CHAPITRE IV. 3i
apanages^ et des Tatars, dans cette noblesse^ en forment une aristocratie de cour, qui s'honore du titre d'esclave de son monarque. C'est alors qu'elle a prétendu à ces privilèges héréditaires , de faveur et de rang, qu'elle regrette tant encore.
Mais Pierre n'ignore pas l'abaissement de ces nobles devant les hauteurs d'Iwan III. Toute place^ leur a-t-il dit, doit leur être bonne pour le ser^ çice. Il ne semble même que trop approuver les exécutions qu'a faites ce prince de leurs grands Boyards , et les massacres d'Iwan IV. Il sait que les grands de la Russie ont supporté les folles atrocités de cet infâme tyran , comme de vils courtisans , comme des esclaves mêmes , sans autre consistance que celle qu'ils tenaient du pouvoir à qui il avait phi de les élever, et à qui il convenait de les anéantir.
Dans l'élection du parricide Godounof , au milieu de cette grande aimée de vassaux, que la noblesse lui amène ; dans cette suite d'usurpateurs indigènes ou étrangers ,* qui tyrannisent impunément en passant sur le trône, le jeune Czar a dû reconnaître encore plus, toute la flétrissante puissance de la servitude; et pourtant, ces nobles disputent encore de rang entre eux. A la fois maîtres et esclaves, ils sont hautains et serviles; mais plus serviles encore. Sans cesse, ils ont sacrifié l'État à leurs prétentions insupportables; d'importantes expéditions ont échoué par leur orgueil ; souvent
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même, la vanité blessée de ces nobles a laissé la patrie sans défenseurs : l'empire en fut troublé ^ chancelant, entr'ouverti A cette vanité, s'est jointe une envieuse horreur pour les étrangers appelés pour les instruire; elle a perdu l'armée devant Smolensk sous l'aïeul de Pierre-le-Grand ; elle vient encore d'effecer la trace de quelques pas de son père , vers le perfectionnement des Russes.
Mais c'est alors qu'une scène toute neuve dans l'histoire a frappé l'enfance du réformateur. Le Kremlim en fot, dit-on, le théâtre. Fœdor, l'aîné de ses frères ^ et son ministre Gk>litzin y régnaient. Les grands de l'État venaient d'y être rassemblés , tous leurs titres réunis, et le patriarche achevant une vive harangue au milieu de ces chefs de la noblesse, tonnait contre leurs prérogatives. Elles $ont y disait-il, comme une source amère de toutes portes de muux l elles /ont ai^orter toutes les plus utiles entreprises y comme Vii^raie étouffe le bon grain; elles ont apporté ^ jusque dans le sein des familles y les dissensions y le trouble et la haine; mxds le pontife a compris V auguste dessein de son czar. Dieu seul a pu V inspirer i A ces mots et d'avance , tous ces grands s'empressaient aveuglément d'approuver, quand tout à coup Foedor, que semble transporter cette généreuse unanimité , proclame , dans l'élan simulé d'un saint enthousiasme, l'abolition de tous leurs rangs héréditaires. Pour en f teindre jusqu'au soui^enir^ il faut y s'écrie-t-il ^