‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 137 sur 189 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

maîtres. Une position pareille avait amené des précautions semblables.

De l'esclavage des femmes, on doit inférer celui des hommes ; car l'esclavage d'un sexe suppose celai de l'autre.

Une autre loi autorisait à se vendre soimême. Il fallut bien que tous ceux qui furent ruinés par la guerre civile et par les Tatars , se vendissent pour vivre. Cependant , cette loi , en prouvant l'esclavage , prouve une sorte de liberté; car il fallait bien avoir sa liberté pour en pouvoir ainsi disposer.

Or, si l'on nous disait : 11 existe un pays où les prisonniers de guerre sont esclaves , où les débiteurs insolvables sont donnés comme esclaves à leurs créanciers , où le pauvre se peut vendre au riche , où les pères ont le droit de vendre trois et quatre fois leui^s en fans ; si l'on ajoutait qu'une seule classe y peut être propriétaire ; qu'elle est dévouée par sa nature , l'usage et la nécessité, au métier des armes ; qui de nous ne s'écrierait que, dans un certain laps de temps donné , ce pays ne doit être composé que de nobles et de serfs?

Et si l'on répond qu'un tel pays a existé , et I. 24

que , néanmoins , pendant six siècles il eut toujours un tiers état , qui ne jugerait alors que A existence vague de cet ordre n'a dû sa conservation qu'à des circonstances de localité , à l'intérêt des princes , à la faiblesse des nobles, et à ce que l'esclavage de la glèbe n'y fut point alors imaginé?

En effet , ce peuple , libre d'abord par sa division en peuplades jusque vers la fin du neuvième siècle , était encore libre au temps de Vladimir-le-Grand, par sa réunion dans des villes dont plusieurs étaient commerçantes, par l'énorme étendue du pays et le petit nombre des conquérans, parce que les chefs de ceux-ci avaient conquis, non pour piller et passer, mais pour s'établir, et que dans beaucoup de villes, comme Novgorod, c'était en alliés et en protecteurs qu'ils s'étaient introduits.

On sait encore que l'avantage de la civilisation , dans plusieurs de ces villes, était du côté des vaincus. Enfin, les mœurs simples d'alors établissaient de fréquens rapports entre le prince et ses sujets, tels que des fêtes communes, des repas publics où tous étaient admis , et l'usage que tous prissent part aux délibérations intéressantes pour tous.

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