‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 158 sur 359 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Voila donc la dynastie d'origine barbare, de droit divin, de droit de conquête, héritière dés mœurs et de la -violence tatare; la voilà remplacée par une dynastie qu'une nation épurée par le malheur, a choisie librement dans ce qu'elle a de plus patriote, de plus vertueux, de plus sacré, et de moins semblable aux tyrans qui viennent de lopprimer.

En eflet, la source de cette dynastie est pure. C'est du cœur même de la nation qu'elle jaillit. Qu'importe qu'un Prussien obscur, venu en Russie vers i55o, soit le chef de cette famille, et qu'ainsi la première racine de cette seconde race soit étrangère ' ? Depuis deux siècles , n'était-elle pas recouverte de terre russe et de lauriers indigènes ?

La Russie a choisi dans Mikhaïl Romanof un nom brillant par deux cent cinquante années d'illustration ; le descendant des Cheremetef , famille illustre autant qu'aimée; le fils de ce martyr de la patrie , qui subissait encore pour elle un supplice héroïque; enfin, l'allié des Rurick % indiqué, di-

* V. Navikof, Levesque, Leclerc^ etc.

* Neveu de la mère de Fœdor, dernier czar de cette dynastie.

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sait-on, par le dernier prince de cette djmastie pour son. successeur. Xes persécutions du régicide Boris contre les Romanof , ont accrédité ce bruit populaire : la haine de l'usurpateur a désigné cette famille à l'amour de la nation.

Quoi de plus naturel encore, que, dégoûtée de tyrannie , cette nation en ait choisi , dans Mikhaïl , une des victimes ; que , fatiguée par tous les genres de guerres, elle ait proclamé le fils d'un ministre de paix; que dans une révolution libératrice, qu'elle devait surtout à ses prêtres, ce soit le rejeton d'un prêtre, l'élève d'un couvent, qu'elle ait préféré pour souverain ! Car ici , tout est d'accord : intérêt de classe, amom^ des peuples, patriotisme, besoin de repos, espoir dun règne doux et paisible.

Un autre grand citoyen , le voiévode Pojarsky, s'élevait, il est vrai, a la hauteur du métropolite Romanof : on pouvait hésiter entre eux; mais c'est le général lui-même qui élit le fils du métropolite , soit désintéressement, ou déférence naturelle aux Russes d'alors, pour une plus longue illustration; soit respect pour le caractère sacré du martyr, et docilité à l'influence des prêtres, qui devaient préférer le fils d'un prêtre , dans l'espoir de régner par son père.

Les vertus du métropolite Romanof sont donc les racines profondes de cette dynastie; elles ont pénétré dans le coesur des Russes ; elles portent leur fruit; et comme il arrive souvent, cette cause so-

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