‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 66 sur 189 · CHAPITRE Ili. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ili. I

ce qui l'enveloppait dans la même disgrâce. Le khan donna toutes ces principautés à Alexandre Newsky ; quelques auteurs croient même qu'il l'aida à s'en emparer.

Mais les Russes ne voulaient se soumettre ni au joug tatar ni au sceptre du Grand-prince ; de sorte que la vie entière d'Alexandre se passa à dompter ses sujets , à punir ou à leur pardonner leurs révoltes , et à courir implorer leur grâce aux pieds du khan , qu'ils insultaient sans cesse. 11 mourut à la peine , mais en demeurant immortel dans le cœur de ses sujets, qui le canonisèrent; ses vertus réhabilitèrent la suzeraineté de Vladimir dans l'opinion des Russes.

Cette Grande-principauté fut long-temps , il est vrai , un sujet de discordes offert à l'ambition des princes russes ; et tant qu'ils se la disputèrent par M.^ur épée et par celle des Tatars , le khan y régna souverainement.

S'il arrivait qu'un de ces princes osât attaquer le Grand-prince avant de s'adresser aux Tatars , et même malgré eux , c'est que , s'il réussissait , il acquérait des richesses avec lesquelles il gagnait les gouverneurs tatars et le

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khan lui-même; mais ce succès était incertain, et les princes russes s'aperçurent enfin qu'un voyage à la horde décidant de la couronne, la guerre devenait inutile. Ce ne fut donc bientôt plus qu'à cette horde et dans l'esprit du khan qu'ils se combattirent ; on se fit moins de guerres civiles , les Tatars furent plus rarement appelés , la Russie respira.

C'était une grande faute aux khans d'avoir conservé un Grand -prince; c'en fut une plus grande , et une conséquence de la première , de lui mettre dans la main une souveraineté disproportionnée avec celles qui l'entouraient , de le nommer trop long -temps dans la même branche , de lui donner des armées pour s'établir, et la faculté de les séduire eux-mêmes par de plus riches présens.

Il en résulta que les princes apanages osèrent moins se mesurer avec le Grand prince, déjà plus puissant qu'eux , et ainsi soutenu ; ne pouvant se mesurer contre lui , ils se battirent entre eux, et augmentèrent sa force de leur faiblesse.

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