CHAPITRE V
grades que lui seul accorde^ mettent toute la noblesse dans son inflexible main. Despotisme insupportable à euTisager, mais enfin qu'il ne crée point. C'était en Russie le seul droit , la seule règle , le seul moyen de gouvernement connu. Le prince, comme ses sujets, n'en concevait point d'autre. Pierre l'a trouvé invétéré dans les moeurs, et il s'en sert, non pas coHune ses prédécesseurs, au gré de son caprice, de ses payions ou des circonstances, maïs en le circonscrivant à un plan fortement conçu; au, profit de l'utilité publique, sa seule pensée; avec la cout fiance du génie , et en n'exigeant des autres , par tant d'ordres tyranniques , qu'une partie des sacrifices auxquels il s'est soumis lui-même.
Et d'ailleurs, y avait-il tant de tyrannie à forcer la noblesse à être utile? Ne remontait-il pas aux sources^ à Fesprit de cette institution, en montrant qu'il ne voulait reconnaître pour nobles que ceux prêts a s^'vir l'État? Trouvera-t-il , enfin, des détracteurs dans nos jours d'égalité, ce prince moscovite du dix-septième siècle, qui déclare cette grande et inaccessible carrière de la noblesse ouverte à tout son peuple ? N'est-ce pas lui qui , après s'être fait soldat lui-même, veut que tout soldat qui se distingue puisse, suivant le grade qu'il obtient, acquérir une noblesse viagère ou transmissible? Et comme en même teÉips il a classé toutes les places civiles, par assimilation aux places militaires, il en résulte que ce corps de noblesse, sans