CHAPITRE V. a
lide d'une prise de possession devient celle de sa dorée.
En effet, soit habileté, soit force des choses, soit impression d'origine , les premiers descendans de cette victime de la tyrannie, de ce martyr de l'indépendance % semblèrent avoir hérité des vertus de leur père. Leur gouvernement, jusqu'à Pierrele-Grand, eut quelque chose de la force, de la vertu, et de la douceur naturelle à la force.
Des révoltes éclatèrent encore : elles forent apaisées; et pour la première fois d^uis long-temps, la justice du prince ne fot point une vengeance.
Des militaires européens forent appelés ,* mais le grand effort qu'ils dirigèrent contre Smolensk échoua contre la jalot^ie nationale qu'ils inspirèrent, et Mikhaâ fot forcé de renoncer à la gloire des armes.
Modération, amour de la paix, résignation même, et pourtant création d'une armée plus régulière qui rétablit b tranquillité intérieure et prépare des conquêtes indispensables : voilà, dans l'établissement de cette dynastie, la part de mérite du premier de SiCs princes. •
Celle du second, est d'avoir été un guerrier
' V, Leclerc, page 73,
' Mikhaïl, de 161 3 à i645. — Alexéi, son fils, de i645 à 1676. — Foedor, fils aîné d'Alexéi, de 1676 à 1682. — Sophie, Iwan et Pierre, de 1682 à 1689. — • Pierre et Iwan, jusqu'en i6g6. •— Pierre, seul, jusqu'en 1725.
a86 LIVRE VI.
redoutable qui ressaisit sur la Pologne, Smolensk, Kief , la plus grande partie de$ provinces arrachées à la Russie , et s'efforça de régulariser son al*mée. C'est un législateur qui tente d'améliorer ses codes; un administrateur qui sait reconnaître et réparer ses fautes ; qui appelle les arts étrangers y fonde des manufactures, fait exploiter les mines de fer et de cuivre , richesses du sol russe; et crée les deux premiers navires marchands, dont la vue inspira le génie de son troisième fils, Pierre-lé-Grand. C'est encore un conquérant modéré, qui respecte sa nation en appelant ses États-généraux à la décision des grandes questions d'intérêt public; c'est enfin un prince clément et religieux. Voyez-le fidèle à sa foi donnée, même à ce brigand de Stenko-Razin, cosaque révolté, dévastateur du sudest de la Russie , le Pugatchef de cette époque.
Ce scélérat, qui a voulu donner à sa ftœeur la couleur d'une guerre de classe , s'est proclamé l'ennemi des nobles, le restaurateur de la liberté du peuple; mot remarquable sur ce sol esclave et dans un^e telle bouche; mais pourtant moms étrange dans celle de ces nomades , qui se ralliaient alors à la Russie par amour de cette même liberté, pour laquelle leurs ancêtres s'étaient jadis expatriés.
En effet , ceux de l'Ukraine , révoltés contre l'oppression et l'intolérance polonaise, viennent de s'offrir à Alexis avec Kief , leur nouvelle conquête. Mais cette reprise sur la Pologne sera le