‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 87 sur 189 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

que fut au moment de l'échanger contre une province, contre trois villes, et même contre son indépendance.

Un tremblement de terre, d'allreuses pestes , surtout celle de i352 , et plus tard la peur de la fin du monde , qu'annonçait pour cette époque une ancienne prédiction , couronnèrent l'œuvre attribuée à Vladimir : la plupart des mourans léguèrent leurs biens aux monastères.

Au reste , la législation des Russes les conduisait à cette indignité : chez des hommes qui se rachetaient de la justice terrestre par des amendes , il y avait conséquence à croire se racheter de la justice céleste par des donations. Et puis , à Byzance comme à Rome, il était passé en principe qu'on gagnait les biens du ciel en frustrant ses héritiers de ceux de la terre , pour les léguer aux hommes de Dieu ; ce qui était certainement finir par le plus grand acte de personnalité de toute sa vie.

Quant à la tolérance des khans, on ne sait s'il faut l'attribuer seulement à leur politique , ou bien à leur insouciance religieuse et à leur habitude de commander à des peuples de ditîé-

CHATITHE IX.

renies religions ; ce qui est certain , c'est que plusieurs évêques russes résidèrent dans la cour de ces princes païens , et que , soit incerlitude , soit esprit de paganisme , ces Tatars croyaient à l'efficacité de toutes les prières , quelles qu'en fussent les formes , et qu'ils s'y recommandaient.

Et vraiment, leur culte, nomade comme eux, sans pratiques extérieures, sans point de réunion , sans presque rien de ce qui pouvait séduire et attacher les sens d'une nation si vive , ne devait pas être un objet de grande importance. Comment donc cette religion , si vague qu'elle en mérite à peine le nom , aurait-elle été intolérante? L'intérêt de leurs prêtres aurait pu la rendre telle ; mais nous ne voyons pas que, chez ces nations errantes , ces prêtres aient jamais pu former un corps et en prendre l'esprit.

Plus tard , le mahométisme , qu'adoptèrent ces Tatars , quelque exclusif qu'il soit , ne les rendit guère moins tolérans ; et il est remarquable que, bien loin de pénétrer dans la Russie d'Europe , cette religion s'arrêta sur sa frontière. Ce furent ceux de ces conquérans

asiatiques, qui entrèrent dans ce côté de notre terre pour s'y établir , qui furent conquis au christianisme. TSe semblerait il pas que ces deux religions se soient enfin et invariablement partagé les différentes parties de ce monde suivant ses grandes divisions géographiques? Mais, remarquoDs ici , à la lumière de l'un de nos plus profonds génies , que toutes les causes de la polygamie et de l'esclavage des femmes et des hommes en Orient, sont celles du partage que le mahoraétisme et le christianisme se sont fait de l'Asie et de l'Europe. Or, presque toutes ces causes tiennent au climat ; c'est qu'une religion avant , plus encore que les lois , ses racines dans les mœurs , le climat doit avoir beaucoup d'influence sur elle.

Le dogme de la prédestination , qui vient de la paresse et qui y mène , ne pouvait pas non plus s'établir dans un climat dur , avare , variable . qui inspire et qui exige l'activité du travail; ce fut encore une raison de ce partage de religion suivant les températures.

On a objecté que le christianisme vient luiinême d'Asie ; mais ceci prouverait encore plus l'assertion précédente , puisqu'il a été obligé d'en sortir.

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