LIVRÉ IV. — CHAPITRE VI
Qlga un tel événement n'avait point eu d'exemple. Les mœurs moscovites eussent voulu que cette veuve de VassiU fiit morte au monde ; qu'un couvent et un nom nouveau eussent enseveli son deuil; et les grands s'indignent de voir le sceptre de Rurick au pouvoir de cette veuve, de cette Lithuanienne , et d'un amant qu'elle ose leur imposa:* pour maiti-e.
Toutefois, le couple impur se soutient pendant quatre ans par le despotisme. Cette arme, si illégitime qu'elle va à toutes les mains qui osent s'en servir, répond à tout; à l'indignation des trois oncles d'Iwan , par une mort lente dans d'affreux cachots; à leurs partisans, par la tortm^e, la corde et la hache ; à ceux des grands qui émigrent en Lithuanie, en Crimée, et qui en reviennent avec la guerre, par la guerre et la victoire.
Mais enfin , le crime fait justice du crime , le poison venge les tortures; la régente meurt subitement, et les grands boyards, la plupart descendans de ces princes du sang jadis apanages , s'emparent de la tutelle de ce même despotisme , dont leurs aïeux ftirent les victimes.
Les Schouïsky paraissent au premier rang parmi cesi>arbares. Traités depuis long-temps, et de père en fik, en ennemis du Grand-prince et de l'État, leur tour est venu de traiter l'État et son Grandprince en ennemis. Mais le cercle de l€fur ambition r^ste rétréci au milieu d'une foule d'autres préten-
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lions qiii les environnent. Us ne peuvent que dilapider la fortune publique et particulière par leurs exactions, et venger, sur l'héritier des Grandsprinces, la déchéance de leurs aïeux, par les humiliations dont ils l'abreuvent*
L'empire est une proie qu'ils laisseiit déchirer aux Tatars , pendant qu'eux-mêmes l'épuisent par leurs rapines, par leiu's discordes, et l'ensanglantent de leurs proscriptions , qu'ils ne daignent même pas couvrir du nom de leur royal pupille; car le jeune Iwan n'est pas plus épargné que ses sujets. Son trésor est pillé , son domaine envahi ; maîtres de son palais, ces grands boyards semblent l'y souffrir avec peine : ils se plaisent à l'avilir. On a vu Schouïsky, dans sa grossière brutalité, étendre insolemment ses jambes , et souiller du poids indigne de ses pieds le fils de tant de souverains.
Cependant, l'influence des Belsky et du métropolite , qu'augmente tout à coup une invasion des Tatars , réveille le patriotisme des nobles , rétablit quelque ordre , et rend au jeune Iwran un instant de dignité. Mais le danger fini, les Schouïsky reparaissent; ils surprennent Moscou au milieu de la nuit, et s'emparent du palais; ils poussent leur bnitale irruption jusqu'au lit de leur jeune maître, qu'ils font passer subitement du calme d'un profond sommeil à toutes les palpitations de la terreur.
Ils arrachent violemment de ce refiige le métropolite qu'ils maltraitent, qu'ils cassent, qu'ils rem-