‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 67 sur 189 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Cependant, jusqu'en i324, c'est-à-dire durant un siècle à dater de l'invasion tatare , la puissance des Grands -princes fut douteuse; mais alors , dans la foule des prétendans à la Grandeprincipauté, deux branches rivales se font distinguer, et les autres princes du sang leur cèdent une lice dans laquelle ils ne paraissent plus assez puissans pour se présenter.

L'une de ces deux branches est celle des princes de Twer ; l'autre , celle des princes de Moscou.

Les princes de Twer (vers i3oo) venaient d'entrer en possession de la Grande principauté de Vladimir ; elle leur était échue par ordre de succession : ils résidaient à Twer. Si Ton réfléchit à la position de Moscou entre Twer et Vladimir, et à l'inconstance des Novgorodiens , on sentira pourquoi les Grands-princes de Twer ne purent guère étendre leur pouvoir au-delà de leur patrimoine. En effet, le prince de Moscou, rival

l38 LIVRE III.

du Grand-prince de Twer par la position de son apanage , et pouvant intercepter toute communication entre Twer et \ ladimir, n'avait qu'à séduire Novgorod pour réduire le Grand-prince à la ville de Twer, où il résidait : ce fut ce qui arriva.

Pourtant BIoscou, plus faible, devait succomber ; niais l'un de ses princes , loury ' , épousa en i3i3 la sœur d'Lsbeck-khan. Ce fut alors que ^likhaïl de Twer, après s'être attiré la haine des rSovgorodiens, en s'obstinant à les soumettre par les Tatars , amassa sur sa tête toute la colère d'Usbeck , en battant loury, et en faisant prisonniers sa femme, sœur du khan, et Ravgadi, général tatar qui venait pour mettre le prince de jMoscou en possession de la Grandeprincipauté.

Car Usbeck, après avoir préféré et appuyé les droits de iMikhaïl de Twer à cette Grandeprincipauté de Vladimir , s'était retourné vers loury de ^loscou , devenu son beau-frère. Toutefois , le courroux d'Usbeck restait suspendu , quand sa sœur, femme d'Ioury et prisonnière

' George.

CHA-PITRE IV. iSq

de Mikhaïl , mourut à Twer. Aussitôt loury court à la horde ; il accuse Mikhaïl d'avoir em poisonné cette princesse. L'orgueil humihé d'Us-beck accueille cette noire calomnie ; il confie à Kavgadi l'instruction de cette affaire. Mikhaïl comparaît; le vaincu juge son vainqueur, qu'il fait massacrer, et l'infâme loury de Moscou est nommé Grand-prince à sa place.

Son triomphe fut court ; accusé devant la horde de retenir le tribut du khan , il y retourne , et meurt assassiné par le fils de sa victime.

Cette vengeance rendit la Grande-principauté à la branche de Twer , dans le prince Alexandre. Elle y resta trois ans; mais alors , en i328, ect insensé fait massacrer à Twer tous les Tatars. Aussitôt Usbeck donne au frère d'Ioury, à Iwan P"', dit Kalita', prince de Moscou , Vladimir et Novgorod , dont la double possession marquait toujours la Grande-principauté.

Cette concession forma, dans la main d'Iwan, une masse dont Twer. affaiblie , divisait mal l'ensemble. Aussi, avec cette puissance et les

' Ou la Bourse.

troupes quTJsbeck y ajouta , Iwan força-t-il bientôt tous les princes russes à se réunir sous ses ordres contre le prince de Twer ; lequel , après diverses infortunes , fut exécuté avec son fils à la horde.

Ici commencent les deux cent soixante -dix années du règne de la branche de Moscou. Cette première réunion des Russes, sous Iwan I^'', dit Kalita , fait époque ; elle montre l'ascendant de ce second Grand-prince de Moscou sur ses sujets, ascendant qu'on verra croître sous ses successeurs , et que , d"abord , cette branche des Rurick dut surtout à l'appui des Tatars.

Car un mot du khan , décidant du trône, celle des deux branches rivales de Moscou et de Twer, dont la politique fut la plus adroite et la plus suivie avec la horde , dut l'emporter. Ce ne fut pas celle des princes de Twer. En effet, tantôt ils sollicitèrent la protection des khans, tantôt ils les combattirent 5 enfin, l'on a vu que l'un d'eux ordonna le massacre des Tatars dans sa principauté.

Les princes de Moscou agirent différemment ; ils détestaient, sans doute, autant que leurs rivaux le joug des khans j mais ils sentirent

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