CHAPITRE II
tiente , sait attendre ; il n'a réuni tant de moyens de guerre que pour éviter la guerre, et toute cette innombrable armée de combattans que pour ne pas combattre. C'est par la consternation qu'il veut vaincre ; et, resserrant peu à peu le cercle de fer et de feu dont il a environné la république, il l'oppresse , l'opprime, il la terrifie de sa formidable présence. Son bras tout puissant, depuis si long-temps levé, ne se fatigue point ; il ne s'appesantit que graduellement sur ces malheureux ; et sans avoir frappé, par l'infaillible effet de cette compression lente et inévitable , il force enfin à la résignation leur désespoir.
Cette marche, si mesurée dans la lutte, se retrouve encore dans la victoire 5 le sang n'en a point taché le triste souvenir. Marpha et sept notables novgorodiens sont seuls emmenés captifs dans Moscou , et leurs biens confisqués ; mais , le i5 janvier 1478 , les assemblées nationales cessent , les citoyens prêtent serment d'esclavage. Le 18 , les boyards , les enfans boyards, les notables ou la noblesse , enfin , passent volontairement au service du vainqueur; et les biens du clergé novgorodien , réunis au do-
maine du prince , serviront à doter ces trois cent mille enfans boyards, vassaux immédiats de sa création, qui doivent incessamment assurer l'autocratie de Moscou sur tout le reste.
Dans les années suivantes ce mouvement continue ; le sort des républiques russes s'achève (1489) : celle de Viatka , colonie de Novgorod, et qu'un même esprit agitait , est soumise avec les mêmes précautions. Le Grand-prince a paru inattentif à ses rébellions, insensible à ses insultes , tant que Kasan et Novgorod ont résisté ; ces deux États soumis, il éclate, et c'est en prodiguant de telles forces qu'il écrase encore , sans combat , cette république. Le sang de trois coupables suffit à son irritation longuement concentrée , mais il n'y laisse que des esclaves.
La colonie annihilée , il revient encore frapper sur la métropole. De i479 ^ iSsS, à chaque convulsion de la longue agonie de la grande Novgorod , expirante , le joug s'appesantira ; jusqu'à ce que, épuisée de sa population républicaine, transplantée tout entière sur le sol esclave de Moscou , elle ait été repeuplée de Moscovites.
Au reste , nous ne voyons guère qu'aucun