‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 119 sur 359 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce caractère de despotisme et de servitude est profondément gravé chez les Russes. Il y a toujours une cause principale au caractère distinctif d'une nation. Le bien qui résillte d'une institution mène toujours un peuple à en adopter l'esprit, à en abuser ou à se plier à ses abUs. Une religion ennemie a subjugué FEspagne; c'est par k religion que l'Espagne s'en est aflranckie , et le fanatisme règne encore en Espagne. Un despotisme étranger, celui de l'Asie centrale réunie, a enchaîné la Russie faible par l'anarchie; c'est par la concentration du pouvoir que la Russie a recouvré son indépendance, et le de^)Otisme s'est établi sans obstacle en Russie*

Mais.il y a. d'autres causes particulières de despotisme dans cet empire. L'étendue et la dépopulation y nuisent à l'ensemble; elles empêchent, avec le climat , les rassemblemens longs et considérables; elles font sentir la faiblesse par l'isolement; elles entretiennent l'aveugle et crédule ignorance , en interceptant la communication des idées; elles font que, voyant peu, l'on n'y peut juger.

faute d'objets de comparaison ; ce qui ne laisse qu'un petit noiiibre d'idées^ auxquelles on tient d'autant plus^ qu'alors l'habitude y est plus forte par un retour continua.

Ainsi , sans aucune de ces relations qui éclairent, les Russes d'alors ne pouvaient pas se faire d'opinion publique ; il fallait qu'ils la prissent à la cour du Grand-prince; c'était leur oracle , ce fîtt leur despote.

Toutes ces causes , si favoraUes au despotisme, ayaient destiné de tout tempa les Russes à l'escla- Tage.

Toutefois , on croit en apercevoir quelques autres. La guerre dernière a fourni de nombreuses preuves à l'opinion de Montesquieu sur l'insensibilité physique des Russes. Cette grossièreté de sens de la classe inférieure ne peut pas être exclusivement particulière k leurs corps , à cause de cette union intime du corps et de l'âme, qui est la vie. Or, quel sentiment demande à l'âme plus de sensibilité, de susceptibilité, d'irritabilité, que l'indépendance? C'est pourquoi un climat tempéré veut, en général, un gouvernement tempéré. N'est-ce pas dans nos climats tempérés, où cette irritabilité morale et physique se trouve le plus également balancée, que la liberté s'est établie et maintenue le plus long-temps? En Afrique et dans l'Inde, où un climat extrême produit les mêmes effets physiques qu'en Russie, on retrouvera la servitude.

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