‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 140 sur 189 · CHAPITRE Iir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Iir

pape. Les Russes étonnés se taisaient ; car c'était à leur Grand-prince à décider de leur croyance. Maislui, foudroyant le traître, précipite ce Grec apostat de son siège, et y fait monter un Russe fidèle.

La déposition de ces métropolites dépendait donc du Grand-prince ; plusieurs autres exemples l'attestent. On peut voir Dmitry DoDskoï déposer , à la fin du quatorzième siècle , le métropolite Pimen ; et plus tard , un synode tenu par Alexis , père de Pierre-le-Grand , établit ce fait en principe.

Cependant, jusqu'en i44^5 ^^ ^ l'exception de six métropolites, tous ces chefs de l'Eglise russe avaient été Grecs ; l'élection de chacun d'eux avait même été achetée du patriarche de Byzance par de riches présens. Aussi, la querelle des investitures fut-elle essayée là comme ailleurs, mais elle y avorta.

A cette époque, le métropolitain Jonas se déclare indépendant de l'Eglise de Byzance. Cinq ans après, en i453, l'empire grec s'écroule; le patriarche deConstantinople n'est plus que le sujet d'un Turc; et le pouvoir religieux du Grand-piince s'acci'oît encore; de cet abaisse-

jiicnt. Véritable chef du clergé russe, il en règle la discipline . il en réforme les mœurs par ses . édils. C'est lui qui soutient contre les envoyés du pape des discussions théologiques : il soumet les terres de l'Eglise , comme les autres terres , à fournir un cavalier et un fantassin par cent arpens ; il puise à pleines mains dans les trésors des couvens. Bientôt , devant son caprice , toutes les places de l'église deviennent précaires ; il fait et défait à son gré les métropolites.

Enfin, en i588, deux éveques grecs marchandent le pontificat de Byzance, que le grandvisir vend au plus oiTrant. Jérémie , l'un d'eux , vaincu dans cette honteuse lutte, accourt en Ptussie y puiser l'or nécessaire pour racheter ce patriarchat de la Grèce , et la déchéance de son rival : il paie ce vil et obscur triomphe qu'il doit aux libéralités du czar Fœdor , le dernier desRurick, en lui vendant l'indépendance de l'Église russe, et le droit de posséder et de nommer en Russie un patriarche. C'est ainsi que cette suprématie religieuse vient , comme toutes les autres . se réunir dans une seule.

Toutefois , quand on se représente que. depuis plus de six siècles, il n'y avait eu dans ce

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pays de ténèbres qu'une science, la théologie; qu'un livre , l'Evangile ; qu'une seule corporation , le clergé ; qu'iuie règle constante , une seule doctrine invariable , une seule discipline inflexible , celle de l'Eglise ; on s'étonne que cette organisation au milieu du désordre , que cette création dans ce chaos n'ait point tout dominé.

Comment , en effet , ce clergé , avec la grande et profonde philosophie de sa religion , ses doctrines positives, absolues et si menaçantes, et ses formes imposantes, a-t-il toujours -été soumis à l'autorité temporelle? Comment encore son autorité judiciaire, son iniluence superstitieuse , qui plusieurs fois éteignit dans les flammes et le sang des germes de schisme , et sa richesse si prodigieuse, qu'en i5'jO il possédait les deux tiers des terres de l'empire * , n'ont-elles point suffi pour le rendre redoutable au chef même de cet empire?

C'est que ce chef était aussi le sien ; il réunissait les deux puissances; il présidait les con-

1 V. le ï^oyageiir anglais , l'édil de i55i , et les traités d'alors avec les Cosaques.

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elles. Car tel fut de tout temps l'esprit de la religion grecque. Constantinople , métropole religieuse des Russes , a toujours vu dans ses princes les vicaires de Dieu sur la (erre. Ceci date des empereurs païens. Le pontificat était un de leurs principaux attributs : il en resta quelque chose aux empereurs chrétiens du Bas- Empire , leurs successeurs , dans leurs prétentions et dans l'esprit de leurs peuples ; sur quoi les Grands-princes russes et leur nation se modelèrent *.

En effet , les évêques de Constantinople , toujours en présence et sous la main du maître, ne purent . comme les évêques de Rome , se faire de souveraineté ; en sorte qu'ils restèrent sujets au spirituel comme au temporel. Leur ambition se borna à se faire patriarches , puis à se rendre indépendans du pape ; mais ils n'y purent parvenir qu'en s'appuyant de leurs empereurs, en se plaçant derrière eux, et ils y restèrent.

Cela marqua bien plus bas encore , à leurs inférieurs les métropolites russes, leur place

1 F. Gibbon, Condillac. etc.

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