LIVRE IV. — CHAPITRE VII
étalait en sophismes, se piquant d'instruction^ et rencontrant souvent d'heureux raiscmnem^is.
Dans «es actions, on pourrait de même voir parfois dominer une profonde astuce. En 1 566 ^ prêt à commencer une guerre dangereuse^ il rassemUera des états généraux composés de trois cent trenteneuf membres, prêtres, nobles, bourgeois et marchands. Il leur soumettra ses négociations avec la Pologne au sujet de la Livoniej il leur montrera l'importance de conserver ce débouché au commerce russe; il se fera déclarer par les évêques qu'il ne leur appartient pas d'oser donner des con*^ seils à leur czar ^ par les nobles, qu'ils sont prêts à verser tout leul* sang pour lui; par les boui^eois et marchands, que toutes leurs richesses lui appartiennent.
Mais déjà, les modernes Sénèque et Burrhus de œ Néron du Nord avaient éprouvé une destinée semblable k celle des deux sages ministres du Néron de Rome ; dès-lors, ivre de sang, égaré de terreur, la vie du tyran m^oscovite n'est plus qu'un long orime , une folie furieuse dont toutefois on aperçoit le principe, et dont, au milieu des écarts d'une imagination ardente et désordonnée, on peut démêler et suivre l'idée fixe. C'est un instinct de despotisme de droit divin héréditaire, inné, que trodUela peur; ce sont dix-*sept amiées de terreur, reçue ou rendue sans mesure dans son enfance et sa première jeunesse , qui l'emportait sur treize
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années d'efibrts contre nature. Il semble voir un
jeune tigre qu'on a tenté d'apprivoiser, et qui
retourne avec une horrible ardeur à ses premières
inclinations.
Déjà, en i552, à la prise de ELasan, sa passion avait percé. Apostrophant les grands qui l'entouraient : Enfin y s'était-il écrié , Dieu ma préservé contre vous!
Toutefois , AdaschefT l'avait contenu dix ans encore; mais, en i565, cette première terreur, dont les grands ont frappé son enfance , est comme un fantôme effrayant qui se réveille en lui; désormais, ce mauvais génie sera toujoinrs présent à sa pensée. Bientôt la puissance de Sigismond, qui réunit alors la Lithuanie à la Pologne, et qui lui dispute la Livonie, celle du grand Etienne Battori, successeur de Sigismond, dont Iwan sent la main vigoureuse, aigriront sa tremblante et folle fiireur; le soupçon de la connivence de ses sujets avec ces princes augmentera sa frénésie.
Dans cette fièvre ardente et continue de vingttrois années, les Russes comptent six redoublemens; dès le premier, que provoque la fuite en Pologne du prince Kourbsky *, il accuse ce prince du projet de se rendre souverain d'Iaroslaf : il ne conçoit pas que, sans craindre de perdre son âme devant Dieu, ce sujet ait osé lui dérober sa tête*
« F. les lettres d'Iwan et celles du prince Kourbsky.