‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 85 sur 189 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Mais, dans ce grand œuvre d'autocratie, n'a-t-on pas senti la main puissante et persévérante des prêtres? C'est donc dans l'esprit de l'histoire du clergé russe , qu'il faut chercher, à l'élévation des Grands-princes de Moscou, une dernière cause.

Dans ces temps d'ignorance, la religion grecque et ses prêtres devaient être un des plus puissans moyens d'instruction et de gouvernement. Un édit de Vladimir avait , dit-on , vers l'an looo , accordé d'immenses privilèges au clergé russe ; les historiens juodernes ne croient pas à cette concession. Et que nous importe sa réalité ? elle ne prouverait que l'aveuglement d'un prince, et ne suiBrait pas pour constituer un droit contre nature.

N'envisagerait-on cette question que sous le rapport des mœurs , ou pour connaître la position respective des différens ordres de l'Etat? Mais , dans ces deux cas , le fait suffit sans le

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droit ; or , le fait est que, dès 1200 , le clergé russe était couvert des dépouilles de ses ouailles ; que , dans une foule de circonstances , il jugeait à mort et sans appel ; que les moines avaient, comme ailleurs les nobles, une multitude d'habitations fortifiées , dont ils étaient les défenseurs redoutables ; que leur métropolite avait une cour, des boyards , des gardes , un luxe asiatique ; qu'il y avait des cérémonies publiques où les souverains les plus fiers mar chaient à pied devant lui , tenant humblement la bride de l'âne sur lequel ce pontife était monté ; qu'enfin , dans les affaires d'Etat , le métropolite était le premier consulté : ce qui arriva fort naturellement , beaucoup de ces chefs du clergé étant venus de la Grèce, et paraissant des lumières dans ces ténèbres.

Un autre fait, c'est que, dans les discordes civiles , les prêtres russes furent souvent médiateurs, ambassadeurs, arbitres même , rôle auquel les appelait encore leur ministère tout de paix et de charité.

L'invasion tatare accrut leur puissance ; dans la résistance désespérée des villes russes , les khans virent tout le pouvoir de ce clergé sur

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