LIVRE IV. — CHAPITRE IX
Car c'est le danger du despotisme pour le despote , que l'autorité qu'il confie est nécessairement despotique comme la sienne. Elle l'est même plus; et le ministre, à cause des dangers soudains qu'il court , est forcé d'être doublement despote pour son souverain et pour lui. Ainsi, par cette raison que le despote ne serait point despote sans terreur , son ministre ne serait pas ministre sans une plus grande terreur.
Dans cet état de choses, qu'un despote se trouve faible , et qu'un enfant soit le seul obstacle à l'ambition de son ministre, n'eât-ce point un hasard si la dynastie ne s'éteint point en lui ?
C'est ce qui arriva sous Fœdor, et ce qui mit Boris Godounof sur le trône : car enfin , qui pouvait s'y opposer? les princes du sang des autres branches? Us avaient ét-é confondus dans la noblesse I La noblesse? elle était écrasée! Le clergé? il lui fallait avant tout de l'ordre et un maître! Les grands du jour? c'étaient des êtres éphémères, créatures du ministre ! L'armée , la garde ? c'est encore , en pareil cas , le ministre qui la paye , la comîpose et la commande! Le peuple? eh, que lui importe ! il n'a point connu ni senti le despote ; ce sont des révolutions de cour, qui n'arrivent pas jusqu'à lui ! C'est l'aflaire des grands.
Voici donc l'histoire d'une noblesse et d'une dynastie terminée, comme elle le sera souvent, par celle du despotisme.