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AVANT -PROPOS
L'histoire de Russie est peu ou mal connue en France, malgré le grand nombre d'ouvrages qui lui ont été consacrés dans le dernier siècle et au commencement de celui-ci. Ces travaux , très-volumineux pour la plupart, rebutent la majorité des lecteurs , et , d'un autre côté , la partialité ou l'esprit de passion qui y domine en écarte les esprits sensés , qui ne demandent à l'historien qu'un récit exact, dégagé de tout point de vue systématique.
En présence des événements contemporains , qui rallient contre la Russie trois grandes puissances, nous avons cru qu'il était temps d'écrire et de publier sur ce vaste empire un livre concis et pourtant complet et intéressant , qui dît bien et impartialement la vérité sur cette redoutable nation.
Dans ce simple volume, nous ne craignons pas de l'affirmer, on trouvera autant et môme plus de faits utiles, importants, décisifs surtout, que, — par exemple , — dans les nombreux tomes de Lévêque
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ou de Karamsin sur le même sujet (1). La leclure de Y Histoire de Russie par un des deux auteurs que nous venons de citer, ne laisse finalement que de la fatigue dans l'esprit et de la confusion dans les idées , à cause des trop grands développements nécessités par le récit des batailles gagnées ou perdues , des villes prises ou conquises par des peuples ennemis. L'histoire d'un pays ne consiste pas uniquement dans ces faits , dont l'intérêt , tout du moment , ne touche plus après un siècle, et même avant un terme moins long.
L'histoire est le récit des faits , et non l'exposé d'un système quelconque. Retranchez de tel ouvrage, si étendu qu'il soit , tout ce qui est horsd'œuvre, à peine en restera-t-il un volume qui . contienne vraiment les annales du peuple qu'on veut connaître. Nous avons cherché à être anecdotique, dans le sens sérieux et dans la véritable acception du mot , en conservant cette couleur locale si précieuse dans le récit historique. Nous avons avant tout essayé d'être impartial : nous disons essayé, car ce n'est pas chose facile pour qui veut écrire l'histoire de Russie. Ce n'est pas contre l'enthousiasme et la sympathie trop grande que nous inspirait ce peuple que nous avons dû nous tenir en garde; c'est contre l'indignation , l'horreur qu'excitaient presque à chaque page les crimes qui souillent les annales de la
(1) Parmi les nombreux documents que nous avons consultés pour écrire cette Histoire de Russie, nous citerons surtout les chroniques nationales, Leclerc, Lévèque, Potocki, Matthieu (ïutheric, Karamsin, I.esur, Breton, Jos, de Hammer, de Ségur, etc., sans compter une foule de mémoires particuliers; et, pour les anecdotes modernes, Dupré de Sainte -Maure et M. de Custine.
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Russie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, sans qu'on rencontre la moindre oasis qui console au milieu de ces ruines lamentables. Et cependant notre impartialité n'a pas été une froide et cruelle indifférence pour ce peuple sans passé, sans présent , et dont l'avenir est encore dans l'ombre : nous avons dû le plaindre et faire taire notre indignation.
La Russie n'a jamais connu la vérité catholique, source pure des principes moraux et politiques qui régissent le reste de l'Europe. Les faits répandus dans ce livre prouvent surabondamment ce que nous avançons. Pour ne pas entraver la marche du récit en nous livrant à ce qu'on est convenu d'appeler la philosophie de l'histoire, qui n'est trop souvent, hélas! que la philosophie du roman, comme dit Lingard , nous avons réservé pour la fin du dernier chapitre de cet ouvrage les considérations générales qui résultent de la lecture des annales de la Russie.
La Russie avant Pierre le Grand est peu connue : ou croit communément que ce pays est sorti tout d'un coup de l'obscurité grâce aux efforts de cet empereur, et que jusqu'à lui la Russie ne comptait pas au nombre des nations. Notre travail prend les Slaves-Russes à leur origine, et conduit leur histoire jusqu'à la mort de Nicolas, en 1855.
Nous voulions d'abord nous arrêter après Catherine II , parce que les faits qui suivent cette époque sont ensevelis pour la plupart dans les ténèbres ou dans le doute; mais les rapports de Paul Ier et surtout d'Alexandre avec la France nous ont engagé à
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poursuivre notre livre jusqu'à la mort de ce dernier empereur. Cette histoire de Russie devait donc finir à l'avènement de Nicolas; ce prince était trop notre contemporain pour qu'on pût avoir la prétention de juger tous ses actes. Mais sa mort, arrivée au moment où ce livre allait être mis sous presse , nous a décidé à tracer sa biographie en quelques pages rapides , et toutefois suffisantes pour faire apprécier son caractère.
Parmi les faits vraiment neufs de cette histoire, où tout est à peu près inconnu de la plupart des lecteurs , nous appellerons l'attention sur les points suivants : — les projets de la Russie sur Constantinople , dont elle a , dès ses premiers jours, rêvé la conquête: — le système d'apanages, qui, jusqu'à Wladimir 1er et Yaroslaf, son fils , produisit tant de querelles sanglantes dans l'État ; — les mœurs, usages et coutumes des Russes aux diverses époques de leur histoire; — les biographies d'Ivan et de Pierre le Grand (l'original et la copie); — au xvme siècle , sous Catherine II , l'exposé des causes véritables du partage de la Pologne; — enfin la politique d'Alexandre à l'égard de la France , dans les premières années de ce siècle.
Charles Barthélémy (de Paris).