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guerre perpétuelle pouvait donc seule assouvir sa passion , el lui faire savourer sa puissance. Quand elle eut dévoré l'Asie entière , il lui fallut l'Europe.
Dire que les Russes se mêlèrent de défendre les Polovtzy , et massacrèrent les envoyés tatars qui vinrent leur proposer une alliance insidieuse , ce serait donner une cause puérile à cette grande invasion. Ces avides barbares , alléchés, comme tous leurs prédécesseurs, par le luxe de Byzance , eussent-ils passé devant la Russie sans songer à elle? Kief, presque sur leur chemin , et le luxe grec des Russes , ne suffisaient-ils pas pour les attirer ? Ils en entendirent parler en 1221 aux Polovtzy, en 1237 aux Bulgares d'Argent ' , qui par leurs pillages ne connaissaient que trop les richesses des Russes. Puis ces Polovtzy et ces Bulgares du Volga étaient en guerre avec les Tatars, et la conquête que ceux-ci firent de ces deux peuples , les mena tout naturellement à celle de Kief et de Vladimir.
Quant aux causes des rapides succès de ces
» Ou du Volga,
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ïatars, remarquons d'abord que leur vie pastorale ne les attachant à aucune patrie , dut seconder l'immensité des projets ambitieux de Gengis-khan. Ce genre de vie rend tous ces peuples propres au métier des armes , et les tient toujours prêts à combattre. Les nations nomades sont des armées iri'égulières , mais mobiles , promptes et toujours sur pied ; ce qu'elles laissent derrière elles peut être gardé par des vieillards , des femmes et des enfans.
La guerre n'est point un événement pour ces nations , car de longues marches changent peu les habitudes d'un peuple errant ; leurs maisons, leurs vivres, marchent avec eux ; et ceci est de quelque importance dans des plaines incultes et des forêts inhabitées. Ces Tatars avaient donc sur les Puisses l'avantage qu'ont des armées permanentes sur des levées subites.
Toutefois, c'est ici le lieu de se rappeler l'existence de ces gardes permanentes des princes russes, auxquelles il faut joindre celles des villes , quoique sans doute moins aguerries que les premières ; mais les auteurs nationaux laissent voir que la permanence de ces gardes avait habitué à se reposer sur elles de tout soin de
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guerre , et que les peuples étaient devenus inhabiles au métier des armes.
A cela, il faut ajouter que là, comme partout oii les hommes du Nord s'établirent avec leur gouvernement militaire , il ne pouvait y avoir de guerriers que les hommes libres et propriétaires , dont il faut encore distraire les marchands et le clergé. Or, les guerres continuelles avaient tant augmenté le nombre des moines, des hommes à gages , des esclaves , et si fort diminué celui des hommes libres et possesseurs de terres , qu'à peine y avait-il alors assez de guerriers pour faire face aux Polovtzy.
Au milieu de cette ruine et dune dépopulation si générale , les gardes des princes durent elles-mêmes s'affaiblir. On a vu que , vers i loo , celle du Grand-prince n'était que de huit cents hommes , et qu'il la perdit ; c'est ce qui fait qu'à l'exception d'une bataille et de quelques combats insignifîans en rase campagne , les Tatars ne trouvèrent de résistance que dans les villes , où tout ce qui s'y était réfugié , paysans , prêtres , peuples , devint guerrier par désespoir.
Encore , ce ne fut qu'à la seconde invasion :
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voyez , en effet , les habitans de ces villes n'op poser à la première, que des processions de prêtres et de supplians , que ces barbares se plurent à fouler aux pieds de leurs chevaux.
Une autre cause de la nature de cette seconde guerre , toute de sièges , c'est que dans ces temps barbares , où aucune tactique n'était connue , une cavalerie impétueuse devait , dans les campagnes , avoir la supériorité : or , les Tatars , toujours à cheval et maîtres des provinces les plus productives en chevaux , étaient les meilleurs cavaliers du monde. Les Russes étaient surtout fantassins; les gardes de ceux-ci écrasées , le reste mal armé et sans discipline , ne put tenir que dans des villes contre une si furieuse cavalerie.
Les annalistes vantent beaucoup la ténacité avec laquelle ces villes se défendirent ; la plupart se laissèrent emporter d'assaut et détruire , plutôt que de se soumettre. L'exemple du sac d'une ville n'empêchait pas l'autre de s'y exposer. On croit reconnaître ici cette persistance obstinée jusqu'à la mort, qu'on retrouve encore dans le caractère i usse : il est vrai que les Tatars se glorifiant d'être sans parole comme
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sans pitié , il n'y avait point de traité à faire avec eux , ni de quartier à en attendre.
Maintenant, à cette réduction dans la population guerrière des Russes , opposez l'énormité des armées tatares. Ecoutez Plan-Carpin ; cet envoyé du pape à Bâti, a vu ce khan entouré de six cent mille guerriers , dont cent cinquante mille Tartares. Il n'y avait point alors d'art qui pût compenser une si énorme disproportion de forces. Rubruquis ^ , envoyé de Saint-Louis k Mangou-khan , n'en donne pas une moindre idée.
