CHAPITRE IV
Jusqu'ici, Tatars, républiques russes, princes apanages, au-dehors comme au-dedans , tout a fléchi ; mais Iwan n'a remporté ce triple avantage qu'en dépit des efTorls de Casimir de Pologne , l'allié constant de tous ses ennemis.
Pendant trente années, cette quatrième lutte n'a consisté qu'en une guerre de diplomatie et d'embauchage , où chacun , attirant à lui les sujets mécontens de son adversaire , et se faisant sourdement protecteur de leurs révoltes , n'a attaqué son ennemi qu'indirectement , et comme à coups d'alliés.
Pour Casimir, ce sont tantôt les chevaliers iivoniens , tantôt la horde dorée , et sans cesse les petits princes et les républiques russes , qu'il a excités contre le prince moscovite , et dont il a compromis et terminé l'existence , en les abandonnant , à l'instant du danger, à leurs propres forces. Pour le prince russe, bien plus habile , c'est le célèbre Etienne , premier hos-
podar de Moldavie , qu'il s'attache par un mariage ; c'est encore Matlîias Corvin , roi de Hongrie •, Maximilien d'Autriche , et surtout Menghli-Ghirey, ce khan de Crimée dont il sut, malgré tant d'infidélités, se faire un allié si fidèle.
Dans cette guerre de deux princes embarrassés par les ennemis qu'ils se suscitent mutuellement , et par des sujets indociles , Iwan a tout l'avantage. Déjà , vers 149*^ ■> les petites principautés, détachées de la Russie par Vitovt , V rentrent successivement. Les premières attirent ou contraignent les autres, sans que le circonspect Iwan paraisse se mêler de ce mouvement féodal.
Mais vers cette époque , Casimir meurt •, le faible Alexandre lui succède , mais seulement en Lithuanie ; ce duché se sépare de la Pologne, le pouvoir s'y dissémine de plus en plus , quand dans Moscou il se centralise : alors le machiavélique autocrate se déclare. Voilà , comme dans ses trois autres luttes, l'instant depuis si longtemps préparé , celui où le succès est devenu presque infailhble, où tout surabonde pour éclater; il marche donc à découvert, à force