CHAPITRE II
d'entre eux; , qu'ils croient complices de la tyrannie. Leur imprudent envoyé , qu'ils désavouent si hautement , ils le font comparaître, ils le jugent, ils le condamnent à grands cris, le déchirent en mille pièces , et se donnent une seconde fois à la Lithuanie, dont ils appellent le prince à leur secours.
Au bruit bien prévu d'une révolle si légitime , l'astucieux despote feint un douloureux étonnement; il gémit; à l'entendre, c'est lui , ce sycophante , qu'on a perfidement abusé. Il accuse les envahis d'avoir tendu un piège à l'envahisseur ; <c ce sont eux qui l'ont voulu pour )> souverain ; et quand , cédant à leurs vœux , » il en a pris le titre, ils le désavouent ; ils ont 3) l'impudence de lui donner un démenti for- » mel aux yeux de la Russie entière ; ils osent » verser le sang de leurs compatriotes restés 5) fidèles , et trahir enfin le ciel et la terre )» sainte des Russes , en y appelant une religion )» et une domination étrangères. 1)
Le machiavélique tyran adresse ces hypocrites plaintes à ses prêtres , à ses nobles, à ses peuples, à toutes les forces de ce ciel et de cette terie qu'il arme contre ces infortunés. Pskof et Twer
paraissent avoir seuls hésité ; mais il entraîne ou attire à lui , sous la forme d'un contingent , tous leurs moyens de guerre ; car il n'entreprend jamais qu'une chose à la fois , et amis comme ennemis, il sait tout réunir contre un seul.
Novgorod , environnée de tant d'ennemis , s'effraie ; elle offre des conditions. Je veux régner a Noi'gorod comme a ISIoscouy s'écrie enfin le despote , il me faut des domaines sur votre territoire ; vous devez renoncer à votre Posadnick, a la cloche qui vous appelait au conseil national. Et toujours fallacieux , il promet en même temps de respecter une liberté à laquelle il ôte le pouvoir de se défendre.
A cette terrible déclaration , ces infortunés s'agitent dans leur grande cité , devenue leur prison ; ils passent tour à tour de l'excès de la rage à celui de la terreur. Plusieurs fois on les vit s'élancer furieux sur leurs armes , et plusieurs fois retomber dans le découragement de l'impuissance.
Cependant , le machiavélique autocrate les observe. Pendant un mois entier, et quoique le glaive à la main , il demeure immobile , car il ne s'amuse point à la gloire. Sa force pa-