‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 98 sur 189 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il est vrai qu'alors , Iwan IJI était sorti triomphant d'une autre luLte. Novgorod la grande .Pskof et Viatka étaient soumises. Pendant les sept premières années de son règne et de sa guerre contre Kasan , la peste , la famine , dignes alliées de la tyrannie, avaient affaibli ces républiques russes , et la peur de la fin du monde , annoncée pour cette époque ^ , en détournant de cette terre les passions des sujets d'Iwan , avait laissé aux siennes un jeu plus libre et plus assuré.

Toutefois , l'insolente Viatka s'était déclarée neutre entre Rasan et Moscou , et le prince avait dissimulé sa colère , car Novgorod se montrait rebelle ; la chute de Kasan avait épouvanté cette grande république , et déjà : Prenez

' En i465 on arrivait à la fin du seplièine millier d'années, suivant la chronique grecque, et l'on croyait ce terme celui du monde.

les armes! criait-elle aux Pskowiens ; venez anéantir avec nous la puissance despotique de Moscou I 11 faut donc négliger Viatka , gagner Pskof et ses douze villes , et tout réunir contre Aovgorod. Celle-ci tombée, tout suivra.

Novgorod , plutôt alliée que sujette de Moscou , régnait sur tout le nord de la Russie , dont elle avait le commerce exclusif , et qu'elle devait défendre contre les Suédois , les chevaliers livonicns et la Lithuanie. Mais depuis Iwan Ralita , perdue de luxe , elle avait plus souvent racheté que défendu ses frontières et ses libertés. Déjà quelques unes de celles-ci lui étaient échappées. Mais, en 1471 ■> s'enhardissant delà pusillanimité présumée du Grand-prince , elle piétend les ressaisir. ]Marpha l'excite. Cette riche et puissante veuve d'un Posadnick , aime , dit-on , un Lithuanien. Il lui plairait de donner sa patrie à celle de son amant. C'est une ambitieuse ; de ces ambitions de femmes , dont les passions s'agitent presque toujours au profit d'un homme : comme si les femmes , rayons d'un autre centre , complément d'un autre sexe, ne devaient vivre qu'en lui, la personnalité étant interdite à leur nature.

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Celle-ci ouvre son palais , prodigue ses trésors aux citoyens de Novgorod , que les sons chéris de leur vetclwo'i-kolokol ^ appellent sans cesse sur la place publique , ou règne leur licence. Ils ont déjà chassé les officiers du Grand-prince ; ils se sont emparés de ses domaines , et quand la soumission de Rasan permet à Iwan de se retourner vers Novgorod , et d'y faire entendre une voix menaçante , ils éclatent , se soulèvent, et se donnent , par un traité , à Casimir , prince de Lithuanie.

C'est ici, qu'au travers de ses autres affaires avec les Tatars , la Suède , la Livonie , Pskof et les princes ses parens , il est curieux de suivre la marche politique d'Iwan contre cette redoutable république. Observons surtout cette volonté à la fois forte et flexible; exaltée dans son but , en même temps que froide et persévérante dans ses moyens ; s'aidant tantôt d'humilité et de machiavélisme , tantôt d'orgueil et de terreur , mais aussi de patience , de bonté , de générosité ; ce qui , avec les fautes de ses adversaires et les nécessités des temps , donne

' Cloche de l'assemblée.

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à l'établissement de la tyrannie d'hvan III , une apparence , une sorte de modération , et même d'utilité publique.

Se faisant des alliés de tout , il a su armer , contre la démagogie de Novgorod , l'orgueil des nobles ; contre son excessive opulence , l'avidité des princes encore apanages ; contre sa trahison et son apostasie , le fanatisme des peuples ; et Novgorod , atttaquée par trois armées , que suivent des nuées de pillards , résiste opiniâtrement au-dedans , lâchement au-dehors , et succombe.

Iwan affecte une modération qu'il juge encore indispensable. Trop peu affermi contre ses ambitieux parens, pour se saisir d'une si grande proie sans la partager avec eux , il semble se contenter d'une rançon et de la restitution de quelques domaines ; mais il a ruiné Novgorod par la dévastation et le pillage ; mais , dans l'acte de soumission de cette république , l'obscurité de quelques mots contradictoires lui réserve le pouvoir de législateur et de juge suprême. Voilà le côté par lequel il a saisi cette proie j et par où il va l'attirer à lui peu à peu , pour l'engloutir enfin tout entière.

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