‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 100 sur 359 · CHAPITRE V. i8i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i8i

dans le ciel. Aujourd'hui que Byzance est tombée captive des Turcs, l'habile Iwan veut qu'une seconde princesse grecque vienne faire de Moscou l'héritière de cette Byzance; qu'elle en apporte comme dot à son Grand-prince les armes de sa famille 9 cet aigle, à deux têtes, symbole d'autocratie, et ce titre de tzar, identique, selon les Russes, à celui OU autorité suprême^. Il veut qu'elle introduise dans spn palais l'orgueilleuse hiérarchie de la somptueuse cour de Constantin, et ses pompeuses cérémonies, moins vaines qu'on ne pense; enfin , ce despotisme de droit divin , qui va corrorborer et même sanctifier en Russie le dévoûment au prince. Ce pouvoir théocratique , avec le joug de fer dont Iwan III vient d'hériter des Tatars, et la constitution toute militaire qu'un grand homme y joindra bientôt, doit \m jour compléter le concours le plus singulier de circonstances qui ait pu -former des princes au despotisme , et des peijiples à l'esclavage.

Ce n'est pas tout encore ; par son union à cettç main impériale, la main habile et puissante d'Iwai;^ semble avoir retoiu'né la face de son empire d'orient en occident. Il a porté le poids du trône russe dans la balance de l'Europe. La Russie, détachée de la civilisation depuis près de trois siècles, va s'y rattacher par les liens de la politique , et par ceux des arts et des sciences.

■ F. Karamsin.

i82 LIVRE IV.

Ce sont les Grecs réfugiés de Cionstantinople en Italie qui vont apporter ces arts dans Moscou , sur les pas de leur souveraine. En effet ^ par une singulière conformité de position, ces Grecs, vaincus à leur tour près de l'antique et homérique conquête de leurs pères, venaient, comme jadis Énéc et ses Troyens, d'illustrer aussi l'Italie, en s'y. ré* fogiant avec leurs pénates.

Voilà pourquoi l'astucieux Iwan a semblé prêt à sacrifier jusqu'à sa religion, pour obtenir du pape, alors protecteur de la princesse grecque, cette grande alliance. Voyez comme il fait traverser triomphalement ses États à cette suzeraine, qui vient autocratiser et même diviniser sa puissance. Écoutez les discours de ses grands et de ses prêtres : Dieu y disent-ils, lui enwie cette illustre épouse ^ rejeton de Varbre impérial ^ dont Vombre couvrait jadis tous les chrétiens frères et orthodoxes. Heureuse alliance! qui rappelle celle du grand Pladimiry qui "da faire de Moscou une autre Byzance, et donner à ses Grands-princes tous les droits des empereurs grecs.

Aussi faut-il désormais au nouvel autocrate un somptueux entourage. Les pompes toutes nouvelles de Gonstantinople viennent fasciner les yeux de ces barbares. En même temps, ses peuples le verront élever les puissantes murailles du Krendin, demeure imposante, redoutable forteresse de l'autocratie; et cette première église de pierre renfer-

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