CHAPITRE ir. 3l
gente Olga paraît encore toute puissante ; c'est une guerre toute de ruse et de perfidie , comme il convient à une femme à qui aucune guerre ne convient : de même qu'elle seule a dirigé celle-ci , c'est elle qui règle le partage de ses fruits. On sait que bientôt cette même Olga s'éloigne de ses États jusqu'à Constantinople et s'y fait chrétienne, sans que son autorité paraisse souffrir de cette absence et de ce changement de religion. L'autocratie de Vladimir, son petit-fils, est encore bien plus remarquable. On verra enfin laroslaf donner un code qui commence par ces mots ' : P^oici vos lois, telle est ma volonté'. La légitimité despotique d'une seule famille sur le trône russe , était donc alors fortement empreinte dans les mœurs de ces barbares du Nord.
Ajoutez à cette raison de leur force par leur ensemble , que leur religion était toute guerrière ; qu'ils s'entretuaient plutôt que de se rendre, persuades qu'un prisonnier était esclave de son vainqueur, non seulement dans ce monde-ci , mais dans l'autre ; qu'enfin , à
» F. Lcclerc.
cette époque, soit que lonr population se fût refaite et les gênai, soit souvenir des anciennes et heureuses irruptions de leurs aïeux , soit excitation produite par une circonstance particulière , le génie des conquêtes enflammait, leur imagination. La cupidité et l'ambition de ces Normands ne furent jamais plus entreprenantes. Ce fut un débordement ; il leur fallut à tous , du butin , des fîefs , des serfs , soit en Allemagne , soit dans celte partie de la France qu'ils ont appelée Normandie , soit dans la Grande-Bretagne par eux nommée Angleterre, soit enfin dans cette grande Slavonie, qu'ils ont faite russe.
Une autre raison toute matérielle du prompt développement de cet empire et de la supériorité des Varègues russes sur les Slaves , se trouve dans plusieurs auteurs anciens et modernes. Aramien et Pausanias disent que les Scythes et les Sarmates n'avaient point de fer à leurs armes ; et Gibbon assure que les Esthoniens furent vaincus par les Goths, parce qu'ils n'avaient que des massues et point de fer pour se défendre. Malte-Brun ajoute que les Varègues , armés de bonnes cuirasses et d'épées