D'autres causes donnèrent encore la supériorité aux Tatars. Chez les Gaulois , comme chez tous les barbares , c'était par des cris répétés de village en village que les nouvelles se transmettaient ; elles arrivaient d'autant plus vite , que le pays était plus peuplé. En Russie , où les
ï Ce moine osa croire qu'il pourrait convertir Mangou ; mais le khan lui répondit : Les Mongols n'ignorent pas qu'il existe un Dieu, et ils l'aiment de tout leur cœur ; il y a autant et plus de chemins pour arriver au salut, que vous n'avez de doigts aux mains; si Dieu vous a donné la Bible, il nous a donné les mages, etc.
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habitations étaient séparées par des déserts , ce genre de communication était sans cesse interrompu , de façon que souvent un prince était surpris par l'ennemi dans sa capitale ; c'était là un grand avantage pour un assaillant toujours prêt et si rapide.
On peut encore penser que les ^Mongols , si près des mines de TSertschings , et devenus maîtres de rOural et du Caucase , devaient avoir de meilleures armes que les Russes ; aussi les annalistes parlent-ils avec effroi des flèches longues et acérées de ces Tatars , de leurs énormes cimeterres , de leurs piques armées de crochets , et de ces terribles béliers qui renversèrent en un jour les murailles de Kief , leur plus forte ville.
Ce qu'il faut aussi se représenter , c'est la soudaine organisation de ces hordes errantes en divisions de dix mille hommes , régimens de mille hommes, compagnies de cent hommes, et escouades de dix hommes. Admirons encore ces réunions annuelles de tous les chefs devant Gengis , unique moyen de les connaître , de les contenir dans un certain ensemble , et de leur rappeler son autorité dans une si immense
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étendue ; car c'est au milieu de ces déserts que toute la force du génie éclate ; c'est là surtout qu'on sent tout ce que peut l'influence d'un seul homme sur tant d'hommes et d'événemens , en dépit même de la nature.
Le fanatisme s'en mêla : un prophète avait prédit à Gengis-khan , dans une de ces assemblées générales , qu'il serait maître de la terre. Remarquons encore que chez ces Mongols , les trois grands délits étaient l'adultère , le sortilège et la lâcheté ; et qu'enfin , des hommes qui avaient les passions si vives , qui étaient si ignorans , et qui devaient se faire tuer sous peine de mort, devaient être de terribles soldats.
D'ailleurs , il n'est pas bien surprenant que les Paisses , désunis , aient succombé sous les Mongols , réunis aux Tatars. Enfin , le génie de Gengis , l'essor qu'il fit prendre , la confiance qu'il laissa , l'exaltation produite par quarante années de victoires , sont des causes frappantes de succès.
Ces nomades poussèrent leur fortune jusqu'en Hongrie , et par-delà la Pologne ; mais une victoire coûteuse en Silésie , et la misère
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du Brandebourg les ayant dégoûtés , ils s'en tinrent à la Russie.
Cependant , avec le secours des Polovtzy, les Alains auraient pu défendre l'entrée de la Russie d'Europe aux Tatars, qui l'attaquèrent d'abord par le sud-ouest de la Caspienne et les défilés du Caucase ; mais les Polovtzy, trompés par des offres d'amitié , et par le souvenir d'une même origine , abandonnèrent les Alains. Ceuxci écrasés , le Caucase franchi, ce fut le tour des Polovtzy, qui, chassés jusqu'au Dnieper, implorèrent le secours des princes de Kief et de Galitch.
Ces princes sentirent leur intérêt, et s'unirent aux Polovtzy. Ce fut alors que les envoyés tatars furent massacrés , en venant offrir aux Russes la même amitié dont ils avaient leurré les Polovtzy. La ligue des R.usses était incomplète ; ils furent attirés par une feinte retraite sur les bords de la Ralka , près de l'embouchure du Don. Là, le prince de Galitch voulut vaincre sans celui de Kief, qui , de son côté , le laissa battre , et fut à son tour massacré : tout le midi de la Russie fut alors ravagé , après quoi les Tatars se retirèrent.
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Ce précis de leur première expédition de I22I, fait voir avec quelle politique prudente et dissimulée, ces Tatars préparaient une guerre, qu'ils allaient faire avec toute la fureur de la barbarie : ce que dit Montesquieu du caractère d'Attila peint bien le caractère tatar, qui , patient et rusé en politique , est implacable et furieux à la guerre.
Voici deux autres raisons de la conquête générale de la Russie, en 1237, par Bâti, petitfîls de Gengis , et khan du Raptchak. D'abord , la famine , une peste , le tremblement de terre de i23o, et un redoublement de dissensions intestines , affaiblirent les Russes, quand le pacifique règne de Toucbi ou Zouzi-khan, avait préparé le Raptchak ; puis le Grand-prince de Vladimir (loury') se trouva être un imbécille , qui ne pensa pas à s'allier aux Bulgares , et se laissa vaincre en détail. Comme il ne s'occupait qu'à orner des églises , à entretenir la mendicité par des aumônes et à engraisser les moines , il crut que Dieu ferait le reste.
Quant à l'infamie des princes russes , qui d'a-
' Ou George.