CHAPITRE IV. ' 3i
que tous les titres en soient à V instant consumés! Et comme le bûcher était prét^ il les fait sur-le^ champ jeter dans les flammes , aux yeux conster* nés de cette noblesse , qui s'efïbrce de cacher son désespoir sous de lâches applaudissemens.
Ce n'était point de ces privilèges de corps, si utiles comme contre-poids. Ge n'étaient pas même des privilèges de famille; c'étaient des intérêts iso- . lés, des prétentions individuelles, de rang, de commandement, et de préséance, fondés sur l'absurde opinioi^ qu'une place , jadis donnée par le prince, avait conféré un rang héréditaire. Ridicule et méprisable vanité, souvent condamnée au knout et aux coups de bâton , et qui s'y était faite.
Telle était cette noblesse informe , dont les temps barbares vont, grâce aPierre-le-Grand, finir ver» le dix-septième siècle.
Au reste , ce n'est point aux autres noblesses de l'Europe à reprocher à celle-ci son abaissement passé. Les premiers temps de leur domination n'ont pas été moins déplorables que ceux de son esclavage. Toutes sont nées de la guerre et de la barbarie, et toutes ont porté plus ou moins long- temps, l'empreinte de cette origine; mais toutes aussi eorent leurs vertus propres; celles de la noblesse russe on* été la valeur, la fidélité; et si elle ftit obscure quand les autres étaient chevaleresques, Mservie quand elles dominaient, et plus long-temps barbare 9 quelques mots sur l'existence du peuple
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russe jusqu'au (fix-huitième siècle ^ en complettant ce tableau de la situation des différentes classes de la nation devant Pîerre^le-Grand, montreront cpie les circonstances, ailleurs toujours assez fortes, avaient été là , impérieuses , absolues, irrésistibles.
En efièt, qu'importe que le prince, auquel ses peuples doivent la réunion des matériaux de leur histoire , y ait vu les traces dé leur liberté primitive, et celles de leur civilisation naissante dès le onzième siècle ; ce qui dut firapper le plus ses yeux dans leurs annales, n'est-ce point cette foule de princes, avec leurs gardes, tous possesseurs des villes, et dès-lors, cette fièvre de guerres intestines et étrangères, qui s'empare de ce malheureux pays. Pendant trois siècles et demi, de i loo à 1460, elle y trouble, y bouleverse, et y détruit tout. Depuis 1 224 , et pendant plus de deux cents ans, tout vagabond tatar y peut errer comme un maître parmi ses esclaves.
Ces nomades, dans leur impitoyable invasion, ont fait surtout la guerre aux villes. Les princes les plus braves, leurs gardes, les meilleurs citoyens , ont d'abord péri par le fer et la flamme; la patrie meurt en eux. Après eux, l'orgueil national est écrasé; tout caractère moral avili ; l'artifice, la ruse, seules ressources de l'opprimé sans espoir, passent dans les moeurs ; ce n'est qu'à force de patience , de souplesse et d'argent, qu'on peut acheter des Tatars, un instant de sécurité, et la conservation