‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 60 sur 189 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pour que la durée de cette conquête n'étonne plus , il faut examiner tout ce qui la consolida. Le luxe, qui détruit surtout les empires conquérans , le luxe veut se fixer ; des plaines sans habitation et sans culture le repoussèrent , et les khans du Kaptchak , d'Astrakhan , de Kasan et de Crimée, puisèrent long-temps, dans leurs hordes errantes , de nombreux soldats prêts à tout entreprendre , ayant peu à perdre, tout à acquérir, et rien à quitter.

Leur nombre s'entretint des esclaves qu'ils firent ; ils enrôlaient , sous leurs drapeaux , leurs ennemis vaincus, et faisaient servir ainsi leurs conquêtes à conquérir.

En Russie, pourtant, la différence de religion , de climat , de mœurs , devint un obstacle. Ils ne purent la gouverner que de loin et comme suzerains. Il leur fallait là des armées pour combattre les Lithuaniens , les Suédois et les Livoniens , ennemis communs ; car ces trois peuples ,

s'ajoutant aux Hongrois et auv Polonais , venaient de se lever à la fois contre la Russie , et de se jeter sur cette proie tombée. Mais les Tatars n'étant pas gens à être retenus dans un pays dont le climat gênait toutes leurs habitudes , ils y laissèrent les princes russes régner et combattre pour eux. Toutefois , ce surcroît de guerres européennes, commencées dans les douzième et treizième siècles, affaiblit les Pvusses, et contribua encore à la durée du joug tatai'.

On pourrait récapituler ici les famines , suites de l'invasion des Tatars et de l'imprévoyance des Russes, puis les dissensions continuelles entre les principautés , et dans les républiques russes ; mais toutes ces causes de la longue durée de l'asservissement sont celles de la conquête.

Depuis la place où est Rasan jusqu'à Vladimir, siège de l'empire russe , les Tatars avaient tout détruit : c'était leur usage. Pourquoi des peuples pasteurs et nomades auraient-ils ménagé des villes? Il ne leur fallait que des pâturages'. Cette solitude flattait leur orgueil et faisait leur sûreté.

^ f^. rassemblée des chefs mongols, en i2'23, où plusieurs d'entre eux proposent à Gengis-khan de faire

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