CHAPITRE ir
grand empire moderne ait pu prendre l'ensemble indispensable pour se défendre, comme pour se pacifier intérieurement , s'ordonner , s'enrichir , s'instruire , se civiliser ; en un mot, pour se rendre digne et capable de liberté , sans s'être épuré de ses institutions barbares , en passant , comme dans un grand incendie , au travers du pouvoir absolu.
Là comme ailleurs , pour s'affranchir du dehors et s'éclairer au-dedans , il fallait que toutes ces tyrannies se concentrassent en une seule.
L'inquiète et capricieuse démagogie de Novgorod formait un Etat à part dans l'Etat ; son existence était aussi incompatible que celle des princes apanages , avec l'existence des Grandsprinces. La nécessité politique a donc pu pousser Iwan à ce grand attentat. Quant au prétexte, que Marpha , par ambition , patriotisme ou amour , ait cherché dans un prince étranger, un protecteur moins dangereux à sa patrie , que le souverain de Moscou , son motif importe peu : le machiavélisme d'iwan , en dérobant frauduleusement d'abord, et en arrachant violemment ensuite à cette république toutes ses hbertés, n'a que trop bien justifié les efforts de cette femme célèbre.
Ce qui est remarquable , c'est que le coup le plus funeste qu'Iwan III porta à cette grande cité fut involontaire. Jusqu'en 1492 , cette ville commerçante avait été singulièrement populeuse , riche et puissante ; et il est bien digne d'attention que , malgré sa barbarie , et tant de guerres étrangères et de dissensions intestines , nées de son gouvernement populaire , cette ville capricieuse ait toujours accru sa prospérité commerciale : tant la liberté , même la moins réglée, est favorable au commerce. Il semble que, au milieu de tous leurs excès , les peuple libres conservent, sous ce rapport, l'instinct de leur véritable intérêt , tandis que le pouvoir absolu s'y trompe sans cesse.
Tant que Novgorod fut libre , les villes anséatiques vinrent donc , au travers de toutes ses convulsions intestines , trafiquer chez elle avec une confiance qui ne fut jamais trompée ; mais, dès les premiers jours de sa servitude , un mouvement de colère despotique détruisit la source de cette prospérité, hvan III , si habile pour étendre et assurer son pouvoir , fit une faute que , pendant sept siècles , les assemblées populaires de la folle et inconstante répubUque n'a-