CHAPITRE V
Telles sont quelques unes de leui?s plaintes. Mais depuis qu'en 169Ô, plusieurs avaient partagé la révolte et le supplice des strélits^ les autres s'en tenaient à ces murmures. Ils attendaient tout du temps; et Pierre, qui n'en espérait rien, hâtait, par tous les m.oyens possibles , la régénération de son empire pour qu'elle pût lui survivre.
Souvent il raisonne avec ses boyards; il essaie, avec une patience qui ne lui est point naturelle, de vaincre, par la conviction, leur opiniâtre bigoterie. Sa diction , comme celle des grands homr* mes, est à la fois vive et pittoresque, nerveuse et concise, car c'est surtout chez les hommes tout d'aetion, qu'il est vrai de dire que le style est rhemme.
IVIaid les préjugés, l'habitude, une paresse orgueilleuse , la superstition et l'intérêt de caste , parlent au cœur de ces nobles plus intimement que le czar, et avec Irien plu^^de persévéranœ. Aussi Pierre ne s'en. tient-il pas à des paroles. Il semble ne considérer ces propi?iétaires de terres, que comme dès possesseurs de fiefs ^ pour lesquels ils se doivent au service de l'État. Voilà l'esprit de cette- loi sm^ les succession», jadis divisées également, et dont les
immeubles passeront désormais indiyis y à l'un des mâles y au choix du père ; et les biens meubles seulement aux autres enfans : loi favorable en cela au pouvoir paternel et à l'aristocratie^ mais dont les autres dispositions montrent le véritable but.
En effet^ il déclare que les boîtiers de biens meubles, ne pourront les OQiayertir en immeubles, qu'après sept a^s de service militaire ou dix ans de service civil, ou quinze ans d'exercice d'un art quelconque, ou du commerce. Bien plus, si l'on doit en croire Perry, tout héritier de cinq cents roubles de bien , qui n'aurait point appris les élémens de sa langue , ou de quelque langue andenne ou étrangère, devait perdre son héritage.
C'est surtout chez les prêtres et dans la noblesse , qu'il attaque et désarme la-sourde et opiniâtre résistance que la barbarie lui oppose ! Voôlà pourquoi il a fait plusieurs milliers de cairaliers, de ces fils de prêtres, hommes libres, mais ignorans et siperstitieux comme leurs pères. C'est par une même raison, qu'il vient de transformer en soldats vêtus et disciplinés à l'^iropéenne, cette foule d'enÊins boyards, ou domestiques nobles, dont jusqu'alors les boyards marchaient environnés.
Poiartant, jusqu'en 1709, la plupart des officiers de son armée sont encore, ou étrangers, ou de noblesse inférieure, ou de la classe du peuple; les autres nobles se sont tenus à l'écart. Mais Pierre a poursuivi leur inertie jusque dam le^sein de lem-s