‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 99 sur 359 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ainsi 9 tout s'est accompli à la fois^ presque sans combats y et par ce même machiavélisme patient ^ persévérant, marchant lentement, graduellement, et n'usant de sa force que lorsqu'il a rendu l'ennemi si faible, et sa puissance si formidable, que l'aspect de son développement suffît pour tout anéantir*

Voici une triple révolution d'hommes, de choses et de moeurs, enfin accomplie. Mais déjà, depuis long-temps, centre unique de toute cette sphère, aux jeux de tous les Russes, Iwan semble être la source de toutes choses. D'où lui vient donc, devant tant d'ennemis intérieurs, cet ascendant autocratique? Par quels prestiges a-t-il fasciné tant de regards contraires? Comment tout pouvoir capable de résister à ses ordres, désormais paraît-il désordre? Seul en butte à tant d'ennemis domestiques qu'il comprime, comment les domine-t-il enfin d'une telle hauteur, qu'à les entendre euxmêmes , il semble leur dieu terrestre ?

Et quel siècle plus que le nôtre a connu tout l'ascendant de la victoire? Mais ici, où sont ces grands coups d'éclat qui éblouissent? D'où vient au pusillanime Iwan cette attitude conquérante,

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cette imposante et irrésistible majesté , attribut de l'héroïsme? Un dernier coup d'œil sur quelques détails intimes de cette grande vie nous fera découvrir ce phénomène. Suivons la marche de cet ascendant dominateur. Dès ses premières années (1472), quelle longue suite d'eflbrts concourent vers ce but! Ruses, intrigues, promesses fallacieuses , serment même d'apostasier, dont il se fera relever par les chefs de sa religion , rien ne lui a coûté. Il veut obtenir du pape que Sophie, dernière princesse du sang impérial grec, réfugiée à Rome , et dépossédée de Byzance par les Turcs, vienne orner son trône, le cimenter de tous ses droits, l'environner de tous ses prestiges.

Constantinople est pour les Russes la source sacrée de leur culte; ses empereurs leur ont longtemps donné leurs métropolites ; c'est d'elle qu'ils tiennent leur écriture ' , leurs bains d'étuves , une partie de leurs moeurs, de leurs usages, et ces saints dont ils idolâtrent les images , et cette religion souveraine. Jadis, une princesse grecque les leur apporta ; elle fit de leur Vladimir, de ce grand d'ici-bas, un grand d' en-haut; de ce maître de leurs destinées sur la terre, leur saint protecteur

' Cette écriture date de Fan 865 : eUe vient de la Moravie. L'alphabet russe y fut alors inventé par un philosophe nommé Constantin. Ce savant avait été envoyé de Byzance pour traduire les livres saints dans la langue du pays. On voyait à Kief , du temps de Vladimir, vers 981, des inscriptions gravées dans cette écriture.

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