‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 124 sur 189 · CHAPITRE VII. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. a

porte-glaives , ne s'était réservé que la Courlande et le Sémigale.

C'est alors que Battori * ( i58r ) ne daigne répondre aux nouvelles supplications du czar , rampant devant lui , qu'en le traitant de faussaire qui altère les articles des traités , de monstre qui torture ses sujets. Où étes-^ous donc ^ dieu du pays des Russes , comme vous vous faites appeler par vos malheureux esclaves ? Puis il termine cette lettre injurieuse par la proposition d'un combat singulier ; mais Iwan , dont il vient de chasser les ambassadeurs , ne répond que par de nouvelles génuflexions.

Enfin , quand , selon l'expression de l'historien russe , ce lâche prince, dont Vame est de'' gradée parla tyratinie , a réuni trois cent mille hommes , il n'ose les commander; s'il marche, c'est au-devant du jésuite Possevin , envoyé de Piome , à qui il dérobe frauduleusement son intervention près de Battori , en le leurrant de la conversion des Russes au catholicisme.

Toutefois , ce long effort contre les chevaliers porte-glaives est remarquable; son but, alors

* V, la correspondance de ces deux princes.

avoué % était de donner à la Russie des débouchés sur la Baltique et des moyens de communication avec l'Europe. Son résultat fut de faire tomber ces provinces maritimes entre des mains plus redoutables ; mais , quoique celte grande pensée appartienne au ministre d'Iwan , et sa déplorable fin à Iwan lui-même, on doit surtout attribuer à cet efïbrt , Tadmiration , tant reprochée depuis , au plus grand prince des Russes pour leur plus grand monstre.

Enfin , le germe de cette terreur , dont les' premières années de ce tyran furent imprégnées, se développant de plus en plus, tantôt il se crée des fantômes de voiévodes révoltés , prêts à le livrer aux Tatars , et il fuit loin de ses armées, qu'il redoute ; tantôt il se figure encore ses boyards prêts à soulever tout l'empire , pour le renverser sur lui et l'écraser de tout son poids. Alors , ce ne sont plus, à ses yeux , des citadelles , des couvens fortifiés , qui pourront le sauver, c'est une île au-delà des mers qui, seule, lui semble être un refuge assuré ; et c'est à Elisabeth d'Angleterre qu'il n'a pas honte de demander cet asile !

I Karamsin, \o]. IX, page 439.

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