l'ambitieuse Sophie, sec*ondée de son ministre Gallitzin, administrait les affaires, et faisait des traités d'alliance avec la cour de Vienne, la Pologne et la république de Venise , contre les Turcs , et se préparait à porter la guerre en Grimée. Pierre , âgé de quatorze ans , jaloux d'une autorité qu'il voulait à lui seul, jse prononce contre cette entreprise, et blâme hau« tement les actes de Sophie et de son ministre. Cette ambition prématurée indigne les streltsi ; ou plutôt excitée par Gallitzin et Sophie, cette soldatesque se soulève de nouveau , et met en danger les jours du jeune tzar. Obligé de s«
réftigier aa coarent de la Trinité, Pierre ras* .aenblc autour de lai ce qui lui est resté Hdèle» «pose ses projeta de réforme, gagne les esprits, et parvient à oooiprifiier la revente. Rentré dans MosooUy son premier soin est de condanmer Tambitieuse Sophie à une prison perpétuelle, et GaUitzin A un exil lointain. Mattre ainsi des avenues du trône, il ol>tient faeîlement du faible Ivan la cession d*nn sceptre, dont le poids pesait trop A sa débile main..