CHAPITRE VIII
fait lâcher par plaisir sur le peuple, sont chargés du soin de nettoyer la place publique des corps mutilés qui l'encombrent ^. Chaque jour il invente de nouveaux supplices, que sa tyrannie, blasée par tant d'excès , trouve insuffisans. Bientôt il lui faut des fratricides , des parricides ! Basmanof est forcé de tuer son père; Prozorovsky , son frère! Le monstre fait ensuite noyer huit cents femmes; et fouillant avec une atroce cupidité les demeures de ses victimes , il force, par d'affreuses tortures , ce qui reste de leurs parens , à lui montrer les lieux où sont cachés leurs trésors. Ces confiscations , jointes à des monopoles , à des impôts , à des conquêtes , accumulent dans son palais les richesses de l'empire et des Tatars, Il y joint celles des Livoniens , qu'il pille sans les conquérir- Dans ses longues et infructueuses guerres contre les chevaliers porte-glaives , d'horribles supplices ont marqué ses succès passagers. La courageuse résistance que l'ennemi lui oppose lui paraît une révolte, et il fait jeter dans des
» Selon les Annales de Pskof , il y avait eu . à Noygorod seulement, soixante mille victimes.
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chaudières brûlantes, oa embrocher à des lances et rôtir tout vivans ses prisonniers , sur des brasiers que lui-même attise.
L'impudique se mettant au-dessus de toutes les lois . épouse sept femmes ; sa belle-fille ellemême est forcée de le fuir , épouvantée^ de sa lubricité. Pour comble d'usurpation , il prend l'air d'un inspiié^, et jusqu'aux dehors que notre courte imagination prête à la Divinité; il se fait dieu dans l'esprit de ses peuples. Tout ce qui vient de sa main , coups , blessures, jusqu'aux traitemens les plus avilissans , est reçu avec résignation , avec adoration. Dieu et le Czar ne sont plus séparés dans l'aveugle et servile soumission de ces peuples : leurs dictons proverbiaux l'établissent ainsi , et à l'influence des choses et des hommes , se joint celle des mots , dont la force est plus durable qu'on ne pense.
Enfin , dans une humble supplique que lui adressent ses sujets les plus fidèles , sa frénésie voit encore une conjuration de boyards , dont .le premier de ses trois fils , et le seul capable
1 V. sa lettre à Battori.